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Gouvernance en Mauritanie : Six nouveaux membres font leur entrée à l’Autorité nationale de lutte contre la corruption

Des membres du Conseil de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption, retenus au terme d’un long processus de sélection, ont prêté serment, au cours d’une cérémonie officielle organisée aujourd’hui lundi 18 mai courant au palais présidentiel à Nouakchott.

Il s’adit d’Ahmed Mohamed Salem Massoud, Baba Amadou Ndiaye, Sidi Abdallah Mohamed El-Mokhtar El-Bechir, Ammar Mohamed Lemine El Mouch, Mohamed Djèh Sidaty Mohamed El Mahfoudh et Mariem Bilal Salem.

L’événement s’est déroulé sous la supervision du Président de la République Ghazouani et du président de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption, M. Jemal Mohamed Ould Yedali.

Etaient également présents à cette cérémonie le ministre, secrétaire général de la Présidence de la République, M. Moulaye Ould Mohamed Laghdhaf,  le ministre chargé du cabinet du Président de la République, M. Nani Ould Chrougha et ministre de la Justice, M. Mohamed Ould Soueidatt.

Le président de la Cour suprême, M. Cheikh Ahmed Ould Sid’Ahmed, le procureur général près la Cour suprême, M. Mohamed Lemine Ould Mohamed Lemine, le conseiller à la Présidence de la République, M. Saleh Ould Dehmach avaient également assisté à cette prestation de serment.

32e Assemblée de l’APF : Le plaidoyer du président de l’Assemblée nationale Meguett pour une Afrique souveraine

Pendant trois jours, la capitale sénégalaise réunit présidents d’assemblées et parlementaires francophones du continent autour des crises géopolitiques, de la souveraineté africaine et du rôle des parlements dans la consolidation de la paix.

C’est à Dakar que les délégations africaines de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie se sont retrouvées ce lundi matin pour ouvrir la 32e édition de leur assemblée régionale. Trois jours de travaux qui s’annoncent chargés, dans un contexte continental particulièrement tendu.

Le président de l’Assemblée Nationale M. Mohamed Bemba Meguett a pris la parole au cours de cette rencontre, mettant en exergue, ce qu’il a qualifié de turbulences traversées par le continent.

Il a évoqué à ce propos, dans un communiqué publié par la Direction de communication de cette auguste Chambre parlementaire, le terrorisme fragilise l’espace sahélien, les dérèglements climatiques bouleversent la vie quotidienne de millions d’Africains.

Ci-après l’intégralité de ce discours :

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Assemblées parlementaires,

Honorables parlementaires,

Permettez-moi d’abord d’adresser nos sincères remerciements aux autorités sénégalaises et à la section sénégalaise de l’APF pour l’accueil fraternel qui nous est réservé ici, à Dakar.

Notre présence aujourd’hui dépasse le cadre d’une réunion institutionnelle ordinaire. Elle intervient à un moment où l’Afrique francophone est confrontée à une interrogation profonde sur son avenir et sur la capacité de ses institutions à répondre aux attentes de ses peuples.

Notre continent traverse une période de turbulences majeures : le terrorisme fragilise l’espace sahélien, les dérèglements climatiques bouleversent la vie quotidienne de millions d’Africains, et une grande partie de notre jeunesse peine à trouver des perspectives dignes. Pendant que le monde se recompose à travers de nouvelles rivalités géopolitiques, nos États font face à une exigence devenue centrale : restaurer la confiance — entre les citoyens et leurs institutions, entre les peuples et l’action publique. Nos peuples ne nous demandent pas des discours rassurants. Ils nous demandent des résultats.

Mesdames et Messieurs,

Les thèmes de cette Assemblée traduisent la gravité des enjeux.

Sur la question des crises internationales et de la souveraineté africaine : L’Afrique ne peut plus être un simple espace de compétition entre puissances extérieures. Elle doit devenir actrice de sa propre sécurité et de sa gouvernance stratégique. Nos Parlements ont ici un rôle fondamental : contrôle des politiques publiques, diplomatie parlementaire, consolidation de l’unité nationale et défense des intérêts souverains.

Sur la situation au Proche et Moyen-Orient : les conflits prolongés ont des répercussions bien au-delà de leurs frontières. Les parlements africains doivent porter une voix responsable — en faveur du dialogue, du droit international et d’une paix juste et durable. L’Afrique, forte de son expérience de médiation et de réconciliation, peut contribuer utilement à un monde de plus en plus fragmenté.

La grande leçon de cette période est la suivante : la stabilité ne se construit pas uniquement avec des dispositifs sécuritaires. Elle se construit avec la justice sociale, une gouvernance crédible, l’inclusion des jeunes, des institutions respectées et, surtout, le dialogue.

En Mauritanie, sous la conduite de Son Excellence le Président Mohamed Cheikh El Ghazouani, notre pays œuvre à consolider un modèle fondé sur l’apaisement, la cohésion nationale et le développement humain. Nous défendons avec constance trois priorités : renforcer l’État de droit, consolider la justice sociale et approfondir la coopération régionale. Car aucun de nos États ne pourra relever seul les défis auxquels l’Afrique est confrontée.

Mesdames et Messieurs,

Nos parlements ont aujourd’hui une responsabilité historique. Ils doivent devenir des lieux d’écoute, de médiation, d’anticipation et de construction du consensus — et non plus seulement des espaces de production législative.

Dans cette perspective, l’APF doit jouer un rôle plus audacieux. Nos peuples attendent une Francophonie qui parle davantage d’emploi, d’éducation, de souveraineté alimentaire, de climat et de jeunesse ; une Francophonie qui écoute l’Afrique, respecte les souverainetés et privilégie le partenariat sur les rapports de dépendance.

L’Afrique francophone n’est plus une périphérie : elle devient un espace stratégique dans un monde en recomposition, et cette réalité nous oblige à porter une parole africaine plus unie et plus affirmée.

L’avenir de notre continent dépendra de notre capacité à investir dans notre jeunesse. Le dividende démographique africain n’est pas automatique : il exige une école performante, une économie créatrice d’opportunités et une gouvernance ouverte. Une jeunesse marginalisée est une fragilité ; une jeunesse formée et confiante est la plus grande force d’une nation.

