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La Banque Centrale de Mauritanie lance officiellement le premier numéro des Cahiers d’Études en Économie Monétaire

Le Gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) M. Mohamed-Lemine Dhehby a présidé aujourd’hui mardi 12 mai 2026, une réunion, marquant le lancement officiel du premier numéro des Cahiers d’Études en Économie Monétaire,  publiés par le Centre d’Études en Économie Monétaire (CEEM).

Le Gouverneur a salué pour la circonstance, l’engagement des cadres, chercheurs et experts ayant contribué à cette première édition, soulignant l’importance du développement de la recherche économique et financière au sein de la Banque Centrale de Mauritanie.

La rencontre a été marquée par une présentation des principales thématiques abordées dans ce premier numéro ainsi que par des échanges avec les auteurs et les directions générales impliquées dans cette initiative scientifique.

Première revue éditée dans l’histoire de la BCM, les Cahiers d’Études en Économie Monétaire visent à promouvoir la recherche appliquée et la réflexion sur les enjeux économiques, monétaires et financiers d’intérêt national, tout en renforçant le dialogue entre expertise institutionnelle et recherche académique.

Cette initiative s’inscrit dans la dynamique portée par le CEEM, créé en août 2025, visant à renforcer la production intellectuelle et le rayonnement scientifique de la Banque Centrale de Mauritanie.

La revue est disponible sur le site de la Banque Centrale de Mauritanie  Lien

« Lampedusa : Le Migrant Zéro » : un roman qui met en scène trois destins croisés

Le nouveau roman mauritanien «Lampedusa: l’immigrant zéro », de Mohamed Saleck Ould Brahim, auteur du roman «Le mystère de l’Évangile de Barnabé», est désormais disponible dans les librairies à Nouakchott.

Rappelons que ce roman vient d’être publié par la maison d’édition « Dar Joussour Abdelaziz », qui l’a exposé recemment au Salon international du livre au palais des expositions «Le Kram» à Tunis.

«Lampedusa: l’immigrant zéro: Trois voix se font entendre, et trois destins se croisent dans ce roman

«Les récits étonnants de trois personnages différents, au cœur d’une cruelle tragédie humaine :

Koumba : mère de trois jeunes migrants, elle porte dans son cœur la douleur de la séparation et, l’espoir des retrouvailles.

Al-Mami, surnommé Moreno : officier de la garde côtière à la retraite, il est hanté par les accidents maritimes dont sont victimes les migrants et, se livre à la lutte contre les souvenirs du passé…

Alejandro : Chef d’un influent réseau de passeurs dont le destin bascule de la criminalité vers la poursuite d’un objectif noble.

Au fil des chapitres du roman, chaque personnage raconte sa propre histoire. Les événements du roman révèlent des facettes humaines poignantes, mettant en lumière les enjeux de l’immigration et la lutte pour la survie dans un monde plein de défis.

La Mauritanie affiche une fermeté sans précédent face semeurs de la haine et des germes de la division

En Mauritanie, le champ d’application des poursuites judiciaires contre les discours de haine controversés publiés sur les réseaux sociaux s’élargit progressivement.

Plusieurs publications et déclarations ont fait l’objet de poursuites pénales, alimentant un débat politique et juridique croissant sur les limites de la liberté d’expression et les conditions nécessaires au maintien de la paix civile dans un pays où les questions d’identité, de discrimination et de cohésion sociale demeurent des sujets sensibles du discours politique.

Dans ce contexte, le juge d’instruction de la cinquième chambre du tribunal de Nouakchott Ouest a ordonné l’incarcération de Khadija Mohamed Salek Sidi El Mokhtar, en réponse à la requête du parquet de son placement sous contrôle judiciaire et l’émission d’un mandat de détention. Cette décision faisait suite à la publication par la blogueuse d’une vidéo sur les réseaux sociaux.

L’action en justice a été engagée suite à la large diffusion d’une vidéo dans laquelle une femme tenait des propos jugés offensants et racistes à l’encontre de la communauté Haratin (les descendants d’anciens esclaves en Mauritanie). Ces propos incluaient des descriptions considérées comme insultantes et dégradantes pour la dignité humaine et la cohésion sociale, comme le fait de qualifier les Haratin d’ignorants et de les comparer à des ânes. Ces propos ont suscité une vive indignation et une vague de condamnations sur les réseaux sociaux.

