Société

De la servitude au Parlement : une victoire individuelle, un défi collectif pour la Mauritanie

Par admin · 04/10/2026 à 20:34 · 103 vues
De la servitude au Parlement : une victoire individuelle, un défi collectif pour la Mauritanie

L’entrée de Madame Habi Mint Rabah à l’Assemblée nationale constitue un événement dont la portée dépasse largement son parcours personnel. Qu’une femme ayant connu la servitude dans son enfance accède aujourd’hui à la représentation nationale est, en soi, un fait exceptionnel. C’est aussi une image forte de la transformation, encore inachevée, de la société mauritanienne.

Elle remplace Mariem Cheikh Samba Dieng à l'Assemblée nationale en raison de la perte officielle du mandat parlementaire de cette dernière, décidée par le Conseil constitutionnel mauritanien le 1er octobre 2026.

Dans son un engagement,Habi Mint Rabah rejoint l’IRA et devient une militante de terrain, dénonçant l’esclavage et les discriminations structurelles en Mauritanie. En 2018, elle se présente aux élections législatives sur la liste de la coalition Sawab/IRA.

Son parcours, de la servitude au Parlement, rappelle d’abord une réalité que la Mauritanie ne peut regarder avec indifférence : l’abolition juridique de l’esclavage ne suffit pas, à elle seule, à effacer les séquelles sociales, économiques et culturelles héritées de plusieurs générations.

La Mauritanie a aboli officiellement l’esclavage en 1981 et l’a criminalisé en 2007. Mais une loi, aussi importante soit-elle, ne transforme pas instantanément les mentalités, les rapports sociaux ni les conditions de vie. La véritable victoire contre l’esclavage ne se mesure donc pas seulement au nombre de textes adoptés, mais à la capacité de la République à garantir à chaque citoyen les mêmes droits, les mêmes chances et la même dignité.

C’est dans cette perspective que le parcours de Habi Mint Rabah mérite d’être regardé.

Son accession au Parlement peut être considérée comme une victoire personnelle, mais également comme un message adressé à toutes celles et tous ceux qui ont été longtemps privés de voix. Elle démontre qu’une personne issue des milieux les plus défavorisés peut franchir les barrières sociales et accéder aux institutions de la République.

Mais cette réussite individuelle ne doit pas devenir une exception qui permettrait de masquer les difficultés collectives.

La question essentielle est désormais celle-ci : combien d’autres Habi Mint Rabah la Mauritanie doit-elle encore attendre pour que l’égalité des chances devienne une réalité ordinaire et non un événement exceptionnel ?

Le Parlement ne doit pas seulement être le lieu où l’on raconte les souffrances du passé. Il doit être celui où l’on construit les solutions du présent et de l’avenir : accès à l’éducation, formation professionnelle, emploi, accès à la terre et aux ressources, autonomisation économique des femmes, protection sociale et application effective des lois contre toutes les formes d’exploitation et de discrimination.

Le combat contre l’esclavage ne devrait pas non plus être transformé en une confrontation permanente entre communautés. La République a besoin de vérité, de justice et de réparation sociale, mais elle a également besoin d’un projet commun.

Reconnaître les blessures de l’histoire ne signifie pas condamner des citoyens en fonction de leur ascendance. De même, défendre les victimes de discriminations ne signifie pas opposer les Mauritaniens les uns aux autres. L’objectif devrait être de construire une citoyenneté dans laquelle l’origine sociale ou familiale ne détermine ni la dignité, ni les droits, ni les possibilités d’avenir.

C’est précisément là que la présence de Habi Mint Rabah au Parlement prend toute sa signification.

Elle peut porter la voix de ceux qui ont souffert, mais elle peut également contribuer à faire évoluer le débat : passer de la dénonciation à la réforme, de la mémoire à la justice, de la revendication à l’égalité citoyenne.

Son parcours rappelle une vérité fondamentale : une République est d’autant plus forte qu’elle permet à ceux qui ont été longtemps privés de droits de devenir eux-mêmes des acteurs de ses institutions.

Son arrivée au Parlement doit ainsi ouvrir un débat sérieux, dépassionné et profondément républicain. Non pour enfermer la Mauritanie dans les blessures de son passé, mais pour l’aider à les dépasser par le droit, l’éducation, la justice et l’égalité des chances.

 

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