Je forme le vœu que les travaux de cette Assemblée de Dakar contribuent à faire émerger une coopération francophone fondée non sur l’assistance, mais sur le partenariat véritable — non sur les dépendances héritées, mais sur les ambitions de l’avenir.

Ce que nos peuples attendent de nous est simple : des institutions qui protègent, des États qui rassemblent, et une Afrique qui avance debout, souveraine et maîtresse de son destin.

Je vous remercie de votre attention

Président des FLAM : notre ambition est de construire une Mauritanie réconciliée avec elle-même, où chaque citoyen bénéficie des mêmes droits, des mêmes chances et de la même dignité

Dans cette interview exclusive accordée à TRUST Magazine, Abibou Sall, président des Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM), revient sur son retour politique en Mauritanie après plusieurs années d’absence, expose sa vision d’une refondation nationale fondée sur la justice, l’égalité et la réconciliation, et détaille les ambitions politiques, sociales et économiques de son mouvement dans un contexte national qu’il juge décisif pour l’avenir du pays.

 

Après plusieurs années d’absence, le retour d’Abibou Sall en Mauritanie marque une séquence politique majeure. Entre dialogue national, réconciliation historique, réformes institutionnelles et repositionnement stratégique des FLAM, le leader politique affirme vouloir inscrire son mouvement dans une dynamique nationale inclusive, tournée vers la reconstruction d’un pacte républicain durable.

 

Question : Votre retour en Mauritanie après plusieurs années d’absence constitue un moment politique fort. Quel message principal souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux Mauritaniens ?

 

Abibou Sall : La direction des FLAM a été absente de Mauritanie pendant plusieurs années, non par choix, mais par nécessité. Si nous tentons aujourd’hui ce retour, c’est parce que la situation nationale et régionale devient de plus en plus préoccupante.

 

La Mauritanie souffre des divisions, du manque d’entente entre les élites et de l’incapacité à construire un projet commun au service du pays. Pourtant, notre nation dispose d’immenses potentialités humaines et économiques.

 

Le message que nous adressons aux Mauritaniens est un appel à l’unité, au dialogue et au dépassement des clivages afin de construire ensemble une Mauritanie stable, juste et forte.

 

Les militants des FLAM sont ici pour contribuer à cette unité nationale, conformément aux valeurs qu’ils ont toujours défendues.

 

Question : Lors de vos récentes déclarations, vous avez insisté sur l’égalité, la justice et la dignité. Comment les FLAM comptent-ils concrètement traduire ces principes en projet politique national ?

 

Abibou Sall : Pour les FLAM, l’égalité, la justice et la dignité ne sont pas des slogans, mais les fondements d’un véritable projet national.

 

Concrètement, notre priorité est de bâtir des institutions fortes et crédibles, fondées sur l’État de droit. Cela implique une administration moderne, organisée autour de procédures claires, d’objectifs précis, et dotée des moyens humains, techniques et financiers nécessaires. Les fonctionnaires devront bénéficier de formations adaptées et être évalués sur leur capacité à servir tous les citoyens avec impartialité, dans le strict respect de la loi.

 

Notre projet repose également sur une réconciliation nationale véritable. Nous proposons la mise en place d’un processus de vérité, de justice et de réparation pour traiter des violences passées, des discriminations, des déportations et de l’esclavage et ses séquelles. Ce processus devra être transparent, inclusif et soutenu par les partenaires internationaux afin de garantir sa crédibilité et sa mise en œuvre effective.

 

Nous souhaitons aussi ouvrir un dialogue national pour repenser nos institutions et renforcer la participation de tous. Cela pourrait inclure la restauration d’un Sénat représentant les régions, ainsi qu’une reconnaissance institutionnelle du rôle des chefferies traditionnelles et des autorités locales, afin de valoriser nos cultures et de mieux ancrer l’action publique dans les réalités du terrain.

 

Enfin, nous faisons de l’éducation et de la promotion sociale une priorité absolue. Un vaste programme d’alphabétisation, de formation et d’accompagnement sera mis en œuvre en faveur des populations les plus marginalisées, notamment les anciens esclaves, les personnes victimes de discrimination et toutes les personnes vivant dans la pauvreté et l’exclusion.

 

L’ambition des FLAM est de construire une Mauritanie réconciliée avec elle-même, où chaque citoyen, quelle que soit son origine ou sa condition sociale, bénéficie des mêmes droits, des mêmes chances et de la même dignité.

 

Question : Vous appelez à une « réconciliation sincère » autour des blessures historiques du pays. Quelles mesures prioritaires proposez-vous pour parvenir à cette réconciliation nationale ?

 

Abibou Sall : Pour les FLAM, la réconciliation nationale ne peut être ni un slogan, ni un simple compromis politique. Elle doit être un processus sérieux, inclusif et courageux, permettant à la Mauritanie de regarder son histoire en face afin de tourner définitivement la page des injustices liées aux discriminations, aux déportations, aux exécutions extrajudiciaires, à l’esclavage et ses séquelles et aux exclusions de toutes sortes.

 

La première mesure prioritaire consiste à mettre en place une Commission Vérité, Mémoire et Réconciliation. Cette instance offrira à toutes les victimes, à leurs familles, mais aussi à ceux qui ont participé aux violations ou ont contribué à sauver des vies, la possibilité de témoigner librement. L’objectif est de documenter les faits, d’établir les responsabilités et de préserver cette mémoire dans les archives nationales, les programmes scolaires et des ouvrages de référence, afin que ces tragédies ne puissent plus jamais se reproduire.

 

La réconciliation ne doit pas être confondue avec la justice pénale. Dans un premier temps, l’essentiel est de reconnaître les souffrances, d’établir la vérité et de restaurer la confiance entre les Mauritaniens. Les questions judiciaires pourront suivre leur propre chemin, au rythme que la société et les institutions permettront, dans le respect de l’État de droit.

 

Parallèlement, il est indispensable de garantir le retour digne et sécurisé des réfugiés, des déportés, des exilés et de tous les membres de la diaspora qui souhaitent contribuer à la reconstruction du pays. Aucun Mauritanien ne doit être exclu de la nation.

 

Nous proposons également la création d’un Institut national de la Réconciliation, chargé d’accompagner les victimes dans leur reconstruction sociale, éducative, psychologique et économique, à travers des programmes de formation, d’insertion et de soutien durable.

