Ces derniers temps on fait beaucoup de comparaisons entre la Mauritanie et le Sénégal en se cristallisant sur la nouvelle crise énergétique provoquée par le conflit Irano-américain.
Face à cette crise Iran-USA qui agit comme un choc extérieur brutal sur les prix du pétrole le Sénégal et la Mauritanie ont adopté des stratégies énergétiques opposées : l’un capitalise sur sa nouvelle production pour sécuriser sa souveraineté, l’autre se tourne vers la constitution de stocks et les subvention pour amortir le choc. Une stratégie offensive pour le Sénégal et défensive pour la Mauritanie.
La stratégie du Sénégal mise sur la production locale, le pays subit de plein fouet la hausse des coûts, mais dispose d’un atout majeur avec ses nouveaux champs offshore. Le levier principal est le pétrole. Le champ Sangomar, en production depuis 2024, a déjà sorti environ 36 millions de barils en 2025, générant des revenus significatifs pour l’État .Le deuxième levier est le gaz par l’exploitation commune avec la Mauritanie du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) qui a débuté ses exportations de GNL en 2025 .
L’objectif du Gouvernement est de réduire la vulnérabilité structurelle du pays aux chocs externes. En produisant localement, le Sénégal espère à terme stabiliser ses coûts énergétiques et alléger sa facture d’importation, qui représente une charge lourde pour l’économie .
Contrairement au Sénégal, la Mauritanie se positionne sur la défensive en augmentant le stockage et en maintenant les subventions.
Sans production pétrolière propre (sa manne à venir est surtout gazière), la pays se protège par des moyens plus classiques mais coûteux.
Pour renforcer ses stocks Nouakchott, a accéléré l’importation de produits pétroliers. Cinq navires étaient attendus fin mars 2026 pour garnir les réserves nationales .
D’un autre côté le gouvernement a maintenu un système de subventions pour contenir les prix à la pompe. Cela a un coût estimé à environ 625 millions de dollars (25 milliards d’ouguiyas) pour 2026, une somme considérable pour les finances publiques .
L’approche mauritanienne est beaucoup plus pragmatique. Elle tend à protéger les ménages et les entreprises (pêche, transport) de l’inflation immédiate, quitte à faire supporter la facture par le budget de l’État, en attendant les revenus gaziers futurs .
Mais il n’en demeure pas moins que les deux pays font face à un risque commun celui d’une inflation alimentaire.
Au-delà du carburant, les deux pays partagent une même inquiétude ,celle de l’explosion du prix des denrées alimentaires. La guerre au Moyen-Orient perturbe l’acheminement des engrais (notamment l’urée) et allonge les trajets maritimes . Cela renchérit mécaniquement le coût du pain et des produits de première nécessité, mettant sous tension le pouvoir d’achat des populations .
En conclusion ,le Sénégal parie sur le long terme en exploitant ses ressources pour gagner en indépendance, tandis que la Mauritanie gère l’urgence en stockant et en subventionnant, misant sur les revenus gazier, quitte à mettre à mal son équilibre budgétaire dans l’immédiat.
