Mauritanie : Semaine marquée par un remaniement gouvernemental et une offensive diplomatique sur la question des frontières avec le Sahara
La scène politique mauritanienne a connu une semaine particulièrement dense, marquée par la formation d'un nouveau gouvernement et par une initiative diplomatique sans précédent concernant la délimitation des frontières avec le territoire contesté du Sahara occidental.
Un remaniement gouvernemental aux allures de sanction
Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a nommé, samedi soir, un nouveau gouvernement de 29 membres sur proposition du Premier ministre Mokhtar Ould Diay, reconduit dans ses fonctions après avoir présenté la démission de son cabinet. Plusieurs ministères stratégiques ont changé de titulaires. Ba Ousmane succède ainsi à Hanana Ould Sidi à la Défense, tandis qu'El Moctar Ould Ahmed Bouceif prend la tête du ministère de l'Intérieur. Les Affaires économiques, la Santé, l'Énergie, l'Agriculture et la Pêche sont également concernés par ce remaniement.
La question des frontières avec le Sahara au cœur des préoccupations
Sur le plan diplomatique, la semaine a été dominée par la révélation d'une initiative mauritanienne visant à clarifier les frontières du Sahara occidental dans le cadre des négociations onusiennes. Selon le rapport du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, référencé S/2026/781, la Mauritanie a proposé la création d'une commission chargée de clarifier « les frontières internationales définitives et permanentes du territoire contesté ». Cette initiative a été présentée lors du deuxième cycle de négociations organisé à Madrid les 8 et 9 février 2026, par le ministre mauritanien des Affaires étrangères.
Cette proposition s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour de la région de Lagouira, située à l'extrême sud du Sahara occidental. Le 31 octobre 2025, au lendemain de l'adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, le roi Mohammed VI du Maroc déclarait : « Il est venu le temps du Maroc uni qui s'étend de Tanger à Lagouira : celui dont nul ne s'avisera de bafouer les droits, ni de transgresser les frontières historiques ». Cette formule n'est pas passée inaperçue à Nouakchott.
Lagouira se trouve à seulement 13 kilomètres à vol d'oiseau de Nouadhibou, principal centre maritime et économique du nord mauritanien. Toute évolution majeure dans cette localité , notamment portuaire ou logistique ,est susceptible d'avoir des répercussions directes sur l'environnement stratégique mauritanien.
Une activité diplomatique intense
En marge de ces dossiers sensibles, la diplomatie mauritanienne a poursuivi son activisme. Le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, a reçu cette semaine son homologue sénégalais avec lequel des discussions sur un nouvel accord de coopération sécuritaire auraient été engagées. Le représentant permanent de la Mauritanie auprès de l'ONU s'est par ailleurs entretenu avec l'envoyé personnel du secrétaire général pour le Sahara, Staffan de Mistura, après les discussions du Conseil de sécurité sur le dossier sahraoui.
Une embellie économique malgré les turbulences
Sur le front économique, les perspectives restent favorables. Selon le rapport pays 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement, la croissance du PIB mauritanien, qui s'est établie à 4,0 % en 2025, est projetée à 4,4 % pour 2026 et à 4,7 % pour 2027. L'entrée en production du secteur gazier constitue l'élément le plus transformateur de l'économie mauritanienne à l'horizon immédiat.
Les investissements étrangers demeurent soutenus : l'émirati EAG a annoncé un investissement de 440 millions de dirhams émiratis dans le projet agricole Aftout/Rosso, couvrant environ 8 900 hectares, tandis que la société norvégienne STAR SEAFOOD envisage d'injecter 100 millions d'euros dans la zone franche de Nouadhibou, avec à la clé plus de 2 800 emplois. Le ministère des Finances a par ailleurs ouvert des discussions avec la banque d'affaires Rothschild & Co pour examiner les perspectives économiques du pays.
La semaine aura été révélatrice des tensions qui traversent la scène politique mauritanienne : un remaniement gouvernemental aux allures de sanction après la crise électrique, et une offensive diplomatique prudente mais déterminée sur la question épineuse des frontières avec le Sahara. Entre ambitions économiques et impératifs sécuritaires, Nouakchott semble vouloir garantir ses intérêts stratégiques avant que ne se dessine un éventuel règlement définitif du conflit sahraoui.