Mauritanie : une semaine sous le signe de la prudence frontalière et des promesses sociales.
La semaine écoulée en Mauritanie a été marquée par un double mouvement : d’un côté, une gestion attentive des conséquences du retrait de la MINURSO sur sa frontière nord, de l’autre, une offensive gouvernementale sur le terrain économique et social. Entre appels à la vigilance et annonces de réformes, le pays tente de concilier stabilité régionale et attentes internes.
Une frontière sous haute surveillance diplomatique
L’actualité a été dominée par les répercussions de la fin du mandat de la Mission des Nations Unies pour le référendum au Sahara occidental (MINURSO), expiré le 31 octobre 2026. Face à cette évolution, les autorités mauritaniennes ont lancé un appel clair à la prudence. Les Autorités, ont enjoint aux citoyens, en particulier aux éleveurs et aux nomades, de « se tenir à distance de la ligne frontalière et des zones potentiellement confuses » et de regagner sans délai le territoire national.
Sur le plan diplomatique, cette séquence a été rythmée par une visite discrète mais hautement symbolique. Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, s’est semble-t-il rendu à Nouakchott pour un entretien éclair avec le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Aucun détail n’a filtré de ces échanges, mais cette rencontre intervient dans un contexte où le Maroc tient traditionnellement la Mauritanie informée des développements relatifs au dossier du Sahara. Nouakchott, de son côté, a réaffirmé sa position de « neutralité positive », se présentant comme « une partie de la solution et non une partie du problème ».
Un Premier ministre qui mise sur le pouvoir d’achat et la croissance
Sur le front intérieur, le Premier ministre El Moctar Ould Diay a présenté sa déclaration de politique générale devant le Parlement, fixant trois priorités majeures : le soutien au pouvoir d’achat, le développement des régions de l’intérieur et l’élaboration d’une vision nationale à l’horizon 2060.
Pour atténuer les effets de la crise mondiale, le gouvernement a annoncé une série de mesures. Celles-ci incluent la révision du mécanisme de fixation des prix des hydrocarbures, le plafonnement des prix des produits de première nécessité — avec l’intégration de la viande dans cette catégorie —, ainsi qu’un soutien aux salaires des fonctionnaires et aux pensions des retraités. Sur le plan macroéconomique, le chef du gouvernement a affiché des résultats jugés positifs : une croissance moyenne supérieure à 4 % sur la période 2019-2026 et une dette publique extérieure ramenée à moins de 40 % du PIB.
Les chiffres avancés témoignent d’un effort social accru. Plus de 350 000 familles ont bénéficié de transferts monétaires, et les subventions aux hydrocarbures et à l’électricité ont dépassé 80 milliards d’anciennes ouguiyas en 2026. Le nombre de personnes couvertes par une assurance est passé de 496 000 en 2019 à 1,4 million en 2026.
Le gouvernement prévoit également de lancer un programme intégré pour dynamiser l’investissement et l’emploi dans les wilayas de l’intérieur, tout en engageant une réflexion stratégique pour 2060.
La lutte contre la corruption face à ses paradoxes
L’actualité a aussi été marquée par la publication du rapport de la Coalition nationale pour la lutte contre la corruption (NCCN), à l’occasion de son premier anniversaire. Le constat est sévère : sur trente fonctionnaires cités dans un rapport de la Cour des comptes, les procédures judiciaires se sont achevées sans aucune condamnation. Vingt-quatre dossiers ont été classés sans suite par le ministère public, et les six autres ont bénéficié d’une ordonnance de non-lieu.
La NCCN voit dans ce bilan un « décalage préoccupant » entre les conclusions des organes de contrôle et les poursuites effectives, et s’interroge sur la rigueur des audits ou sur la fermeté des procédures judiciaires qui suivent. Elle recommande une révision approfondie du circuit de traitement des rapports de contrôle. Si la coalition salue la promulgation de trois textes fondamentaux sur la prévention de la corruption et la création d’une autorité nationale dédiée, elle n’en pointe pas moins les limites de leur application concrète.
Société : un drame évité et un tournant environnemental
Enfin, deux faits divers ont retenu l’attention. Au large de Nouadhibou, la marine mauritanienne a sauvé 134 migrants — 118 hommes, 14 femmes et 2 enfants de nationalités diverses — dont l’embarcation se dirigeait vers les îles Canaries. Cette opération s’inscrit dans les efforts du pays pour lutter contre l’immigration irrégulière et les réseaux de passeurs.
Entre la gestion d’une frontière sous tension et la promesse d’un meilleur pouvoir d’achat, la Mauritanie avance sur une ligne de crête. Les annonces gouvernementales devront désormais se confronter à l’épreuve des faits, notamment sur le terrain de la transparence judiciaire, où les attentes exprimées par la société civile restent fortes.