Sahara occidental : un an après la résolution 2797, le veto russe rebat les cartes à l'ONU
En l'espace d'un an, le Conseil de sécurité des Nations unies a envoyé deux signaux radicalement opposés sur le dossier du Sahara occidental. Le 31 octobre 2025, l'adoption de la résolution 2797 avait consacré le plan d'autonomie marocain comme base des négociations, sans susciter d'opposition frontale. Le 30 octobre 2026, un projet de résolution américain est tombé sous le veto de la Russie, laissant la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO) dans une situation critique.
2025 : la consécration du plan marocain
La résolution 2797, portée par les États-Unis, avait été adoptée par 11 voix pour, aucune contre et 3 abstentions (Russie, Chine, Pakistan). L'Algérie, alors membre non permanent du Conseil, n'avait pas participé au vote. Ce texte, qualifié d'« historique » par Rabat, faisait de l'initiative marocaine d'autonomie « la solution la plus réalisable » et la base des négociations, tout en prolongeant le mandat de la MINURSO jusqu'au 31 octobre 2026.
Pour le Maroc, cette résolution constituait une victoire diplomatique majeure, survenant à la veille du 50e anniversaire de la Marche verte. L'Algérie, de son côté, avait exprimé son rejet d'un texte jugé « déséquilibré », sa presse dénonçant une résolution contraire à l'esprit de décolonisation.
2026 : le veto russe et l'impasse
Le 30 octobre 2026, la donne change. Le projet de résolution américain, qui prévoyait de prolonger le mandat de la mission jusqu'en 2027, de la rebaptiser « MINUSO » en supprimant toute référence au référendum, et de faire de l'autonomie sous souveraineté marocaine la « seule base de négociation », a recueilli 11 voix pour, 1 contre (Russie) et 3 abstentions (Chine, Pakistan, Somalie). Malgré la majorité, le veto russe a bloqué son adoption.
Moscou a justifié son opposition en présentant, le matin même, un projet de résolution alternatif se limitant à une prolongation technique d'un an de la MINURSO, sans modifier son nom ni ses prérogatives.
Les réactions des différentes parties oscillent entre la célébration d'une dynamique politique favorable et le rappel des réalités juridiques du conflit.
Les médias et observateurs marocains soulignent que le projet américain avorté a démontré un soutien international massif en faveur de la position de Rabat. Le texte qui faisait du plan d'autonomie « l'unique base des négociations » a en effet recueilli 11 voix sur 15, obtenant une majorité politique claire au sein du Conseil.
Du point de vue marocain, le scrutin met en lumière l'isolement diplomatique de l'Algérie. La Chine s'est abstenue plutôt que de s'opposer au texte américain, laissant la Russie comme unique rempart aux ambitions marocaines au Conseil.
Mais bien que Rabat valide la direction politique impulsée par l'administration américaine, le veto russe agit comme un coup de semonce rappelant que la consécration onusienne définitive reste bloquée par les équilibres géopolitiques mondiaux.
De son côté et avant même le vote, le Front Polisario avait fermement haussé le ton contre le projet américain, dénonçant une tentative de « légitimer l'occupation marocaine » et de supprimer le mot « référendum » de la mission.
Pour lui, le veto russe permet de maintenir le statu quo juridique international et d'empêcher que le plan d'autonomie marocain ne devienne la seule option sur la table des négociations. Le mouvement continue de conditionner sa participation à la garantie du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.
Invitée à la séance sans droit de vote, l'Algérie a activement fait pression en coulisses pour bloquer le projet de résolution américain. Pour Alger, l'action de Moscou valide sa position historique : le dossier du Sahara occidental doit rester encadré par la doctrine de la décolonisation de l'ONU et l'option d'un référendum.
Les analystes soulignent toutefois que l'Algérie dépend désormais entièrement du pouvoir de blocage de la Russie pour contrer les offensives diplomatiques du Maroc, alors que le rapport de force s'est profondément modifié ces dernières années en faveur de Rabat à l'échelle internationale.
La France a vivement regretté le veto russe, réaffirmant que « le présent et l'avenir du Sahara occidental s'inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine » et que le plan d'autonomie est la seule base pour avancer. Paris a mis en garde contre les conséquences d'une fermeture abrupte de la MINURSO, essentielle à la stabilité régionale.
L'échec du vote place la MINURSO dans une situation inédite : sans mandat renouvelé au-delà du 31 octobre 2026, sa base légale pour opérer, surveillance du cessez-le-feu, déminage ,devient incertaine, à moins qu'un compromis ne soit trouvé sur le texte alternatif russe ou une nouvelle mouture.