Accusations du Général Tiani contre la Mauritanie : Une lecture à contre-courant des réalités du Sahel

J'ai pris connaissance des déclarations du président nigérian, le général Abdourahamane Tiani, diffusées par la télévision publique de son pays.
Il y affirme, gratuitement et sans apporter la moindre preuve, que les attaques qui ont frappé le Mali le 25 avril provenaient de Mauritanie, de Côte d'Ivoire et du Bénin.
Il accuse la Mauritanie de manière indiscriminée et vague, sans preuve aucune et sans fournir le moindre détail, n'hésitant pas à affirmer que la Mauritanie était la base de lancement de l'un des axes de ces attaques et qu'elle abrite des forces françaises, à l'instar des autres pays qu'il a mis en cause.
Pourtant, en jetant un rapide coup d'œil analytique, dans le fond, de ces accusations extravagantes, on aperçoit à la glauque lumière du jour, leur absurdité, leur faiblesse et leur caractère infondé.
Le général Tiani aurait dû savoir, s'il l'ignorait vraiment, que les forces françaises se sont retirées de la Mauritanie d’il y a plusieurs décennies, bien avant le retrait des forces françaises et américaines de son propre pays entre 2023 et 2024, remplacées par des forces venues de l'« espace slave oriental ».
Quant à l’affirmation, maintes fois réfutée, que le territoire mauritanien aurait servi de point de départ des attaques contre le Mali, elle est contredite par les faits, l'histoire et la géographie et aucun élément de preuve ne la soutient.
En réalité, toute analyse, même simpliste ou superficielle, de la vulnérabilité du Mali face aux attaques de ses voisins, placerait le Niger en première ligne, compte tenu de l'absence d'attaques ou d'actes terroristes recensés visant le Mali et provenant du territoire mauritanien.
Le général Tiani, ignore-t-il que le calvaire que subit le Mali aujourd'hui se concentre dans le triangle frontalier entre le Mali, son pays le Niger et le Burkina Faso, triangle bien connu sous le nom de triangle de Liptako-Gourma ou la « zone des trois frontières », située à cheval sur trois pays sahéliens : le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Un triangle zone qui est aujourd'hui considéré comme la région la plus dangereuse au monde, surpassant les jungles d'Amérique du Sud, repaires de cartels de la drogue et de bandes de kidnappeurs ?
Ne se souvient-il pas également que le Niger, sous son règne, est désormais classé au dixième rang mondial (selon les Nations Unies) en termes d'escalade de la violence, de terrorisme, d'insécurité et de perte de contrôle des frontières, alors que la Mauritanie est considérée comme l'une des régions les plus sûres et les plus stables du Sahel ?
Ne se rappelle-t-il pas que la zone frontalière entre son pays et le Mali constitue le principal refuge ses combattants de l'État islamique (EI), d'Al-Qaïda Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et des organisations criminelles impliquées dans le vol et le trafic de drogue ?
Afin d'éviter que cette réponse ne se résume à de simples accusations sans fondement, comme celles du général Tiani, il convient de préciser que les régions de Gourma, Bankilaré et Téra, situées dans l'ouest du Niger et limitrophes du Mali, sont des bastions de la première zone d'intervention de l'État islamique à partir desquels elle lance des attaques, comme bon lui semble et quand cela lui chante au Mali, au Burkina Faso et dans d'autres pays voisins.
De plus, les combattants de la quatrième région de la Province du Sahel de l'État islamique (EI) utilisent les zones d'Andéramboukane et d'Abala, au Niger, également frontalières du Mali, comme bases pour leurs camps et leurs activités au Mali et au Niger.
En effet, la région de Tillabéri, au Niger, limitrophe du Mali, est devenue la zone la plus touchée par les attaques contre les voisins du Niger, en particulier le Mali, car des attaques quotidiennes y sont lancées. Les régions de Diffa et de Zinder, dans le sud-est du Niger, sont également touchées.
Plusieurs des plus importants bastions et camps de Boko Haram y sont situés, et le Nigeria et les pays de la région du lac Tchad essayent quasi quotidiennement des attaques de leur part, que le général Tiani n'exerçant aucun contrôle sur cette partie de son pays.
