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Bien que la situation entre le Mali et la Mauritanie soit actuellement très tendue en raison d’incidents frontaliers meurtriers et d’accusations réciproques, une confrontation armée ouverte reste peu probable à court terme. Bamako et Nouakchott, semblent déterminées à privilégier le dialogue et les voies diplomatiques pour désamorcer la crise, malgré une accumulation de points de discorde qui fragilisent la relation entre les deux pays.

L’escalade récente : une série d’incidents graves

Depuis mars 2026, plusieurs événements ont ravivé les tensions :

Le conflit a été relancé le 15 mars par un communiqué de l’état-major malien. Il accusait la Mauritanie de permettre à des groupes terroristes de détenir des otages maliens dans le camp de réfugiés de M’Berra, sous contrôle du HCR. Deux soldats maliens, captifs depuis octobre 2025, auraient réussi à s’en échapper.

La Mauritanie a immédiatement et fermement rejeté ces accusations, les qualifiant d' »infondées » et de « profondément offensantes ». Le gouvernement mauritanien a dénoncé le contournement des canaux diplomatiques par l’armée malienne et a rappelé que le camp de M’Berra accueille des réfugiés, pour la plupart maliens, depuis trente ans.

Parallèlement à cette crise diplomatique, les griefs s’accumulent concernant les opérations des forces armées maliennes (FAMa) et de leurs partenaires russes de l’Africa Corps le long de la frontière. C’est dans ce cadre que la Mauritanie a déploré plusieurs incidents comme des assassinats de ses ressortissants ou l’incursion de patrouilles maliennes dans des villages frontaliers, allant jusqu’à exiger le retrait du drapeau mauritanien d’une école.

Face à cette escalade, les deux pays ont immédiatement activé des mécanismes pour éviter un embrasement.

Dès le 16 mars, les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont échangé. Le lendemain, le ministre malien Abdoulaye Diop recevait le chargé d’affaires mauritanien à Bamako. Les deux parties ont réaffirmé leur « attachement au bon voisinage » et à « renforcer la coopération bilatérale ».

Mais selon des sources diplomatiques et sécuritaires, il y aurait eu un désaccord au sein de la hiérarchie malienne. Le ministre des Affaires étrangères aurait découvert le communiqué litigieux de l’armée en même temps que les autorités mauritaniennes. Pour apaiser les choses, la Mauritanie a proposé d’accueillir une commission d’enquête malienne, voire de l’Alliance des États du Sahel (AES), pour faire toute la lumière sur ces accusations.

Par ailleurs dès le début du mois de mars, avant même le pic de tension, un groupe parlementaire d’amitié Mauritanie-Mali a été créé. Le ministre malien en charge de l’Intégration africaine s’est rendu à Nouakchott pour saluer cette initiative, présentée comme un outil de « diplomatie parlementaire » pour rapprocher les deux peuples.

La situation actuelle entre les deux pays est paradoxale : elle alterne entre des tensions sécuritaires très vives et des déclarations politiques apaisées.Les opérations des FAMa et de leurs alliés russes, souvent accompagnées d’exactions et de morts de civils mauritaniens, sont le principal point de crispation.A celà s’ajoute la gestion d’une frontière poreuse.Longue de plus de 2 000 km et mal délimitée ,elle est régulièrement traversée par les éleveurs nomades des deux pays. La Mauritanie a d’ailleurs demandé à ses éleveurs de ne plus aller au Mali pour leur sécurité, une mesure forte qui illustre la défiance.Il n’existe pas entre les deux pays un mécanisme de résolution efficace pour preuve une commission mixte d’enquête mise en place après des incidents similaires en 2022 n’a jamais rendu ses conclusions publiques, laissant craindre une impunité récurrente.

Devant la recrudescence des incidents et des déclarations, l’histoire commune des deux pays éliminera sans nul doute la survenance d’un conflit armé parceque les deux pays sont liés par des liens historiques, ethniques et économiques profonds. Leurs dirigeants ont réaffirmé à plusieurs reprises leur volonté de surmonter les différends par le dialogue.

Le Mali et la Mauritanie font face d’autre part à une menace terroriste persistante. Un conflit ouvert serait une catastrophe stratégique pour les deux armées, déjà très sollicitées, et profiterait aux groupes jihadistes.

Aussi malgré la colère affichée, les deux capitales ont immédiatement repris le dialogue après chaque incident et les « consultations continuent sur la gestion de la frontière ».

La confrontation directe entre le Mali et la Mauritanie n’est pas donc l’issue privilégiée par les deux capitales qu’elles cherchent à éviter à tout prix. Mais la situation est néanmoins très préoccupante. L’accumulation d’incidents non résolus et les opérations militaires maliennes le long de la frontière créent un risque permanent de dérapage. La solidité de la relation bilatérale sera testée dans les semaines à venir, notamment par la mise en place effective des commissions d’enquête proposées et par un changement de comportement sur le terrain des forces armées maliennes.

Ahmed Bezeid DEIDA

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