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Mauritanie : Comment l'ambassadeur Ahmed Teguedi a orchestré le placement des cadres à l'international

Par Mohamed · 24/09/2026 à 10:39 · 10 vues
Mauritanie : Comment l'ambassadeur Ahmed Teguedi a orchestré le placement des cadres à l'international

Extraits Mémoires Ahmed Teguedi : Regard sur 34 ans de diplomatie mauritanienne

Pages : 106, 107, 108, 169, 170, 171, 172, 173

Placement international de cadres mauritaniens

À mon arrivée à New York, je commence à apporter ma contribution pour soutenir des

candidatures de deux cadres mauritaniens qui postulent à des postes internationaux importants dans le système onusien. Ainsi, j’ai pu, avec l’aide d’Allah le Tout-puissant, contribuer à leur désignation à ces postes.

Désignation du directeur général adjoint du PNUE

En avril 2013, notre compatriote Ibrahima Thiaw, qui est déjà au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), postule au poste très convoité de directeur adjoint de cet organisme. En tout état de cause, il faut absolument le dire ici, M. Thiaw est un excellent candidat, tant sur le plan professionnel que sur le plan humain. Il est quelqu’un du sérail qui a d’excellentes capacités et est très apprécié ; il jouit aussi d’un grand respect au sein de son environnement professionnel. Ceci étant, M. Thiaw s’est lancé dans cette course aux côtés d’autres candidats dont certains sont d’anciens ministres de l’Environnement dans de grands pays comme l’Inde et dont les pays respectifs sont d’importants contributeurs au budget de l’Organisation. Malgré la préférence du secrétaire général des Nations unies M. Ban Ki-moon pour le genre à ce moment-là, j’interviens pour mon compatriote et le secrétaire général le choisir finalement. Le dernier entretien avec M.

Ban Ki-moon à son sujet, un peu avant la sélection des candidats, est en marge d’une cérémonie d’adieu organisée par les Représentants permanents à l’ONU en l’honneur de leur collègue Mme Suzan Rice, Représentante permanente des États-Unis auprès de l’ONU nommée au poste de conseillère du National Security C ouncil à la Maison Blanche

.

Quelques temps après, je me rappelle être à Nouakchott pour passer le mois béni de Ramadan en famille lorsque M. Thiaw me réveille vers 3 h 00 du matin par un coup de fil pour m’annoncer la bonne nouvelle. « Monsieur l’ambassadeur, excusez-moi de vous déranger à cette heure-ci mais je

voulais vous confier la primauté de la bonne nouvelle. Le secrétaire général des Nations unies vient de me désigner pour le poste de directeur adjoint du PNUE. C’est pour moi l’occasion de vous remercier très sincèrement pour les efforts consentis par vous-même pour arriver à ce résultat. Je

sais que vous le faites pour notre pays, la Mauritanie ». Depuis lors, M. Thiaw ne rata jamais une.

Lorsque le Congrès, favorable à John Kerry, n’a pas accepté sa nomination par M. Obama à la tête du Département d’État, celui-ci choisit de la nommer auprès de lui au poste de Conseiller chargé du National

Security Council.

L’occasion de me téléphoner pour me souhaiter une bonne fête, ses meilleurs vœux, etc. Il me manifesta toujours sympathie, respect, considération et reconnaissance.

La dernière fois fut en mars 2018 lorsqu’il me téléphona pour me saluer et m’annoncer de vive voix sa nomination par le secrétaire général des Nations unies António Guterres comme conseiller spécial de l’ONU pour le Sahel, où il devait travailler avec le bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) à Dakar.

Désignation de l’envoyé spécial adjoint pour la Libye

En mars 2013, notre compatriote Ismael Ould Cheikh Ahmed2, qui est à l’époque coordinateur du PNUD3 à Sanaa, m’envoie un e-mail m’informant de son intention de quitter le PNUD, d’intégrer le département politique des Nations unies à New York et de postuler au poste d’envoyé spécial adjoint pour la Libye. Quelques jours après, il est à New York et nous déjeunons ensemble au restaurant turc Ali Baba, non loin du siège de l’ONU.