 

Enfin, ce processus devra être conduit de manière indépendante, transparente et inclusive, avec l’appui technique et financier des partenaires internationaux, afin de garantir sa crédibilité.

 

La réconciliation sincère que nous appelons de nos vœux repose sur trois piliers : la vérité, la reconnaissance et la reconstruction. C’est à ce prix que la Mauritanie pourra se réconcilier avec son histoire et bâtir un avenir commun fondé sur la justice, l’égalité et la dignité pour tous.

 

Question : Vous avez évoqué les déportations, les discriminations et les injustices passées. Pensez-vous qu’un processus officiel de vérité et de réparation soit aujourd’hui possible en Mauritanie ?

 

Abibou Sall : Oui, un processus officiel de vérité, de réparation et de réconciliation est possible en Mauritanie. Tout dépend avant tout de la volonté politique de l’État, du rapport de force démocratique et de la capacité des acteurs nationaux à faire prévaloir l’intérêt supérieur de la nation sur les intérêts particuliers.

 

Les blessures liées aux déportations, aux exécutions extrajudiciaires, à l’esclavage et ses séquelles, aux discriminations et aux exclusions ne pourront pas être effacées par le silence. Elles doivent être reconnues avec courage et responsabilité. L’État mauritanien a la capacité institutionnelle de mettre en place un processus crédible de vérité, de reconnaissance et de réparation, à condition de créer un climat de confiance et de garantir que cette démarche vise d’abord à reconstruire la nation.

 

Il est essentiel de rassurer toutes les parties prenantes afin que chacun puisse participer à ce processus dans un esprit d’apaisement et de responsabilité. L’objectif n’est pas de raviver les divisions, mais de permettre à la vérité d’être établie, aux victimes d’être reconnues et à la société de repartir sur des bases plus justes et plus solides.

 

Si les conditions politiques ne permettent pas, dans l’immédiat, de mettre en œuvre l’ensemble du processus, l’État peut déjà poser des actes concrets. Il peut engager un programme d’accompagnement des victimes, faciliter le retour des réfugiés et des exilés, soutenir leur réinsertion sociale et économique, et créer un Institut national de la Réconciliation chargé de la mémoire, du soutien et de la reconstruction.

 

Ces mesures constitueraient un signal fort montrant que l’État souhaite réellement améliorer le vivre-ensemble et préparer les conditions d’une justice pleine et entière lorsque la nation sera prête.

 

Pour les FLAM, la réconciliation n’est pas un report de la justice, mais un chemin vers une justice durable. C’est en reconnaissant les souffrances du passé et en réparant les injustices que la Mauritanie pourra bâtir une paix véritable, fondée sur l’égalité, la dignité et la citoyenneté pour tous.

 

Question : Les FLAM ont longtemps été perçues comme un mouvement de revendication identitaire. Comment redéfinissez vous aujourd’hui votre combat dans le contexte politique actuel ?

 

Abibou Sall : La perception selon laquelle les FLAM seraient un mouvement de revendication identitaire ne correspond pas à la réalité de leur histoire, de leurs textes fondateurs et de leur engagement politique. Depuis leur création, les FLAM portent un projet national fondé sur l’égalité, la justice, la liberté et la dignité pour tous les Mauritaniens, sans distinction d’origine, de langue ou de condition sociale.

 

Il ne s’agit donc pas d’une redéfinition de notre combat, mais d’une continuité. Les FLAM ont toujours dénoncé les discriminations, l’exclusion, l’esclavage et ses séquelles ainsi que les violations des droits humains, non pas pour défendre une communauté contre une autre, mais pour promouvoir l’émancipation de tous les citoyens et la construction d’un Etat véritablement démocratique.

 

Il est vrai qu’à certaines périodes de notre histoire, les populations noires ont été particulièrement touchées par les injustices. Mais notre combat n’a jamais été

communautariste. Il a toujours visé à garantir à chaque Mauritanien les mêmes droits, les mêmes chances et la même dignité.

Aujourd’hui, dans un contexte national fragile et dans un environnement régional et international de plus en plus incertain, nous voulons mieux faire connaître ce message. Les FLAM ne se battent pas contre des Mauritaniens ; elles se battent pour tous les Mauritaniens.

 

Notre objectif demeure le même : favoriser un dialogue national inclusif, aboutir à un nouveau pacte social fondé sur la vérité, la garantie des droits et l’égalité, et permettre à toutes les composantes du pays de construire ensemble une Mauritanie unie, réconciliée et prospère.

 

Question : Depuis près d’un an, un dialogue national est en cours de préparation. Les FLAM comptent-ils y prendre part, et sous quelles conditions ?

 

Abibou Sall : Les FLAM ont toujours défendu l’idée d’un dialogue national inclusif comme voie privilégiée pour résoudre les crises structurelles de la Mauritanie. Nous avons donc accueilli favorablement les premiers échanges engagés en amont de cette initiative.

À cette occasion, nous avions exprimé notre disponibilité à participer, à condition que le processus soit véritablement co-construit avec l’ensemble des forces politiques et sociales du pays. Cela impliquait une concertation sur l’ordre du jour, les modalités de participation, le cadre institutionnel et les garanties de mise en œuvre des conclusions.

 

Par la suite, nous avons constaté que le processus avait été engagé sans que nous soyons associés à la définition de son cadre, de ses modalités et de son ordre du jour, alors même que nous avions expressément demandé que ces éléments soient co-construits avec l’ensemble des parties prenantes. Les FLAM ont ainsi été écartées de la phase de préparation, puis n’ont reçu aucune invitation formelle depuis le lancement officiel du dialogue. Dans ces conditions, il est naturellement difficile de rejoindre un processus dont les règles ont été arrêtées sans notre participation. Nous restons néanmoins dans une position d’observation attentive, avec l’espoir sincère que cette initiative puisse malgré tout produire des résultats positifs pour la Mauritanie.

Notre conviction est claire : un dialogue peu inclusif a peu de chances d’aboutir à des résultats durables. Pour être utile, il doit s’attaquer aux causes profondes des difficultés du pays, et non à leurs seules conséquences. Il doit aborder sans tabou les questions de gouvernance, de justice, de réconciliation nationale, de partage du pouvoir, de réforme des institutions et de refondation du pacte social.

