Tribune

SOMELEC : AU-DELÀ DES DYSFONCTIONNEMENTS TECHNIQUES, DE GRAVES SOUPÇONS DE VIOLATION DE LA LOI...

Par admin · 02/09/2026 à 09:03 · 37 vues
SOMELEC : AU-DELÀ DES DYSFONCTIONNEMENTS TECHNIQUES, DE GRAVES SOUPÇONS DE VIOLATION DE LA LOI...

Le tout récent rapport de l’OTI ( organisation pour la transparence inclusive) ne met pas seulement en cause des défaillances techniques ou une " simple" mauvaise gestion de la SOMELEC. Il clôt, en réalité tout débat spéculatif sur les causes, allant des plus dramatiques ( sabotage) aux plus farfelues. Il force tout le monde à se concentrer sur les pistes les plus serieuses de ce qui apparaît comme une classique comédie administrative débouchant sur une veritable tragédie sans fin. Du moins si les faits pointés dans ce rapport étaient confirmés ( et rien ne semble empêcher une telle confirmation ) en tant que relevant de violations particulièrement graves de la législation en vigueur et des règles fondamentales de la commande publique.

Premier fait troublant : l’entreprise bénéficiaire des marchés pourrait être frappée par le régime de l’article 7 de la loi n° 038-2013 relative aux incompatibilités parlementaires qui interdit notamment à un député d’être, directement ou par personne interposée, président, directeur ou gérant d’une société exécutant des travaux ou marchés publics financés par le Trésor. Le rapport pose donc une question juridique directe : les règles d’incompatibilité parlementaire ont-elles été contournées ou violées ? L'entreprise, le député incriminé et la SOMELEC ne peuvent se dérober d'y répondre. 

Plus grave encore, le rapport met sérieusement en doute la réalité des références techniques ayant permis à la dite entreprise ( CTM Bâtiment ) d’être déclarée éligible. Alors que l’entreprise aurait présenté la centrale solaire de la SNIM comme une de ses expériences techniques, un document élaboré dans le cadre de cette même centrale indique que CTM Bâtiment était chargée des travaux de construction, tandis qu’une autre entreprise assurait l’installation technique. Si cette contradiction est confirmée, il faudra établir sur quelles déclarations, attestations ou pièces l’entreprise a été qualifiée et déterminer si des informations inexactes ont été produites ou admises dans une procédure de marché public. Là aussi, aucun des protagonistes ne peut échapper à la question...

À cela s’ajoutent des anomalies difficilement explicables : attribution d’un marché alors que quatre offres étaient financièrement inférieures, présence de concurrents disposant d’une expérience technique supérieure, annulation ultérieure d’une attribution pour défaut d’éligibilité, retard d’exécution atteignant jusqu’à cinq fois le délai annoncé sans sanction apparente, puis attribution de nouveaux marchés considérables à la même entreprise. Que répondre à ça, mesdames et messieurs les protagonistes?

Pris séparément, chacun de ces faits appelle des explications. Pris ensemble, ils dessinent un système potentiel de favoritisme, de complaisance administrative, de contournement des règles de la commande publique et, éventuellement, de fausses déclarations sur les capacités techniques d’un soumissionnaire.

Et lorsque ces faits sont rapprochés des incendies ayant frappé les postes électriques APRÈS l’installation des nouveaux câbles, l’affaire change de dimension. Il ne s’agit plus seulement de savoir pourquoi Nouakchott a été privée d’électricité. Il faut savoir qui a attribué ces marchés, sur quelles bases, qui a validé les références techniques, qui a réceptionné les équipements, qui a renoncé aux sanctions prévues et pourquoi les mêmes bénéficiaires ont continué à obtenir de nouveaux contrats. Un système complet d'acteurs dont les actes et abstentions furent à l'origine des " accidents" qui ruinent la réputation de la SOMELEC, la crédibilité de l' Etat lui même à travers ses démembrements...et le peu de bien-être des populations nouakchottoises. 

J' en infère que la fameuse commission d’enquête vers qui tous les regards sont tournés pour sauver ce qui reste de crédibilité de certains pouvoirs publics, ne peut donc se limiter aux causes immédiates des incendies. Elle doit remonter toute la chaîne des responsabilités administratives, financières, techniques et éventuellement pénales.

Si les faits rapportés sont établis, nous ne serions plus devant une simple défaillance de gestion, mais devant une possible atteinte à la légalité, à la transparence des marchés publics et à la protection des deniers publics.

La SOMELEC doit rendre des comptes. Et cette fois, toute la vérité doit être dite. Tout le monde attend de sortir du noir. .

Gourmo Abdoul Lô, 2 septembre 2026

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