La guerre entre les États-Unis (avec Israël) et l’Iran a déclenché une crise énergétique mondiale très grave et bien réelle.l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a d’ailleurs qualifié cette situation de « plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de l’histoire » La cause principale est le blocus du détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite donc environ un cinquième (20 %) du pétrole et du GNL mondial . En le fermant, l’Iran a coupé un flux énergétique vital pour le monde entier.
La conséquences directes de ce controle est une flambée des prix et pénuries
Le baril de Brent (référence mondiale) a grimpé d’environ 55 % pour dépasser les 110 $, son plus haut niveau depuis des années .
En Europe, le prix du gaz a bondi de près de 100 % en un mois. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont vu leurs prix augmenter de plus de 70 % .
A la pompe, le prix de l’essence a augmenté de plus de 30 % aux États-Unis, dépassant les 4 dollars le gallon . Des pénuries sont signalées en Australie, et des pays comme les Philippines ont décrété l’état d’urgence énergétique .On craint désormais,un effet domino mondial avec des répercussions bien au-delà des prix de l’énergie , l’approvisionnement en urée (un engrais essentiel) est menacé, car sa production dépend du gaz naturel d’où la possibilité d’une possible crise alimentaire mondiale .
Concernant la production énergétique elle-même plus de 11 millions de barils de pétrole par jour ne sont plus produits. D’immenses infrastructures, notamment le terminal géant de GNL au Qatar, ont été endommagées, ce qui rendra le redémarrage lent et difficile .
Par rapport à la chaîne des valeurs,La hausse du coût de l’énergie renchérit tout, des semi-conducteurs au transport, ce qui pourrait plongre l’économie mondiale dans la récession .
On le voit donc ,cette crise diffère des chocs pétroliers des années 1970 par son ampleur et sa nature car elle combine une flambée des prix, des pénuries physiques et des dégâts directs sur les infrastructures. Elle crée une situation de tension maximale à l’échelle planétaire.
Qu’en est-il des conséquences sur la Mauritanie ?
Même si le pays n’est pas directement impliqué dans le conflit, la flambée des prix du pétrole et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mettent l’économie du pays et la vie quotidienne des Mauritaniens sous une pression considérable.
Face a la flambée des prix,le gouvernement indique que la tonne de gasoil a atteint 1156 dollars.Si les prix restent à ce niveau élevé, la facture des subventions sur les carburants (diesel, essence, gaz, ) et l’électricité pourrait atteindre les 168 milliards d’ouguiyas. C’est un montant énorme, qui représente 13% des ressources totales du budget de l’État.
Cette charge pèsera lourdement sur les finances publiques et risquera de creuser le déficit budgétaire.
Mais la facture pétrolière n’est pas la seule préoccupation des Autorités Mauritaniennes. Elle craignent un effet domino sur l’ensemble de l’économie.
En premier lieu une pression sur les réserves car si la facture d’importation des carburants continue d’augmenter, les réserves de devises étrangères du pays vont continuer de subir de lourdes ponctions et comme on le sait , le carburant est un intrant essentiel pour tous les secteurs (transport, agriculture, industrie),son coût élevé réduit la valeur ajoutée des entreprises et pourrait ralentir la croissance économique.D’0un autre côté,le déficit budgétaire, initialement prévu à 3,5% du PIB, pourrait atteindre 7% à cause de ces subventions massives.
Devant la crise qui s’installe,le gouvernement mauritanien a mis en place une commission de crise et prépare une loi de finances rectificative pour s’adapter à cette nouvelle donne et les Autorités ont pris plusieurs mesures immédiates pour tenter de gérer la crise .Les principales actions décidées sont structurées autour de trois axes.
1. Mesures immédiates : bouclier tarifaire et sécurisation des stocks
L’urgence est d’éviter une pénurie et une explosion des prix à la pompe avec le maintien d’un prix administré (Bouclier) : L’État a fixé un prix plafond pour limiter l’impact sur les ménages. Par exemple, le gasoil est maintenu à 500 ouguiyas/litre et l’essence à 566 ouguiyas/litre. La différence avec le coût réel d’importation est intégralement payée par l’État via des subventions massives.
Pour sécuriser l’approvisionnement malgré les tensions sur les routes maritimes (détroit d’Ormuz), le gouvernement a affrété 5 pétroliers attendus fin mars 2026 pour renforcer les réserves nationales. Les autorités assurent que les stocks actuels couvrent plusieurs mois.Concernant le gaz domestique et conscient des difficultés des ménages, l’État continue de supporter entièrement l’écart de prix sur le gaz de cuisine (bouteilles), pour un coût de près de 2,7 milliards d’ouguiyas sur les 21 derniers mois.
2. Mesures structurelles : recentrage de l’aide et nouveau mécanisme
Pour ne pas mettre en péril l’équilibre budgétaire, le gouvernement change de stratégie en passant d’une subvention « aveugle » à une aide « ciblée ».
Un nouveau dispositif de compensation ciblée a été lancé. Il s’appuie sur le Registre social pour identifier et verser une aide financière directe uniquement aux ménages les plus vulnérables en cas de choc des prix. Cela permet de ne pas gaspiller l’argent public sur ceux qui n’en ont pas besoin.
Avec l’indexation sur les cours mondiaux depuis février 2026, si les prix mondiaux baissent, la baisse est répercutée immédiatement à la pompe. Cela évite que l’État ne capte la marge et permet au citoyen de bénéficier directement des accalmies.
3. Mesures d’austérité et lutte contre la fraude
L’État donne l’exemple en serrant sa propre ceinture et en luttant contre les fuites.Le gouvernement prépare une loi de finances rectificative pour s’adapter à la nouvelle donne économique. Concrètement, l’utilisation des véhicules 4×4 de l’État est strictement limitée (sauf ambulances et forces de sécurité) et la consommation d’énergie dans les administrations est réduite.
Les autorités intensifient également les contrôles. Récemment, 550 tonnes d’hydrocarbures destinées à être revendues frauduleusement hors du pays ont été saisies.
Pour financer son bouclier sans asphyxier le Trésor, la Mauritanie a signé un accord-cadre de 1 milliard de dollars avec la Société islamique pour le financement du commerce (ITFC) afin de garantir l’importation de produits énergétiques essentiels.
En résumé, la Mauritanie navigue entre deux eaux : elle utilise l’endettement et les réserves pour amortir le choc immédiat (prix bas à la pompe), tout en mettant en place des réformes de fond (Tassanoud, fin des subventions généralisées) pour que la facture ne soit pas insoutenable à long terme.
La guerre entre les États-Unis et l’Iran a placé la Mauritanie face à un dilemme économique très difficile. Le gouvernement tente de protéger le pouvoir d’achat des citoyens en subventionnant massivement les carburants, mais cela se fait au prix d’un déficit budgétaire explosif qui menace la stabilité macroéconomique du pays.
Cette crise, réelle et immédiate, pourrait avoir des répercussions durables sur les finances publiques et le coût de la vie en Mauritanie.