Le procureur a inculpé la femme d’« incitation à la violence contre un groupe ethnique », de « propos racistes visant à porter atteinte à la paix civile et à la cohésion sociale par le biais des réseaux sociaux », ainsi que de diffamation, de calomnie et de diffusion en ligne de propos injurieux. Ces accusations reposent sur l’article 11 de la loi contre la discrimination, l’article 2 de la loi sur la protection des symboles nationaux et l’incrimination des atteintes au prestige de l’État et à l’honneur des citoyens, les articles 348 et 349 du Code pénal et les articles 22 et 23 de la loi sur la cybercriminalité.

La femme en question avait été arrêtée quelques jours auparavant par l’Unité de lutte contre la cybercriminalité, qui avait mené l’enquête préliminaire avant de la déférer au parquet puis au juge d’instruction – une procédure de plus en plus fréquente dans les affaires liées aux contenus numériques et aux discours de haine.

Cette affaire s’inscrit dans une série de cas similaires survenus en Mauritanie ces derniers mois, notamment celui des députés Mariam Cheikh Dieng et Qhamou Achour, membres du mouvement IRA, qui est devenu l’une des affaires les plus controversées du pays sur les plans politique et juridique.

Les autorités avaient arrêté les deux députées pour des diffusions en direct sur les réseaux sociaux qui, selon le parquet, contenaient des propos insultants envers les symboles nationaux, incitaient à la haine et portaient atteinte à l’ordre public.

Le parquet a soutenu que l’affaire relevait du « flagrant délit », arguant que le caractère public de la diffusion numérique rendait l’immunité parlementaire inapplicable, conformément à l’article 50 de la Constitution et à l’article 85 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Lors des audiences, l’accusation a requis des peines plus sévères, exigeant l’emprisonnement des deux parlementaires et la levée de leur immunité. Elle a fait valoir que leurs déclarations outrepassaient les limites de la liberté d’expression politique, constituant une « insulte aux symboles nationaux et une incitation à la discorde au sein de la société », compte tenu notamment de leur statut parlementaire et de l’influence de leurs discours sur l’opinion publique.

Le mouvement IRA et l’équipe de défense des deux députées ont affirmé en revanche que l’affaire comportait des dimensions politiques et relatives aux droits humains, et que les poursuites constituaient une atteinte à l’activisme de l’opposition et au discours sur les droits humains contre la discrimination et l’esclavage. Ils ont accusé les autorités d’instrumentaliser les lois relatives aux « symboles » et à la « cybercriminalité » pour restreindre la liberté d’expression et limiter l’espace de la critique politique.

Les audiences du procès ont également été marquées par des tensions et des manifestations de sympathisants du mouvement devant le Palais de Justice, sous haute surveillance policière.

Le mouvement IRA, dirigé par Biram Dah Abeid, est l’un des plus importants mouvements d’opposition de défense des droits humains en Mauritanie. Ces dernières années, il a été impliqué dans plusieurs affrontements avec les autorités sur des questions liées à l’esclavage, à la discrimination et à la liberté d’expression. Certains l’accusent d’« hostilité envers les Beydane », le groupe arabe de Mauritanie. Au cœur de la crise impliquant les deux députées, Biram Ould Abeid a appelé à l’apaisement des tensions et a présenté des excuses en leur nom pour certains propos offensants. Il a également réitéré ses critiques à l’égard de la loi sur les symboles nationaux, la qualifiant d’instrument de répression contre les opposants et les personnes vulnérables.

Les affaires récentes ne se limitent pas aux activistes et aux personnalités politiques, mais concernent également des militants et des blogueurs, parmi lesquels Warda Ahmed Souleymane, emprisonnée pour des contenus publiés sur les réseaux sociaux. Cette affaire marque une nouvelle étape dans le renforcement du contrôle judiciaire des discours en ligne.

Les observateurs estiment que les autorités mauritaniennes s’orientent de plus en plus vers l’activation des dispositions légales relatives à la lutte contre les discours de haine, la discrimination et la cybercriminalité, afin de contrôler l’espace numérique et de contenir les discours susceptibles d’engendrer des tensions sociales, ethniques ou politiques, notamment compte tenu de l’influence croissante des réseaux sociaux et de leur transformation en arène centrale des conflits politiques et de la mobilisation populaire. À l’inverse, au sein des milieux de défense des droits humains et des médias, des questions se posent de plus en plus quant aux limites de cette approche et à sa capacité à garantir la paix civile ou à devenir un instrument de restriction de la liberté d’expression et d’opposition politique, en particulier au vu du nombre croissant de poursuites liées aux contenus numériques en peu de temps.