Je lui dis que je vais aller voir le secrétaire général des Nations unies au sujet de sa candidature pour avoir son accord. Juste après le déjeuner, je vais au siège des Nations unies et je monte au 38e étage où se trouve le bureau du secrétaire général Ban Ki-moon et son Cabinet. Arrivé sur les lieux, je trouve sa directrice de Cabinet Mme Suzane Mabel Malcorra4 qui fut ministre des Affaires étrangères d’Argentine. Il y a avec elle M. Jeffrey Feltman, secrétaire général adjoint et chef du département des affaires politiques. J’ai connu M. Feltman à Tel-Aviv quand il était secrétaire d’État adjoint au Département d’État américain, chargé du Moyen-Orient. J’expose donc à mes deux interlocuteurs mon intention de voir le secrétaire général, afin de solliciter son appui pour la candidature de notre compatriote au poste d’envoyé spécial adjoint pour la Libye. Ils s’engagent à faire le nécessaire et indiquent qu’il n’est plus utile de voir M. Ban Ki-moon à ce sujet qu’ils prennent eux en charge. Chose dite, chose faite, notre compatriote est bien désigné pour le poste en

question.

Candidatures aux postes internationaux

Dès mon arrivée à la tête du ministère des Affaires étrangères et de la coopération (MAEC), j’établis avec l’aval du président de la République une liste de fonctionnaires et d’anciens ministres pour favoriser leur placement dans des postes internationaux. Je pris aussi contact avec les organisations internationales afin de nous informer à chaque fois des postes vacants, afin de nous permettre de présenter les candidatures aux postes demandés. J’ai proposé quatre anciens diplomates à mon ami M. Iyad Madani, secrétaire général de l’Organisation de la coopération 2 Précédemment envoyé spécial des Nations unies au Yémen (2015-2018). Actuel ministre des Affaires étrangères de Mauritanie.

Programme des Nations unies pour le développement.

Cette femme politique argentine a été ministre des Affaires étrangères de 2015 à 2017. Auparavant, elle fut chef de Cabinet du bureau exécutif de l’ONU, nommé par le secrétaire général Ban Ki-moon en mars 2012.

À travers toutes ces mesures, je voulais mettre en place une vraie politique de placement de hauts cadres mauritaniens.

Candidature au poste de secrétaire général adjoint de l’Union internationale des télécommunications (2013-2014)

La Mauritanie postula au poste très stratégique de secrétaire général adjoint de l’Union internationale des télécommunications (UIT). J’étais encore à ce moment-là à New York et mobilisai les pays avec lesquels on avait signé des accords mutuels (mutual agreements) de soutien pour appuyer notre candidature. Après mon arrivée à la tête du MAEC, il y eut trois candidats potentiels du Nigeria, d’Égypte et de Tunisie. Le candidat tunisien était le ministre des Affaires étrangères en personne. L’Égypte avait aussi un autre ministre comme candidat. À travers les démarches, l’Égypte retira son candidat en faveur de notre pays, en guise de reconnaissance pour nos efforts de médiation pour le retour de l’Égypte au sein de l’Union africaine. Pour sa part, la Tunisie fit de même, grâce aux relations personnelles que j’avais avec mon collègue et ami M. Mongi Hamdi qui accepta de se retirer en signe fort de son amitié avec la Mauritanie. On eut aussi le soutien de l’ensemble des pays arabes, des pays africains et de quelques autres pays. Il restait la démarche au niveau de l’Union africaine ; j’approchai alors le ministre des Affaires étrangères du Nigeria qui m’affirma que la CDEAO avait dit que si le Nigeria se désistait, elle présenterait un autre candidat à sa place. Je parlai aussi à mon amie et collègue la ministre du Ghana Mme Hanna Serwaa Tetteh qui me dit qu’il fallait voir la question avec les Présidents pour trouver un dénouement. L’enjeu était énorme. Il y avait trois candidats à ce poste convoité : un Anglais, une Polonaise et un Russe. Malgré tous ces efforts diplomatiques avérés, la candidature mauritanienne au poste de secrétaire général adjoint de l’Union internationale des télécommunications n’aboutit malheureusement pas.

Direction générale de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA, 2013- 2014)

Statutairement, le poste en question revenait aux pays arabes d’Afrique, moins le Soudan qui abrite le siège de la Banque : donc aux pays du Maghreb en plus de l’Égypte. Quand je scrutai la liste des directeurs généraux (DG) de cette institution, depuis sa création au sommet arabe de 1977, je constatai immédiatement que tous les pays avaient déjà occupé le poste de DG pendant au moins

Diplomate et ingénieur, cet ancien de Harvard a occupé diverses fonctions au secrétariat des Nations unies à New York. De 2001 à 2013, il dirigea le secrétariat de la Commission de la science et de la technologie pour le développement à Genève, En 2012, il fut promu chef du Cabinet du secrétaire général de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) puis directeur de la planification stratégique et de la coordination au bureau du secrétaire général de la CNUCED. Ministre des Affaires étrangères de 2014 à 2015, secrétaire général adjoint, Représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Mali et chef de la MINUSMA en 2015-2016.

