L'Algérie rompt ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis
Selon le communiqué officiel, cette mesure intervient « après avoir épuisé toutes les voies permettant de préserver les relations bilatérales » . Alger a évoqué « la multiplication des agissements provocateurs ou hostiles » de la part des Émirats, précisant que ces actions « ont atteint les limites de ce qui est admissible ou tolérable dans le cadre de relations entre deux États souverains » .
Des accusations récurrentes d'ingérence
Cette rupture est l'aboutissement d'une dégradation progressive des relations, marquée par des accusations algériennes répétées d'ingérence émiratie dans les affaires régionales .
Le président Abdelmadjid Tebboune avait durci son discours ces derniers mois. Lors d'une interview télévisée, il avait déclaré sans nommer explicitement les Émirats : « Là où ils mettent le pied, le sang coule », qualifiant l'État du Golfe d'« État minuscule » à l'« impact très négatif » . Il avait ajouté : « Tout ce que l'Algérie souhaite, c'est que cet État s'éloigne, pour que le sang ne coule pas chez nous » .
Un contexte de divergences stratégiques profondes
Les tensions entre Alger et Abou Dhabi s'enracinent dans des divergences stratégiques majeures :
Dossiers régionaux : L'Algérie accuse les Émirats de mener une action déstabilisatrice dans plusieurs pays, notamment au Mali, en Libye et au Soudan . Alger soutient le gouvernement de Tripoli tandis qu'Abou Dhabi appuierait le maréchal Haftar. Au Soudan, les Émirats soutiendraient les Forces de soutien rapide, alors que l'Algérie appuie l'armée régulière .
Normalisation avec Israël : L'Algérie s'oppose fermement à la normalisation des relations avec Israël, engagée notamment par les Émirats dans le cadre des accords d'Abraham .
Sahara occidental : Abou Dhabi soutient le Maroc sur ce dossier, tandis qu'Alger appuie le Front Polisario .
Crise médiatique : En 2025, la diffusion sur Sky News Arabia d'une interview controversée sur l'identité amazighe avait provoqué une vive polémique en Algérie .
Première réaction émiratie
L'Émirati Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président, a réagi via un message publié sur la plateforme X, sans citer directement l'Algérie. Il a affirmé que « les relations diplomatiques sont gérées par la raison, la communication et la clarté des intérêts », et non par « des énigmes et des signaux qui nécessitent d'être déchiffrés » .
Il a ajouté que ces relations « ne peuvent être otages d'une tension interne ou de l'incapacité à expliquer les intérêts et à établir les priorités », estimant que « l'ambiguïté n'est pas une politique et le bruit ne compense pas l'absence d'une vision claire » .
Vers une escalade prolongée ?
Cette rupture diplomatique intervient dans un contexte régional déjà fortement polarisé. Elle pourrait avoir des répercussions sur la coopération économique et les échanges entre les deux pays.
En février dernier, l'Algérie avait déjà entamé des procédures pour annuler l'accord de services aériens signé avec les Émirats en 2013 .
L'évolution de cette crise dépendra des positions que prendront les deux capitales dans les prochains jours, alors qu'aucune médiation n'a pour l'instant été annoncée.