Tribune

Réflexion sur la hauteur de l'humain

Par admin · 19/09/2026 à 09:31 · 78 vues
Réflexion sur la hauteur de l'humain

Il existe des phrases qui, quand on les lit, semblent d'abord évidentes. Elles paraissent presque banales, comme si elles relevaient du simple bon sens. Puis, on s'arrête. On les relit. On les laisse nous pénétrer. Et on découvre, sous leur simplicité apparente, une exigence vertigineuse.

Aussi profondes que soient les divergences, aussi vives que soient les confrontations, la vie, la santé et la dignité d'une personne doivent passer avant toute autre chose.

Ce que cette phrase nous demande réellement

Il serait facile de penser qu'il ne s'agit que d'une idée abstraite, une belle phrase à classer parmi les promesses que l'humanité se répète depuis des siècles sans toujours les tenir. Mais examinons-la de près. Elle ne dit pas : « respectez ceux qui sont d'accord avec vous ». Elle ne dit pas : « ayez de la compassion pour ceux qui vous ressemblent ». Elle ne dit pas : « ayez pitié de l'innocent ».

Elle dit : même quand vous êtes en profond désaccord, même quand vous êtes en conflit ouvert, même quand l'autre vous paraît adverse, dangereux, incompréhensible, sa vie, sa santé, sa dignité restent intouchables.

C'est une exigence qui ne laisse place à aucune exception facile. Elle ne nous demande pas d'aimer nos adversaires. Elle ne nous demande pas non plus d'abandonner nos convictions. Elle nous demande quelque chose de plus difficile encore. Il s'agit de garder nos convictions tout en continuant à voir, dans la personne qui nous contredit, un être humain dont l'essentiel ne se discute pas.

La tentation permanente de la dérogation

Car c'est là que se trouve toute la difficulté. Il est facile de suivre ce principe en théorie. Il est beaucoup plus difficile de le faire quand la tension monte. Quand la peur arrive, quand la colère éclate, quand on se sent menacé dans ce qu'on a de plus précieux, une voix intérieure se fait presque toujours entendre. « Oui, mais dans ce cas précis... »

Oui, mais ils ont commencé.

Oui, mais ils ne le méritent pas.

Oui. Mais notre cause est juste.

Oui, mais c'est différent.

Cette petite phrase, « oui, mais », est sans doute le mécanisme le plus ancien et le plus dangereux de l'histoire humaine. Elle a permis toutes les atrocités. Elles n'ont pas été commises par des monstres, mais par des hommes et des femmes ordinaires qui, un jour, ont pensé que leur situation justifiait une exception. Ils ont cru que l'autre, à cause de ce qu'il faisait ou de ce qu'il était, ne faisait plus partie, temporairement, du cercle de l'humain.

Ce que l'auteur de cette phrase affirme, c'est justement cela. Il n'y a pas de « oui, mais ». Aucune cause, aucune blessure, aucune justice à défendre ne peut justifier de mettre de côté la vie, la santé ou la dignité d'un être humain. Ces trois choses ne changent pas selon les conflits. Elles en sont la limite absolue.

Ce que signifie « au-dessus de toute considération »

L'expression est forte. Elle ne dit pas « parmi les considérations importantes ». Elle dit au-dessus de toute considération. Cela veut dire qu'il y a une hiérarchie, et que cette hiérarchie ne se discute pas. Avant la victoire, avant la revanche, avant même la justice, il y a l'humanité de l'autre.

Cela ne signifie pas que la justice n'a pas d'importance. Cela ne signifie pas que la vérité n'a pas de valeur. Cela veut simplement dire que l'on ne peut rechercher ces choses qu'en respectant cette limite. Une justice qui torture n'est plus la justice. Une vérité qui humilie n'est plus la vérité. Une victoire qui détruit l'essentiel de l'adversaire n'est plus une victoire. C'est une défaite de l'humanité tout entière.

La hauteur qui nous distingue

Et c'est ici que la dernière phrase prend tout son sens. « Cette hauteur, c'est celle qui différencie l'être humain de l'animal. »

Il faut comprendre cette phrase sans mépriser l'animal, mais comme une question posée à nous-mêmes. Qu'est-ce qui fait de nous des êtres humains ? Est-ce notre intelligence ? Notre capacité à parler, à créer, à dominer ? Sans doute. Mais l'histoire montre que ces capacités peuvent aussi servir à construire des machines de destruction très efficaces.

Ce qui nous distingue vraiment n'est peut-être pas ce que nous pouvons faire, mais ce que nous choisissons de ne pas faire. C'est la capacité de nous arrêter. De refuser. De dire : « Non, pas ça. Pas même contre mon ennemi. Pas même quand j'en aurais le pouvoir. Pas même quand j'en aurais l'air d'en avoir le droit. »

Cette capacité de retenue, cette hauteur morale, est fragile. On ne la possède jamais pour de bon. On doit la choisir à chaque instant, dans chaque situation, contre toutes les pressions intérieures et extérieures qui nous poussent à y renoncer. C'est justement parce qu'elle est fragile qu'elle a de la valeur. C'est parce qu'elle est difficile qu'elle est humaine.

Une responsabilité vertigineuse

Car il faut comprendre ce que cette phrase demande de nous. Elle ne parle pas seulement aux puissants, aux gouvernants, aux armées. Elle parle à chacun de nous, dans nos vies de tous les jours, dans nos conflits quotidiens, dans nos relations abîmées.

Elle nous demande de regarder celui qui nous a blessés et de lui reconnaître encore une dignité.

Elle nous demande de ne pas répondre à la violence avec de la violence.

Elle nous demande de ne pas oublier l’humanité de celui dont nous ne comprenons pas les choix.

Elle nous demande, en somme, de rester debout. Pourtant, il serait si facile de se laisser tomber.

Conclusion : une flamme à protéger

Au fond, cette phrase n'est pas une règle. C'est une croyance en l'humanité. Elle dit que, malgré toutes nos guerres, nos haines et nos folies, il reste en nous quelque chose qui ne se soumet pas à la loi du plus fort. Quelque chose qui, même au bord du gouffre, choisit encore la lumière.

 

Ce quelque chose, c'est ce que l'auteur appelle « cette hauteur ». Et cette hauteur n'est pas un lieu où l'on arrive. C'est un effort, un chemin, un combat perpétuel. C'est le combat le plus important de tous. Il ne se livre pas contre les autres, mais pour ce qu'il y a de plus humain en nous.

Car c'est seulement en protégeant la vie, la santé et la dignité de l'autre, surtout de l'autre qui nous est opposé, que nous prouvons que nous méritons le nom d'humains.

Tout le reste n'est que du bruit et vous qu'en pensez-vous ?

Ahmed Bezeid Deida 

 

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