Deux mandats ou même quatre mandats. Seule la Mauritanie n’avait jamais accédé à ce poste ! Cela me parut un peu bizarre. Lorsque la décision politique de présenter un candidat au poste de DG de la BADEA fut prise, je commençai immédiatement à démarcher mes contacts diplomatiques pour que la Mauritanie réussisse son ambition. Nous fûmes dans une position confortable, surtout avec l’aval des bailleurs de fonds arabes. D’abord, j’allai au Caire pour présenter notre candidature au Président Abdel Fattah al-Sissi. Il faut reconnaître que je bénéficiai auprès de lui d’un traitement particulièrement respectueux. Il finit donc par retirer le candidat de l’Égypte au profit de celui de la

Mauritanie.

J’allai aussi voir le Président Moncef Marzouki à Tunis qui insista sur le maintien de son candidat. Je lui expliquai que la Tunisie avait occupé ce poste durant quatre mandats alors que la Mauritanie était le seul pays d’Afrique du Nord à ne l’avoir jamais occupé. Je lui rappelai également que la Mauritanie avait par écrit soutenu la candidature de la Tunisie au Conseil de sécurité pour l’échéance 2020-2021. Je lui dis qu’en perspective de l’ouverture de la Banque d’investissements du Maghreb arabe qui aurait son siège à Tunis, nous allions présenter une candidature à sa présidence.

D’autre part, il était possible que nous présentions aussi un candidat au poste de secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe, longtemps monopolisé par la Tunisie. À la fin de l’audience, aucune réponse ne me fut donnée. Lors du dîner offert par mon collègue, ce dernier me fit part du retrait de la candidature tunisienne au dit poste. Je devais me rendre à Tripoli, mais faute de conditions de sécurité, je ne pus y aller. Je me rappelle que c’était notre ambassadeur qui remit le message à la Libye à travers son collègue libyen de Tunis. Finalement, la Libye valida notre candidature à la

BADEA.

En Algérie, je fus reçu par le Président Bouteflika, à qui j’expliquai l’historique des présidences de la Banque et le fait que la Mauritanie était le seul pays à n’avoir jamais occupé ce poste. Il me répondit : « Vous êtes dans votre plein droit et nous allons vous soutenir ». Au Maroc, lors de mon

audience avec le roi Mohammed VI, je lui transmis le même message et expliquai le bien-fondé de notre candidature à la BADEA. Le Roi me dit : « Non seulement, nous allons soutenir votre candidature, mais nous allons faire du lobbying à votre avantage ». Je me rappelle qu’à cette occasion avoir reçu des lettres de soutien de la part des gouvernements des pays bailleurs de fonds de la BADEA : Arabie saoudite, Émirats arabes Unis, Koweït, Irak. Ainsi, il ne restait plus grand chose à faire, peut-être seulement attendre la fin du mandat en cours, pour élire notre candidat au poste du nouveau directeur général de la BADEA. Alhamdoulilah , cela se déroula comme prévu et sans complication. Le Conseil des gouverneurs de la BADEA élut à l’unanimité lors de sa réunion tenue au Koweït le 7 avril 2015 notre compatriote M. Sidi Ould Tah au poste de directeur général de la BADEA. Il prit ses fonctions le 1er juillet 2015. La diplomatie mauritanienne avait réussi ce challenge.

Le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe

J’avais de bonnes relations avec l’ex secrétaire général de la Ligue arabe M. Nabil Al Arabi, depuis le temps où j’étais encore en poste comme conseiller à notre ambassade au Caire. Je lui dis que la Mauritanie était le seul pays arabe n’ayant jamais occupé le poste de secrétaire général adjoint. Il me demanda de lui présenter un candidat ; nous proposâmes M. Mohamed Lemine Ould Guig, ancien Premier ministre, qui fut retenu à ce poste.

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Les mémoires de l'ancien ministre des Affaires étrangères et ambassadeur de Mauritanie,

Ahmed Ould Teguedi, ont été publiés fin 2022 aux Éditions L'Harmattan sous le titre " Regard sur 34 ans de diplomatie mauritanienne"

. L'ouvrage offre un témoignage de première main sur la géostratégie, les coulisses des relations internationales et les missions diplomatiques de l'auteur de 1981 à 2015

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