Nouakchott sur tous les fronts : la Mauritanie joue la carte du grand chelem diplomatique.

Une ascension programmée.
Derrière cette accélération spectaculaire se cache un travail d’orfèvre. Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a fait du rayonnement international un levier stratégique pour consolider la crédibilité de son pays. Sa gestion du dossier sécuritaire dans le Sahel, zone instable entre toutes, lui a valu une reconnaissance croissante, tant auprès des capitales occidentales que des partenaires africains.
L’élection de Sidi Ould Tah à la tête de la BAD n’est donc pas un coup de dés, mais l’aboutissement d’un lobbying méthodique auprès des actionnaires du continent. Dans la foulée, le poste de directeur exécutif pour l’Afrique au FMI est venu couronner cette irruption remarquée dans les instances de gouvernance économique mondiale.
Deux nouveaux trophées dans le viseur.
Mais Nouakchott ne compte pas en rester là. Le pays convoite désormais la présidence de l’OCI, qui regroupe 57 États, ainsi que le poste de secrétaire générale de l’OIF. Le chef de l’État lui-même a porté cette ambition lors de ses récentes visites en France et au Congo.
Décrocher ces deux mandats permettrait à la Mauritanie de verrouiller une influence transversale sur trois espaces majeurs : l’Afrique, le monde musulman et la francophonie. Un positionnement de carrefour géopolitique qui épouse parfaitement l’identité plurielle du pays, à la fois arabe, africaine et francophone.
Une concurrence régionale assumée.
Cette offensive n’est pas sans froisser quelques susceptibilités. Elle s’inscrit dans une compétition régionale de plus en plus âpre, notamment avec le Maroc, qui mène lui aussi une stratégie active d’influence en Afrique subsaharienne et dans les institutions internationales. Longtemps perçue comme un acteur discret, la Mauritanie bouscule aujourd’hui les équilibres établis.
Son principal atout : une stabilité relative dans un Sahel en proie à des crises multiples. Les partenaires occidentaux y voient un interlocuteur fiable pour gérer les flux migratoires et contrer l’extrémisme. Sa récente présidence de l’Union africaine a par ailleurs renforcé son image de médiateur crédible sur le continent.
Un pari sur le long terme.
Reste à savoir si cette dynamique se confirmera. L’obtention des postes convoités à l’OCI et à l’OIF est loin d’être acquise, et les rivalités internes à ces organisations restent vives. Pourtant, la Mauritanie a prouvé en un an sa capacité à avancer ses pions avec méthode. En misant sur une diplomatie de stabilité et de consensus, le président Ghazouani tisse patiemment une toile d’influence, avec l’ambition claire de faire de son pays un pont incontournable entre l’Afrique, le monde arabe et l’Occident.
Ahmed Bezeid Deida