 

Nous pensons également que la parole des citoyens doit être pleinement prise en compte. Les consultations populaires, appuyées par les outils modernes d’analyse et de synthèse, peuvent permettre de faire émerger une vision collective fidèle aux attentes du peuple. La Mauritanie dispose de compétences nationales reconnues, notamment dans le domaine des nouvelles technologies, qu’il serait utile de mobiliser.

Si les conditions d’un dialogue sérieux, inclusif, transparent et orienté vers des solutions concrètes sont réunies, les FLAM y prendront toute leur place, avec le sens des responsabilités qui a toujours guidé leur engagement au service de l’unité nationale, de la justice et de la démocratie.

 

Question : Depuis votre retour, avez-vous entrepris des démarches pour rencontrer des leaders de l’opposition tels que Samba Thiam, Biram Dah Abeid ou Khally Diallo afin d’unir vos forces, ou envisagez-vous de mener votre combat de manière indépendante ?

 

Abibou Sall : Les FLAM ont toujours privilégié le dialogue et la coopération avec les forces démocratiques et les acteurs du changement en Mauritanie. Depuis de nombreuses années, nos militants, y compris au sein de la diaspora, apportent régulièrement leur soutien à diverses initiatives de l’opposition, qu’il s’agisse d’organiser des rencontres, des conférences ou des actions de mobilisation.

 

Nous partageons avec de nombreux responsables politiques une même ambition : construire une Mauritanie plus juste, plus démocratique et plus inclusive. Dans le cadre de mon retour au pays, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs figures importantes de l’opposition, notamment Mohamed Yahia vice-président de AJD-MR, Samba Thiam président de FPC, Biram Dah Abeid président de IRA, Mohamed Ould Maouloud président de l’UFP, Hamadi Ould Sidi Mokhtar président de Tawassoul et président de l’institution de

l’opposition démocratique, Seydina Ali Ould Mohamed Khouna président de Al Ahd ainsi que Abdoulaye Baba SY secrétaire général de l’institution de l’opposition démocratique et porte parole du FRUD, entre autres.

D’autres personnalités que nous avions souhaité rencontrer n’étaient pas disponibles, mais cela ne remet nullement en cause notre volonté de poursuivre les échanges. Nous considérons qu’au-delà des sensibilités et des parcours de chacun, les forces attachées à la justice, à l’égalité et à la démocratie ont vocation à travailler ensemble.

 

Les FLAM n’ont jamais conçu leur combat comme une démarche isolée. Notre objectif n’est pas de défendre une position partisane, mais de contribuer à la construction d’un large rassemblement capable de porter les réformes profondes dont notre pays a besoin.

Nous sommes donc ouverts à toutes les collaborations sincères fondées sur des principes clairs : l’égalité entre les citoyens, la réconciliation nationale, le respect des droits humains et l’instauration d’un véritable État de droit. C’est dans l’unité et la complémentarité des forces démocratiques que la Mauritanie pourra relever les défis qui se présentent à elle.

 

Question : Les FLAM ont longtemps été perçues comme une organisation à forte dimension identitaire, voire séparatiste par certains. Le mouvement que vous incarnez aujourd’hui peut-il devenir un parti politique légalement reconnu par les autorités actuelles ?

 

Abibou Sall : Les FLAM ont souvent été présentées, à tort, comme un mouvement identitaire ou séparatiste. Cette lecture ne correspond ni à nos textes fondateurs, ni à notre histoire. Dès le Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé, notre démarche repose sur le dialogue, la justice et la refondation d’une Mauritanie unie, où toutes les composantes nationales vivent dans l’égalité et la dignité.

 

Notre emblème lui-même porte ce message d’unité. Il symbolise la diversité géographique, culturelle et humaine de la Mauritanie : le désert au nord, la vallée au sud, les différentes composantes du peuple mauritanien et leur rencontre au centre. Il exprime notre conviction profonde que la Mauritanie est une nation plurielle, une véritable « nation arc-en-ciel », dont la richesse réside dans sa diversité.

Les FLAM n’ont jamais eu pour objectif de diviser le pays, encore moins de le fragmenter.

Notre combat a toujours consisté à construire une nation réconciliée, fondée sur l’égalité des droits, la citoyenneté pleine et entière et le respect de toutes les identités qui composent notre pays.

 

S’agissant de notre évolution institutionnelle, toutes les options sont sur la table. Cette question fait l’objet de réflexions internes et dépendra également des garanties concrètes offertes par l’État en matière de pluralisme, de liberté d’organisation et d’égalité de traitement.

L’expérience du retour de 2013 invite à la prudence. Certains militants avaient alors créé les Forces Progressistes pour le Changement (FPC) dans l’espoir d’une participation politique normale. Malgré cet engagement, cette formation n’a pas obtenu la reconnaissance administrative attendue et est restée marginalisée.

 

C’est pourquoi toute démarche de transformation en parti politique devra s’inscrire dans un cadre clair, fondé sur des engagements précis des autorités. Quant à savoir si les FLAM peuvent être légalement reconnues, la réponse appartient avant tout à l’État mauritanien. Ce serait un signal fort démontrant que la Mauritanie est prête à accueillir toutes les forces politiques attachées à la justice, à la démocratie et à l’unité nationale.

 

Question : Votre retour a été marqué par un mobilisation impressionnante, de l’aéroport de Nouakchott jusqu’au centre-ville, sans intervention des forces de l’ordre, une situation autrefois inimaginable pour les FLAM. Quelle lecture faites-vous de cette évolution ?

 

Abibou Sall : Je tiens d’abord à préciser que les informations selon lesquelles les forces de l’ordre ne seraient pas intervenues ne sont pas tout à fait exactes. Une partie importante de nos militants a été empêchée de nous rejoindre et est restée bloquée dans les quartiers populaires. Ce groupe, qui transportait les drapeaux national mauritanien et celui des FLAM, a été bloqué et invité à se disperser. Notre présence dans l’enceinte de l’aéroport a également été très brève suite à l’intervention des gendarmes.