Il semble que le système judiciaire mauritanien se trouve aujourd’hui au cœur d’un dilemme particulièrement délicat : celui de concilier le devoir de protéger l’unité nationale et de prévenir l’incitation à la haine, et la nécessité de faire respecter les garanties constitutionnelles relatives à la liberté d’opinion, d’expression et d’activité politique et de défense des droits humains.

Entre ceux qui voient dans ces procès une nécessité légale pour endiguer les injures verbales et les discours discriminatoires et incendiaires, et ceux qui les considèrent comme le signe d’une restriction croissante de la sphère publique, tous les regards sont tournés vers le pouvoir judiciaire, organe qui déterminera l’issue du procès.

En pratique, la frontière entre opinion admissible et discours criminalisé s’est estompée, à l’heure où les plateformes de médias sociaux sont devenues l’acteur le plus influent pour façonner l’opinion publique et déclencher des controverses politiques et sociales en Mauritanie.

 

AG du CEM : Kharachy élu comme membre complémentaire du BE

Le Club des Entrepreneurs de Mauritanie  (CEM) s’est réuni le Week-end dernier, plus précisément le samedi 9 mai courant à EST Formations à Nouakchott, avec au programme présentation du bilan d’activités, des états financiers et du budget 2026.

Cette Assemblée générale a été l’occasion, selon un post publié par le CEM sur Linked In, l’occasion de souhaiter la bienvenue à ses nouveaux membres, d’échanger sur ses partenariats en cours, ses axes de développement pour l’année et les moyens de renforcer la visibilité et la dynamique collective du Club.

Le CEM cite parmi les temps forts de cette réunion, l’élection d’Ahmed Kharachy (MGTR) comme membre complémentaire du bureau exécutif.

Kharachy succède à Abderrahman Salem, rappelé à Dieu en cours de mandat, paix à son âme.

« Le CEM avance, et c’est ensemble qu’on y arrivera », conclut le Club dans son tweet également posté sur les réseaux sociaux.

Créé en décembre 2018, le Club des Entrepreneurs de Mauritanie,  est une initiative réunissant des entrepreneurs de tous horizons investis dans l’aventure entrepreneuriale et fédérés par un engagement commun en faveur d’un développement durable et responsable du secteur privé en Mauritanie.

L’ambition du club est de promouvoir un modèle de développement économique moderne des PME-TPE en Mauritanie.

Contre les extrémismes : reconstruire la promesse nationale

La Mauritanie traverse une époque délicate. Les tensions sociales, les frustrations accumulées, les discours de rupture et les radicalités identitaires occupent désormais une place importante dans l’espace public. Les réseaux sociaux amplifient les colères, simplifient les débats et enferment chacun dans son propre camp. Dans ce climat, certains choisissent l’exagération permanente, d’autres cultivent la peur, d’autres encore transforment les blessures réelles en instruments de confrontation politique. Pourtant, aucun pays ne se construit durablement contre lui-même.

La question haratine se situe au cœur de cette épreuve nationale. Elle ne peut être ni niée, ni caricaturée, ni instrumentalisée. Les Haratines ont porté le poids d’injustices historiques profondes. Cette réalité appartient à la mémoire nationale et personne de sérieux ne peut prétendre l’effacer. Pendant longtemps, une partie importante de la population est restée éloignée des centres de pouvoir, des opportunités économiques, de l’éducation de qualité et des mécanismes de promotion sociale. Les séquelles de cette histoire continuent d’exister dans les mentalités, dans certaines structures sociales et dans les inégalités visibles entre territoires et catégories sociales.

Mais reconnaître cette réalité n’implique pas de transformer la société mauritanienne en champ de guerre identitaire permanent. Le courage politique consiste précisément à tenir ensemble deux vérités : l’existence d’injustices réelles et la nécessité absolue de préserver l’unité nationale. Ceux qui refusent de voir les discriminations se trompent. Mais ceux qui présentent la Mauritanie comme une coexistence impossible entre communautés se trompent tout autant.

Le pays avance, parfois lentement, parfois imparfaitement, mais il avance. Il suffit d’observer l’évolution de l’administration, de l’armée, de l’université, des médias ou encore des institutions publiques pour constater que des changements profonds sont intervenus au cours des dernières décennies. Les Haratines occupent aujourd’hui des positions qu’ils ne pouvaient atteindre autrefois. Des cadres émergent, des entrepreneurs réussissent, des intellectuels s’imposent dans le débat public, une nouvelle génération prend confiance en elle-même et revendique sa place avec légitimité. Cette transformation n’est pas un hasard. Elle est le résultat des combats menés par des militants, des réformes engagées par l’État et d’une évolution progressive de la société.

Sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, cette dynamique a connu une accélération notable à travers des politiques sociales plus ambitieuses, des programmes de lutte contre la pauvreté et une volonté affichée d’intégration économique des catégories les plus fragiles. Tout n’est évidemment pas réglé. Les attentes restent immenses. Mais nier les avancées reviendrait à décourager toute perspective de réforme pacifique et graduelle.

La discrimination positive, qu’on l’approuve totalement ou non, a produit des effets. Elle a permis d’ouvrir des portes longtemps fermées. Elle a favorisé une représentation plus équilibrée dans plusieurs secteurs. Elle a créé des symboles importants pour une jeunesse qui a besoin de voir que l’ascension sociale est possible. Cette politique n’a pas vocation à durer éternellement. Toute discrimination positive est, par définition, transitoire. Son objectif n’est pas d’installer une société de quotas permanents, mais de corriger un déséquilibre historique jusqu’à ce qu’un niveau acceptable d’égalité des chances soit atteint.

Le véritable danger aujourd’hui vient des extrémismes de tous bords. Certains veulent enfermer les Haratines dans une identité uniquement victimaire, comme si leur avenir ne pouvait se construire que dans la confrontation permanente avec le reste de la société. D’autres réagissent à toute revendication sociale en y voyant une menace communautaire. Ces deux attitudes nourrissent la même impasse : la fragmentation nationale.

Or, aucun groupe mauritanien ne peut espérer prospérer dans un pays fracturé. Les problèmes de la Mauritanie dépassent largement une seule communauté. Le chômage frappe toutes les composantes du pays. La pauvreté touche toutes les régions. Les défis éducatifs concernent l’ensemble des familles. La question du développement, de la santé, de l’accès à l’eau, de l’emploi des jeunes ou de la modernisation économique n’épargne personne. Dans une société aussi interdépendante que la nôtre, personne ne se sauvera seul.

Il faut également avoir le courage de dire que les discours de haine produisent des dégâts profonds. Ils installent la méfiance au cœur du tissu national. Ils poussent les jeunes vers les réflexes identitaires au lieu de les orienter vers le travail, la compétence et la construction collective. Ils fabriquent une vision paranoïaque du pays où chaque décision publique est interprétée à travers un prisme ethnique ou communautaire. À terme, cette logique détruit la confiance indispensable à toute nation viable.

La Mauritanie n’a pas besoin d’une compétition des mémoires blessées. Elle a besoin d’un récit commun capable de reconnaître les souffrances sans fabriquer de nouvelles fractures. Les nations solides ne sont pas celles qui n’ont jamais connu d’injustices ; ce sont celles qui réussissent à transformer leurs blessures en projet collectif.

Cela exige de chacun un effort de responsabilité. L’État doit poursuivre les politiques d’équité sociale avec davantage d’efficacité, de transparence et de courage. Les élites doivent abandonner les calculs de polarisation qui leur offrent une visibilité immédiate mais fragilisent le pays à long terme. Les intellectuels et les médias doivent refuser les simplifications dangereuses. Quant aux citoyens, ils doivent comprendre que l’avenir national dépend d’une coexistence apaisée.

La question nationale mauritanienne dépasse largement le cadre d’un simple dialogue politique ou d’un compromis électoral. Elle touche à quelque chose de plus profond : la possibilité même de construire une communauté de destin. Aucun texte juridique, aucune conférence et aucun slogan ne suffiront si les Mauritaniens cessent de croire qu’ils partagent un avenir commun.

L’unité nationale n’est pas une formule officielle destinée aux cérémonies. Elle est une nécessité vitale. Dans un monde traversé par les conflits identitaires, les replis communautaires et les radicalisations, préserver la cohésion d’un pays fragile relève presque d’un devoir historique.

La Mauritanie a connu des tensions, des injustices et des périodes difficiles. Mais elle possède aussi des ressources considérables : une longue tradition de coexistence, des solidarités sociales puissantes, une culture du dialogue et une jeunesse qui aspire davantage à la stabilité qu’au chaos. C’est sur ces forces qu’il faut construire.

Attiser le feu est toujours plus facile que bâtir la confiance. Détruire l’idée nationale prend quelques discours ; la reconstruire demande des années. C’est pourquoi le combat contre les extrémismes doit devenir une responsabilité collective. Non pour étouffer les revendications légitimes, mais pour empêcher que la colère ne détruise le pays lui-même.