Historiquement, le Niger était le premier point de contact pour les militants salafistes au Sahel et en Afrique de l'Ouest avant qu'ils n'atteignent le nord du Mali.
Et l’on peut affirmer sans risque de se tromper, que la transformation de Boko Haram, d'un groupe à la rhétorique extrémiste et au prosélytisme, mais sans penchant pour la violence, en un groupe armé composé de combattants redoutables qui commettent des attentats, tuent et kidnappent, a pris naissance au Niger.
Tout a commencé lorsque le Groupe islamique armé (GIA) d'Algérie a dépêché l'un de ses chefs, le cheikh Hassan, à Niamey en 1994 afin d'acheter des armes et du matériel et de préparer son expansion au Sahel et en Afrique de l'Ouest.
Il est devenu un intermédiaire entre son groupe et la direction de Boko Haram, qu'il a persuadée d'envoyer des dizaines de ses membres transiter par le Niger pour suivre un entraînement au combat dans des camps du GIA avant de retourner combattre au Nigeria.
Le Niger était alors la seule voie de transit pour les combattants et les armes à destination et en provenance de Boko Haram.
Si l'on examine de près la sécurité frontalière avec le Mali, en la comparant à celle de la Mauritanie et du Niger, on constate que, malgré l'immense différence entre la frontière mauritanienne-malienne (environ 2 250 km) et la frontière nigéro-malienne (seulement 828 km), le Mali a su préserver sa sécurité face à son voisin mauritanien.
La Mauritanie, grâce à son armée et ses forces de sécurité, a pu protéger et gérer ses frontières sans recourir à des forces étrangères ni à des milices locales.
À l'inverse, le Niger n'est pas parvenu à empêcher les atteintes et les dommages causés au Mali à sa frontière depuis plus de vingt ans, malgré le recours à des forces étrangères et la formation de plusieurs milices locales à caractère ethnique le long de cette frontière.
Ces milices comprennent la Zankai Zarma (qui signifie « Jeunesse Zarma » en langue locale), créée en 2019 à partir de combattants de l'ethnie Zarma, et la Garde Nomade, composée de combattants touaregs et fondée également en 2019.
En 2021, avant que le gouvernement du général Tiani n'approuve la création de nouvelles milices peules en mars 2026 sous le nom de « Domol Leydi » (« Gardien de la Terre » en peul), la plupart de ces milices semaient l'insécurité et l'instabilité au Niger et au Mali. Elles ont contribué à forger une image sombre de la région frontalière entre les deux pays, la transformant en théâtre de violences religieuses et ethniques, de vols à main armée et de trafic de drogue.
Telle est la réalité de la frontière mauritano-malienne, et telle est la réalité de la frontière nigéro-malienne.
Laquelle de ces frontières mérite le plus d'être sécurisée ? Laquelle mérite le plus d'être qualifiée de plaque tournante pour nuire à nos frères maliens et exporter la violence et les massacres vers eux ?
Le général Tiani avait mieux à faire et plus à gagner en se souciant ou se préoccupant des souffrances de ses voisins, notamment la République du Mali, victimes de calamités, de guerres et de chaos, dont la plupart viennent de son pays, au lieu d’accuser et de calomnier des pays qui ont préservé et assuré leur propre sécurité et celle des frontières de leurs voisins. Des pays qui se sont abstenus de pointer un doigt accusateur contre leurs voisins préférant cultiver la paix et la patience plutôt que de critiquer, endurant ainsi sept longues années de lutte contre le terrorisme infiltré depuis les frontières voisines.
Des pays qui ont continué à considérer leurs voisins avec le regard d'une personne juste, qui ne leur impose pas un fardeau supérieur à leurs capacités, agissant avec sagesse, patience et bienveillance, comme cela s’est révélé avec une clarté toute particulière lors de la récente conférence de presse du Président de la République M. Mohamed Ould Cheikh Ghazouani.
Mohamed Mahmoud Abou El Maali