 

À la sortie de l’aéroport, nous avons rejoint le cortège venu nous accueillir. Plus loin, sur la route de Nouadhibou, les forces de sécurité ont interrompu le convoi en invoquant des impératifs de sécurité. Mon véhicule a été autorisé à poursuivre son trajet par un autre itinéraire, tandis que les autres véhicules ont été libérés progressivement (1 véhicule toutes les 15 à 20 minutes).

 

Il est important de souligner qu’à aucun moment les forces de l’ordre n’ont eu recours à la violence. Le commissaire de Tevragh Zeina a fait preuve de professionnalisme et de pédagogie en expliquant les raisons de cette intervention. Son attitude a contribué à préserver un climat de calme et de respect mutuel.

Au-delà de ces restrictions, ce que nous retenons surtout, c’est l’ampleur de la mobilisation populaire et la sérénité avec laquelle les événements se sont déroulés. La présence des FLAM sur le sol mauritanien, l’accueil chaleureux qui nous a été réservé par la population et l’absence de confrontation violente montrent que nos idées sont désormais davantage comprises et que notre engagement en faveur de l’unité, de la justice et de l’égalité est de plus en plus reconnu.

Nous y voyons un signe encourageant. Cela ne signifie pas que tous les obstacles ont disparu, mais cela montre qu’un dialogue apaisé et une participation politique ouverte sont possibles. C’est une évolution positive pour les FLAM, mais surtout pour la Mauritanie et pour l’ensemble de ses citoyens.

 

Question : Certains observateurs estiment que votre retour pourrait résulter d’un arrangement avec le pouvoir actuel dans le but d’affaiblir l’opposition. Que répondez-vous à ces interrogations ?

 

Abibou Sall : Je suis surpris par ce type d’interrogations, car elles ne correspondent ni à notre histoire ni à notre pratique politique. Les FLAM ont toujours travaillé en lien étroit avec les forces démocratiques et les mouvements d’opposition. Depuis des années, nos militants, y compris au sein de la diaspora, apportent leur soutien à de nombreuses initiatives visant à promouvoir l’alternance, la justice et la démocratie en Mauritanie.

Dans ces conditions, il serait incohérent d’imaginer que notre présence sur le terrain ait pour objectif d’affaiblir l’opposition. Quel en serait l’intérêt pour les FLAM ? Quel bénéfice pour le peuple mauritanien ? Notre engagement a toujours eu pour seul objectif de défendre les droits de tous les citoyens et de contribuer à la construction d’une Mauritanie plus juste, plus stable et plus prospère.

 

Je tiens également à rappeler que les FLAM n’ont jamais disparu du paysage national. Le mouvement est resté présent à travers ses militants, ses sympathisants et ses actions. Ce dont il est question aujourd’hui, ce n’est pas d’un « retour » au sens politique du terme, mais de la volonté de la direction du mouvement d’être davantage présente en Mauritanie afin d’accompagner directement les militants et de participer plus activement au débat national.

 

Les FLAM conservent leur totale indépendance politique. Nous dialoguons avec tous les acteurs, y compris les autorités, lorsque l’intérêt national l’exige, mais cela ne signifie en aucun cas un alignement ou un arrangement. Le dialogue est un outil politique normal ; il ne remet pas en cause notre liberté de parole ni notre exigence de justice, d’égalité et de démocratie. Notre seul accord est avec le peuple mauritanien. Notre seule ligne directrice est la défense de la dignité humaine, de l’État de droit et de l’unité nationale. Toute lecture contraire relève davantage de la spéculation que de la réalité.

 

Question : Vous avez dénoncé les inégalités sociales, le chômage des jeunes et le favoritisme. Quelles réformes économiques et sociales jugez-vous indispensables pour répondre à ces défis ?

 

Abibou Sall : Pour les FLAM, la première réforme économique et sociale est l’instauration d’une égalité réelle entre tous les Mauritaniens. Tant que l’accès à l’éducation, à l’emploi, au crédit, à la fonction publique et aux opportunités économiques restera marqué par les discriminations, le favoritisme et les inégalités, aucun développement durable ne sera possible. La priorité absolue est donc de garantir à chaque citoyen une existence administrative pleine et entière. Cela passe par un état civil accessible à tous, afin qu’aucun Mauritanien ne soit privé de ses droits fondamentaux faute de reconnaissance administrative.

 

Nous proposons ensuite une réforme profonde du système éducatif. L’école doit permettre à chaque jeune d’acquérir les compétences nécessaires pour répondre aux besoins du pays et accéder à l’emploi. L’alphabétisation, la formation professionnelle, l’enseignement technique et l’orientation vers les secteurs porteurs doivent devenir des priorités nationales.

 

La lutte contre le chômage des jeunes exige également une politique volontariste en faveur de l’entrepreneuriat. Il faut simplifier la création d’entreprise, faciliter l’accès au crédit, mettre en place des fonds de garantie et accompagner les jeunes porteurs de projets, en particulier dans les régions les plus défavorisées.

Nous plaidons aussi pour une administration fondée sur le mérite, la transparence et l’égalité des chances. Les recrutements publics doivent être exempts de favoritisme et reposer sur des critères objectifs.

 

Enfin, le développement économique doit renforcer la cohésion nationale. Les investissements publics doivent bénéficier à toutes les régions, réduire les inégalités

territoriales et créer davantage de liens entre les différentes composantes de la nation.

Notre ambition est de bâtir une économie inclusive dans laquelle chaque Mauritanien, quelque soit son origine ou son milieu social, puisse étudier, entreprendre, travailler et vivre dignement. C’est à cette condition que la Mauritanie pourra mobiliser pleinement ses ressources humaines et économiques (diaspora y compris) au service du bien commun.

 

Question : Votre mouvement prévoit une implantation renforcée sur l’ensemble du territoire national. Quelle stratégie adoptez-vous pour mobiliser au-delà de votre base historique ?

 

Abibou Sall : Notre stratégie repose sur une conviction simple : les FLAM ne s’adressent pas à une communauté particulière, mais à l’ensemble des Mauritaniens.

Notre projet politique est national et a vocation à répondre aux aspirations de tous ceux qui souhaitent vivre dans une Mauritanie fondée sur l’égalité, la justice, la fraternité et la dignité. Pour cela, nous irons directement à la rencontre des populations dans toutes les régions du pays. Il s’agit d’expliquer notre histoire, de clarifier nos positions et de présenter notre projet politique, afin que chacun puisse se faire sa propre opinion, au-delà des perceptions

ou des idées reçues.

