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La démarche actuelle de la Mauritanie sur sa frontière avec le Sahara : une souveraineté défensive, sans revendication

Par admin · 20/10/2026 à 11:51 · 49 vues
La démarche actuelle de la Mauritanie sur sa frontière avec le Sahara : une souveraineté défensive, sans revendication

La demande mauritanienne de matérialiser sa frontière avec le Sahara occidental, formulée lors des négociations de Madrid en février 2026, ne constitue en aucun cas une revendication territoriale. Elle s’inscrit au contraire dans une stratégie de consolidation du statu quo, visant à sécuriser juridiquement une frontière considérée comme définitive avant que le règlement du conflit sahraoui ne crée de nouvelles réalités sur le terrain.

Le contexte : une fenêtre d’opportunité qui inquiète et une déclaration qui ravive des velléités expansionnistes 

La démarche mauritanienne intervient dans un moment charnière. Les négociations sur le Sahara, relancées sous l’égide de l’ONU et avec un soutien américain direct, sont entrées dans une phase concrète avec les rounds de Madrid des 8 et 9 février 2026. Cette accélération fait craindre à Nouakchott un règlement qui se ferait sans elle ou à ses dépens, notamment sur la base du plan d’autonomie marocain.

Un événement a particulièrement cristallisé ces inquiétudes : la déclaration du roi Mohammed VI, le 31 octobre 2025, évoquant un Maroc « qui s’étend de Tanger à Lagouira » et appelant à ne pas « transgresser les frontières historiques ». Pour Nouakchott, cette formulation ravive la crainte d’une expansion territoriale vers le sud, rendant urgent le verrouillage juridique de sa frontière.

La demande : une commission pour figer la frontière

Concrètement, la Mauritanie a proposé la création d’une commission consensuelle chargée de définir « les frontières internationales définitives et permanentes du territoire contesté ». Cette proposition a été portée par le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, lors du deuxième cycle de négociations à Madrid.

L’objectif est clair : obtenir des garanties internationales pour sécuriser les frontières actuelles de la Mauritanie contre d’éventuelles contestations futures. Il ne s’agit pas de négocier un agrandissement, mais de figer par écrit une limite déjà existante et reconnue.

Le cœur du sujet : Lagouira, un enjeu stratégique mais pas une revendication

La localité de Lagouira  est au centre des préoccupations. Située à seulement 13 kilomètres à vol d’oiseau de Nouadhibou, le poumon économique de la Mauritanie, elle se trouve sur la même péninsule, partagée de fait entre les deux pays.

Contrairementàce qu'ecrivent certains medias, la Mauritanie n’a aucune prétention de souveraineté sur Lagouira. Par l’accord d’Alger du 10 août 1979, elle a solennellement renoncé à toute revendication territoriale sur le Sahara occidental. Elle contrôle cependant la localité de facto, et des pêcheurs mauritaniens y opèrent. La demande de commission vise donc à préserver ce statu quo et à s’assurer que le futur règlement ne remette pas en cause cette situation à proximité immédiate de son port stratégique.

Des motivations multiples : sécurité, économie et anticipation

La démarche mauritanienne répond à plusieurs impératifs :

· Sécurité frontalière : la porosité de la zone expose le pays aux trafics et à l’immigration irrégulière. Une frontière claire facilite le contrôle.

· Protection économique : des projets maroco-émiratis de développement à Lagouira (complexe portuaire, zone franche, tourisme) font craindre une concurrence directe pour Nouadhibou et un basculement des équilibres économiques régionaux.

· Anticipation politique : en traitant la question frontalière en amont de tout accord politique, la Mauritanie veut éviter d’être mise devant le fait accompli et de subir des conséquences territoriales qu’elle n’aurait pas pu négocier.

Une neutralité positive, mais ferme sur ses intérêts vitaux

Tout en menant cette démarche, la Mauritanie maintient sa position de « neutralité positive » dans le conflit du Sahara, réaffirmée à plusieurs reprises en 2026. Elle participe aux discussions comme pays observateur, aux côtés de l’Algérie, et continue de recevoir toutes les parties, y compris le Polisario.

Cette posture lui permet de préserver de bonnes relations avec tous les acteurs tout en défendant ses intérêts vitaux. La demande de matérialisation frontalière n’est donc pas un alignement sur une partie, mais l’exercice d’une souveraineté défensive : la Mauritanie ne revendique rien, elle protège ce qu’elle considère comme sien et refuse de voir sa sécurité et son développement dépendre d’un règlement sur lequel elle n’aurait pas de prise.

ABD

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