Sénégal :rien ne vas plus entre Diomaye et Sonko

La crise politique actuelle au Sénégal est une conséquence directe de la rupture entre les deux figures de l'alternance de 2024 : le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko. Leur alliance, qui avait porté l'espoir d'une "rupture" avec l'ancien régime, s'est transformée en un bras de fer institutionnel qui redessine les équilibres du pouvoir .
La rupture du duo historique
Tout commence en mars 2024, lorsque Ousmane Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle, soutient la candidature de son bras droit, Bassirou Diomaye Faye . Ils incarnent alors un ticket gagnant, symbolisé par le slogan "Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye" ("Diomaye est Sonko, Sonko est Diomaye") .
Cependant, les tensions apparaissent rapidement. Ousmane Sonko conserve une importante légitimité politique et populaire, tandis que le président Faye possède la légitimité institutionnelle suprême, créant une situation inédite de "dyarchie inversée" .
La rupture se concrétise le 22 mai 2026 lorsque le président Faye limoge Sonko de la Primature, invoquant des divergences sur la gouvernance . Les désaccords portaient notamment sur :
· La gestion de la dette : Faye prône la négociation avec le FMI, tandis que Sonko défend une approche plus souverainiste .
· La lutte contre la corruption : Sonko jugeait trop lentes les poursuites contre les proches de Macky Sall .
· La vision du pouvoir : Faye reprochait à Sonko une "personnalisation excessive" du pouvoir, tandis que Sonko lui reprochait un manque d'autorité .
Une cohabitation inédite et conflictuelle
Le limogeage a créé une situation politique inédite au Sénégal : une cohabitation entre un exécutif et un législatif dirigés par des personnalités rivales .
Le président Faye nomme un nouveau gouvernement le 1er juin 2026, dirigé par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô . Ce gouvernement est composé de technocrates et d'alliés, mais il est boycotté par le parti PASTEF d'Ousmane Sonko, qui dispose pourtant de la majorité à l'Assemblée .
Ousmane Sonko est élu Président de l'Assemblée nationale le 26 mai 2026, où son parti, PASTEF, contrôle 130 des 165 sièges . Il y dispose d'armes constitutionnelles puissantes, comme la motion de censure, pour contrôler l'action du gouvernement .
Les enjeux et risques pour le Sénégal
Cette crise intervient dans un contexte économique très fragile, marqué par une dette colossale et des tensions sociales fortes . La situation présente des risques majeurs :
· Paralysie institutionnelle : le risque de blocage est réel, car le président a besoin de l'Assemblée pour faire adopter ses réformes, mais celle-ci est dirigée par son principal opposant politique .
· Aggravation de la crise économique : l'instabilité politique risque d'effrayer les investisseurs et de compromettre les négociations avec le FMI, aggravant une situation déjà précaire .
· Déception populaire : la rupture est vécue comme une trahison par une grande partie des électeurs, en particulier les jeunes, qui voyaient dans ce duo une promesse de changement .
Face à cette crise, les analystes appellent au dialogue et à la modération pour privilégier l'intérêt du pays, notamment celui de la jeunesse, et éviter une confrontation qui pourrait être désastreuse .