La modernisation de l’action publique est devenue une exigence incontournable. L’efficacité, la rapidité d’exécution et la transparence dans la gestion des projets publics sont désormais au cœur des attentes des citoyens comme des partenaires techniques et financiers.
Dans cette dynamique, l’idée de délester les Secrétaires Généraux des ministères de leur rôle d’ordonnateur des dépenses sur les projets, pour le confier directement aux chefs de projets, apparaît à première vue comme une réforme audacieuse et pragmatique.
Sur le principe, la logique est séduisante.
Rapprocher la décision financière du terrain permettrait d’accélérer l’exécution budgétaire, de réduire les lourdeurs administratives et de responsabiliser davantage les équipes opérationnelles. Une gestion directe par projet offre aussi une meilleure lisibilité des coûts et une évaluation plus précise des performances.
Mais toute réforme technique porte en elle une dimension politique et institutionnelle.
Multiplier les ordonnateurs, c’est aussi multiplier les centres de décision financière. Et sans garde-fous solides, cela peut conduire à un éparpillement des responsabilités, à une dilution du contrôle hiérarchique et, dans le pire des cas, à l’émergence de foyers de gabegie difficiles à maîtriser.
Le Secrétaire Général n’est pas seulement un signataire administratif. Il est un pivot de cohérence budgétaire, un garant de l’alignement stratégique des projets avec les priorités du ministère. L’écarter totalement du circuit d’ordonnancement reviendrait à affaiblir un maillon essentiel de la chaîne de gouvernance financière.
La question n’est donc pas de savoir s’il faut réformer,
la question est de savoir comment réformer ?
Une décentralisation financière réussie suppose :
■Un cadre juridique clair définissant les responsabilités ;
■Un contrôle interne renforcé et indépendant ;
■Des audits réguliers et systématiques ;
■Une formation rigoureuse des chefs de projets en finances publiques ;
■Un maintien d’un pouvoir de supervision stratégique au niveau du Secrétariat Général.
Réformer sans sécuriser, c’est déplacer le risque sans le réduire.
Décentraliser sans responsabiliser clairement, c’est créer une illusion d’efficacité.
L’État moderne n’est ni excessivement centralisé ni anarchiquement fragmenté. Il est organisé, cohérent et rigoureux. La performance publique ne se décrète pas par transfert de signature ; elle se construit par l’équilibre entre autonomie et contrôle.
Oui à la modernisation, à la responsabilisation des chefs de projets, mais dans un cadre maîtrisé, progressif et évalué.
Car en matière de finances publiques, la souplesse doit toujours marcher aux côtés de la rigueur.