Car au bout du compte, aucune communauté ne gagnera dans une Mauritanie divisée. Mais tous les Mauritaniens peuvent gagner dans une Mauritanie réconciliée avec elle-même.

Sneiba Mohamed

Journée mondiale de la presse en Mauritanie : l’injuste oubli du doyen Mamadou Gueye

Pendant que les discours se succédaient, que les trophées étaient remis et que les hommages défilaient à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée en Mauritanie le 03 mai dernier, un nom semblait absent des distinctions et des reconnaissances officielles : celui du doyen Mamadou Gueye.

Un oubli difficile à comprendre au regard de son immense parcours dans les médias mauritaniens.

Car derrière ce visage calme et discret se cache l’un des parcours les plus impressionnants du journalisme audiovisuel mauritanien. Une mémoire vivante de la télévision et de la radio nationales. Un homme qui a traversé plusieurs générations de médias, formé des journalistes, réalisé des documentaires majeurs et occupé presque toutes les fonctions stratégiques dans l’audiovisuel public.

Né en juin 1955 à Kaédi, Mamadou Gueye appartient à cette génération de pionniers qui ont construit les médias mauritaniens à une époque où le journalisme relevait davantage de la mission que du confort professionnel.

Dès 1975, il débute à Radio Mauritanie. À l’époque, les moyens techniques étaient limités, les infrastructures fragiles et le métier encore en pleine construction. Mais très vite, il se distingue par sa rigueur et sa passion pour le reportage.

Après ses premières années dans la radio, il poursuit une formation de haut niveau au prestigieux CESTI de Dakar où il obtient en 1984 un Diplôme Supérieur de Journalisme, option télévision. Une formation rare pour un Mauritanien à cette époque. Son parcours académique le conduit ensuite dans plusieurs grandes écoles et centres internationaux de journalisme et de communication, notamment à Lille, Marseille, Paris, Montréal et Tunis.

À son retour, il devient l’un des grands visages de la Télévision de Mauritanie.

Entre 1985 et 1993, il exerce comme écrivain-journaliste et grand reporter à la TVM. Une période durant laquelle il couvre les grandes mutations sociales, économiques et politiques du pays. Puis il accède au poste de rédacteur en chef de la télévision nationale pendant près de quinze ans, de 1993 à 2007.

Quinze années à gérer l’information audiovisuelle publique dans un contexte souvent complexe, marqué par les transitions politiques, les défis médiatiques et les transformations technologiques.

Mais Mamadou Gueye n’était pas seulement un homme de rédaction.

Il était aussi un homme de terrain.

Un raconteur de la Mauritanie profonde.

Ses réalisations documentaires constituent aujourd’hui une véritable mémoire audiovisuelle nationale. Il a travaillé sur la lutte contre la désertification, les barrages de l’OMVS, le retour des réfugiés mauritaniens, l’accès des femmes rurales à la terre, la gouvernance foncière, l’autosuffisance alimentaire, la lutte contre la malnutrition, les enjeux de la pêche, la biodiversité ou encore l’électrification du pays.

Bien avant que certains découvrent les concepts de “journalisme de développement” ou de “documentaire institutionnel”, Mamadou Gueye sillonnait déjà les régions, les villages, les zones rurales et les projets de développement pour raconter les réalités du pays.

Il a également occupé plusieurs fonctions de haut niveau : conseiller technique du directeur général de la TVM, directeur de production à TVM Plus, directeur adjoint, consultant senior en communication, formateur en journalisme à la HAPA, avant de diriger Media Vision Mauritanie, une société de production audiovisuelle.

Ce parcours force le respect.

Parce qu’il ne s’agit pas simplement d’un ancien journaliste.

Il s’agit d’un bâtisseur.

D’un homme qui a consacré près d’un demi-siècle à la radio, à la télévision, à la formation et à la production audiovisuelle en Mauritanie.

Et pourtant, lors des récentes distinctions organisées à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, son nom n’a pratiquement pas été cité.

Comme si toute une génération pouvait disparaître du récit médiatique national.

Cet oubli est douloureux.

Parce qu’il dépasse la personne de Mamadou Gueye.

Il pose la question de la reconnaissance des pionniers des médias mauritaniens. De ceux qui ont travaillé dans l’ombre, sans réseaux sociaux, sans visibilité permanente, mais avec professionnalisme, dignité et engagement.

Un pays qui oublie ses anciens journalistes oublie aussi une partie de sa mémoire collective.

Et dans le cas de Mamadou Gueye, cet oubli ressemble profondément à une injustice.

Souleymane Djigo

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