 

Nous prévoyons de renforcer nos structures et de mettre en place des implantations sur l’ensemble du territoire national. Ces espaces permettront aux citoyens de s’informer librement, d’adhérer s’ils le souhaitent, mais aussi de contribuer activement à l’enrichissement de notre projet. Notre démarche est participative. Nous voulons écouter les réalités locales, comprendre les besoins propres à chaque région et adapter nos propositions en conséquence. Les solutions aux défis de la Mauritanie doivent être construites avec les citoyens, et non imposées d’en haut.

 

Au-delà de notre base historique, nous nous adressons à tous les Mauritaniens : jeunes, femmes, travailleurs, entrepreneurs, agriculteurs, éleveurs, fonctionnaires, membres de la diaspora et acteurs de la société civile.

Notre ambition est de bâtir un mouvement national, ouvert et inclusif, capable de rassembler toutes les énergies autour d’un objectif commun : construire une Mauritanie unie, réconciliée et prospère, où chaque citoyen trouve pleinement sa place.

 

Question : Comment envisagez-vous vos relations avec les autorités actuelles ? Êtes-vous dans une logique d’opposition, de dialogue ou de coopération conditionnelle ?

 

Abibou Sall : Notre position n’a jamais varié. Les FLAM ont toujours privilégié le dialogue, tout en conservant leur liberté de critique et leur indépendance politique. Depuis

leur création, elles ont tendu la main aux autorités pour contribuer à la recherche de solutions aux problèmes structurels du pays. Nous ne sommes pas dans une opposition systématique, ni dans une logique d’alignement. Nous sommes dans une démarche de dialogue exigeant et de coopération conditionnelle, fondée sur des principes clairs : le respect des droits humains, l’égalité entre les citoyens, la liberté d’expression, la justice et l’ouverture d’un véritable espace démocratique.

 

Si les autorités acceptent de prendre en compte les attentes de la population, de réduire les pratiques répressives, de reconnaître la légitimité des critiques constructives et d’associer toutes les forces nationales à la recherche de solutions, nous saluerons cette évolution et y apporterons notre contribution.

Nos relations avec les pouvoirs successifs ont souvent été déterminées par l’attitude des autorités elles-mêmes. Lorsque les libertés sont restreintes et que les revendications légitimes sont ignorées, il est naturel que les tensions persistent. À l’inverse, dès lors qu’un climat de confiance s’installe et que notre droit à participer pleinement à la vie nationale est reconnu, il n’existe aucune raison de refuser une coopération dans l’intérêt du pays. Nous sommes convaincus qu’aucun acteur, qu’il s’agisse du pouvoir ou de l’opposition, ne détient à lui seul toutes les solutions. Chacun peut apporter une part de réponse aux défis de la Mauritanie. Le dialogue ne consiste pas seulement à se rencontrer ponctuellement ; il implique un travail quotidien, des échanges sincères et la co-construction d’actions concrètes au service des populations.

 

Notre seule ligne directrice est l’intérêt du peuple mauritanien. Chaque fois qu’une initiative ira dans le sens de la justice, de l’apaisement politique et du développement du pays, les FLAM seront prêtes à y contribuer avec responsabilité et loyauté envers la nation.

 

Question : Quel rôle souhaitez-vous voir jouer la jeunesse mauritanienne dans la transformation politique et sociale que vous appelez de vos vœux ?

 

Abibou Sall : La jeunesse mauritanienne occupe une place centrale dans la transformation politique et sociale que nous appelons de nos vœux. Elle n’est pas seulement l’avenir du pays ; elle en est déjà l’une des principales forces de changement.

 

Les FLAM ont fait un choix clair : confier la direction du mouvement à une génération plus jeune, tout en organisant un accompagnement structuré par les aînés. Cette complémentarité permet d’allier l’énergie et l’innovation de la jeunesse à l’expérience et à la mémoire des anciens, afin d’assurer une véritable transmission des savoirs et des responsabilités.

Pour que la jeunesse puisse jouer pleinement son rôle, elle doit bénéficier d’une formation citoyenne et politique solide, lui permettant de comprendre les enjeux nationaux, d’analyser les projets proposés et de participer de manière éclairée à la vie publique.

 

Mais cette formation doit également répondre aux besoins concrets de l’économie. Le système éducatif, l’enseignement technique et la formation professionnelle doivent être construits en lien direct avec les besoins des entreprises, des administrations et des secteurs porteurs tels que l’agriculture, l’élevage, la pêche, les mines, les services et les nouvelles technologies. L’objectif est de former des jeunes immédiatement opérationnels, capables de trouver un emploi, de créer leur entreprise ou de contribuer efficacement au

développement du pays. Il est également indispensable de faciliter l’accès à l’emploi, à l’entrepreneuriat et au crédit, afin de transformer les compétences acquises en opportunités réelles.

 

Dans la vision des FLAM, la jeunesse doit être à la fois bien formée, pleinement consciente de ses responsabilités citoyennes et dotée de perspectives économiques concrètes. C’est en investissant dans une jeunesse éduquée, compétente et engagée que la Mauritanie pourra bâtir un avenir plus juste, plus prospère et plus uni.

 

Question : Pensez-vous que la Mauritanie est aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire politique ?

 

Abibou Sall : Oui, je pense que la Mauritanie se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire politique.

Les conditions semblent réunies, tant sur le plan national qu’international, pour engager une transformation profonde de notre pays. Les Mauritaniens aspirent de plus en plus à la justice, à l’égalité, à la transparence et à une gouvernance plus inclusive. Dans le même temps, les partenaires de la Mauritanie souhaitent voir émerger un pays durablement stable, réconcilié avec lui-même et capable d’offrir un cadre sécurisé pour des investissements de long terme.

 

La société mauritanienne a également beaucoup évolué. Grâce aux voyages, à l’accès à l’information et au développement des échanges, de nombreux citoyens découvrent une lecture plus objective de notre histoire. Ils prennent conscience des souffrances vécues par une partie de leurs compatriotes à travers les déportations, les exécutions extrajudiciaires, l’esclavage et ses séquelles et les discriminations persistantes.

Ce qui est essentiel, c’est que les victimes et leurs descendants ne portent pas un projet de vengeance. Leur aspiration profonde est de vivre en paix, dans la sécurité, la garantie des droits et l’égalité, au sein d’un pays qui appartient à tous ses enfants sans distinction.

C’est pourquoi nous pensons que le changement est non seulement possible, mais inévitable. La véritable question n’est plus de savoir s’il aura lieu, mais comment il sera accompagné. Notre responsabilité collective est de faire en sorte que cette évolution se déroule dans le dialogue, l’apaisement et l’inclusion, afin qu’aucun Mauritanien ne se sente exclu du projet national.

 

Pour les FLAM, ce tournant historique représente une opportunité unique de refonder la Mauritanie sur des bases saines : la vérité, la justice, la réconciliation et la citoyenneté égale pour tous. Si nous savons saisir ce moment avec courage et lucidité, notre pays pourra enfin réaliser tout son potentiel humain, économique et culturel.

 

Question : Enfin, quelle vision portez-vous pour la Mauritanie des dix prochaines années ?

 

Abibou Sall : Dans les dix prochaines années, je souhaite voir émerger une Mauritanie réconciliée avec elle-même, stable, juste et pleinement tournée vers son développement. Notre première ambition doit être de garantir la souveraineté alimentaire du pays. La Mauritanie dispose de terres, d’eau, de savoir-faire et d’un potentiel humain considérable. En investissant massivement dans l’agriculture, l’élevage, la pêche et les infrastructures rurales, nous pouvons nourrir notre population, réduire notre dépendance extérieure et créer des milliers d’emplois.

 

Nous devons également mieux valoriser nos ressources naturelles. Qu’il s’agisse des minerais, du gaz, de la pêche ou de l’agriculture, une plus grande part de la valeur ajoutée doit être créée sur notre territoire. Même sans aller immédiatement jusqu’au produit fini, chaque étape de transformation locale permettra de générer davantage de revenus, d’emplois qualifiés et de ressources pour financer nos priorités nationales.

 

Ces ressources devront être investies en priorité dans l’éducation, la formation professionnelle, la santé, les infrastructures et le désenclavement des régions. Il est essentiel de faciliter la circulation des personnes, des marchandises et des idées afin de renforcer l’intégration économique et l’unité nationale.

Mais le développement économique n’a de sens que s’il s’accompagne d’un progrès social et politique. Dans dix ans, je souhaite une Mauritanie où chaque citoyen est

reconnu à l’état civil, bénéficie des mêmes droits, accède à une école de qualité, à des soins, à un emploi et à une justice impartiale.

 

Mon ambition est qu’au terme de cette décennie, plus aucun Mauritanien ne souffre de la faim, de l’exclusion ou du sentiment qu’il doit quitter son pays pour espérer vivre dignement. La Mauritanie doit devenir un pays où chacun peut étudier, travailler, entreprendre et construire son avenir en confiance.

C’est cette Mauritanie de justice, de prospérité partagée et de cohésion nationale que les FLAM souhaitent contribuer à bâtir avec l’ensemble des Mauritaniens.

TRUST Magazine

 

 

La Mauritanie affiche une fermeté sans précédent face semeurs de la haine et des germes de la division

En Mauritanie, le champ d’application des poursuites judiciaires contre les discours de haine controversés publiés sur les réseaux sociaux s’élargit progressivement.

Plusieurs publications et déclarations ont fait l’objet de poursuites pénales, alimentant un débat politique et juridique croissant sur les limites de la liberté d’expression et les conditions nécessaires au maintien de la paix civile dans un pays où les questions d’identité, de discrimination et de cohésion sociale demeurent des sujets sensibles du discours politique.

Dans ce contexte, le juge d’instruction de la cinquième chambre du tribunal de Nouakchott Ouest a ordonné l’incarcération de Khadija Mohamed Salek Sidi El Mokhtar, en réponse à la requête du parquet de son placement sous contrôle judiciaire et l’émission d’un mandat de détention. Cette décision faisait suite à la publication par la blogueuse d’une vidéo sur les réseaux sociaux.

L’action en justice a été engagée suite à la large diffusion d’une vidéo dans laquelle une femme tenait des propos jugés offensants et racistes à l’encontre de la communauté Haratin (les descendants d’anciens esclaves en Mauritanie). Ces propos incluaient des descriptions considérées comme insultantes et dégradantes pour la dignité humaine et la cohésion sociale, comme le fait de qualifier les Haratin d’ignorants et de les comparer à des ânes. Ces propos ont suscité une vive indignation et une vague de condamnations sur les réseaux sociaux.

Le procureur a inculpé la femme d’« incitation à la violence contre un groupe ethnique », de « propos racistes visant à porter atteinte à la paix civile et à la cohésion sociale par le biais des réseaux sociaux », ainsi que de diffamation, de calomnie et de diffusion en ligne de propos injurieux. Ces accusations reposent sur l’article 11 de la loi contre la discrimination, l’article 2 de la loi sur la protection des symboles nationaux et l’incrimination des atteintes au prestige de l’État et à l’honneur des citoyens, les articles 348 et 349 du Code pénal et les articles 22 et 23 de la loi sur la cybercriminalité.

La femme en question avait été arrêtée quelques jours auparavant par l’Unité de lutte contre la cybercriminalité, qui avait mené l’enquête préliminaire avant de la déférer au parquet puis au juge d’instruction – une procédure de plus en plus fréquente dans les affaires liées aux contenus numériques et aux discours de haine.

Cette affaire s’inscrit dans une série de cas similaires survenus en Mauritanie ces derniers mois, notamment celui des députés Mariam Cheikh Dieng et Qhamou Achour, membres du mouvement IRA, qui est devenu l’une des affaires les plus controversées du pays sur les plans politique et juridique.

Les autorités avaient arrêté les deux députées pour des diffusions en direct sur les réseaux sociaux qui, selon le parquet, contenaient des propos insultants envers les symboles nationaux, incitaient à la haine et portaient atteinte à l’ordre public.

Le parquet a soutenu que l’affaire relevait du « flagrant délit », arguant que le caractère public de la diffusion numérique rendait l’immunité parlementaire inapplicable, conformément à l’article 50 de la Constitution et à l’article 85 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Lors des audiences, l’accusation a requis des peines plus sévères, exigeant l’emprisonnement des deux parlementaires et la levée de leur immunité. Elle a fait valoir que leurs déclarations outrepassaient les limites de la liberté d’expression politique, constituant une « insulte aux symboles nationaux et une incitation à la discorde au sein de la société », compte tenu notamment de leur statut parlementaire et de l’influence de leurs discours sur l’opinion publique.

Le mouvement IRA et l’équipe de défense des deux députées ont affirmé en revanche que l’affaire comportait des dimensions politiques et relatives aux droits humains, et que les poursuites constituaient une atteinte à l’activisme de l’opposition et au discours sur les droits humains contre la discrimination et l’esclavage. Ils ont accusé les autorités d’instrumentaliser les lois relatives aux « symboles » et à la « cybercriminalité » pour restreindre la liberté d’expression et limiter l’espace de la critique politique.

Les audiences du procès ont également été marquées par des tensions et des manifestations de sympathisants du mouvement devant le Palais de Justice, sous haute surveillance policière.

Le mouvement IRA, dirigé par Biram Dah Abeid, est l’un des plus importants mouvements d’opposition de défense des droits humains en Mauritanie. Ces dernières années, il a été impliqué dans plusieurs affrontements avec les autorités sur des questions liées à l’esclavage, à la discrimination et à la liberté d’expression. Certains l’accusent d’« hostilité envers les Beydane », le groupe arabe de Mauritanie. Au cœur de la crise impliquant les deux députées, Biram Ould Abeid a appelé à l’apaisement des tensions et a présenté des excuses en leur nom pour certains propos offensants. Il a également réitéré ses critiques à l’égard de la loi sur les symboles nationaux, la qualifiant d’instrument de répression contre les opposants et les personnes vulnérables.

Les affaires récentes ne se limitent pas aux activistes et aux personnalités politiques, mais concernent également des militants et des blogueurs, parmi lesquels Warda Ahmed Souleymane, emprisonnée pour des contenus publiés sur les réseaux sociaux. Cette affaire marque une nouvelle étape dans le renforcement du contrôle judiciaire des discours en ligne.

Les observateurs estiment que les autorités mauritaniennes s’orientent de plus en plus vers l’activation des dispositions légales relatives à la lutte contre les discours de haine, la discrimination et la cybercriminalité, afin de contrôler l’espace numérique et de contenir les discours susceptibles d’engendrer des tensions sociales, ethniques ou politiques, notamment compte tenu de l’influence croissante des réseaux sociaux et de leur transformation en arène centrale des conflits politiques et de la mobilisation populaire. À l’inverse, au sein des milieux de défense des droits humains et des médias, des questions se posent de plus en plus quant aux limites de cette approche et à sa capacité à garantir la paix civile ou à devenir un instrument de restriction de la liberté d’expression et d’opposition politique, en particulier au vu du nombre croissant de poursuites liées aux contenus numériques en peu de temps.

Il semble que le système judiciaire mauritanien se trouve aujourd’hui au cœur d’un dilemme particulièrement délicat : celui de concilier le devoir de protéger l’unité nationale et de prévenir l’incitation à la haine, et la nécessité de faire respecter les garanties constitutionnelles relatives à la liberté d’opinion, d’expression et d’activité politique et de défense des droits humains.

Entre ceux qui voient dans ces procès une nécessité légale pour endiguer les injures verbales et les discours discriminatoires et incendiaires, et ceux qui les considèrent comme le signe d’une restriction croissante de la sphère publique, tous les regards sont tournés vers le pouvoir judiciaire, organe qui déterminera l’issue du procès.

En pratique, la frontière entre opinion admissible et discours criminalisé s’est estompée, à l’heure où les plateformes de médias sociaux sont devenues l’acteur le plus influent pour façonner l’opinion publique et déclencher des controverses politiques et sociales en Mauritanie.

 

Le Commissariat aux Droits de l’Homme Démentit des fausses allégations …fac-similé

Les déclarations relayées récemment par un député également président d’une organisation de la société civile, prétendant que la délégation officielle de la République Islamique de Mauritanie aurait été exclue des travaux de la session de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), sont totalement fausses et dénuées de tout fondement.

Le Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile ( CDHAHRSC),  tient à préciser que ces allégations ont été diffusées alors que la délégation officielle était encore en route vers Banjul et n’était pas encore arrivée sur le lieu de la session.

D’ailleurs la session de la CADHP ne devait officiellement débuter que le lundi 11mai 2026, tandis que les déclarations en question ont été faites le samedi 09 mai 2026.

La délégation mauritanienne participe normalement aux travaux de la CADHP, dans un esprit d’engagement constructif, de dialogue et de coopération avec les mécanismes africains des droits de l’homme, conformément à l’approche constante de la Mauritanie en matière d’interaction avec les instances régionales et internationales compétentes.

Le CDHAHRSC appelle, en outre , à davantage de responsabilité dans le traitement et la diffusion des informations relatives aux institutions nationales et aux engagements internationaux du pays.

Il importe de vérifier l’exactitude des informations auprès des sources compétentes avant leur publication ou leur partage , afin d’éviter la manipulation de l’information de nature à induire l’opinion publique en erreur et de porter atteinte à la crédibilité des institutions.

Banjul le 10 mai 2025
Le Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile

 

L’opposition a battu le macadam pour exiger une baisse des prix des denrées alimentaires

Les partis de l’opposition ont organisé aujourd’hui dimanche 10 mai courant, un meeting populaire dans la place de la foire dans la moughataa d’El Mina relevant de la wilaya de Nouakchott sud.

La conjoncture actuelle demande le renforcement du processus démocratique, l’amélioration du climat politique et le renforcement des opportunités du dialogue et de la pluralité, ont martelé à cette occasion, les leaders de l’opposition, devant des foules enthousiasmées entourées par un imposant dispositif sécuritaire déployé par les autorités .

Les intervenants ont abordé aussi la situation économique et sociale du pays, appelant les pouvoirs publics à rendre disponibles les produits de base à des prix abordables, à renforcer l’appui aux couches vulnérables et à œuvrer pour l’amélioration des services essentiels.

Le meeting a connu la présence d’un certain nombre de dirigeants des partis et des formations politiques ainsi que de leurs militants et sympathisants.

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