par Webmaster | 1 07 21 | Sociétés, Tribunes

Boukhary Mohamed Mouemel
« C’est magnifique, comment vous parlez très bien notre langue ! », m’a dit une belle dame française dont j’ai fait la connaissance, mais je ne peux pas vous dire ni quand, ni où, ni comment ; car je ne le sais pas. Et ce n’est pas à cause d’un trou de mémoire que j’ai oublié les circonstances ou les détails de notre rencontre. Non, je n’ai rien oublié !
Je me souviens, en effet, très bien que, dans son enthousiasme débordant, cette dame que je vais appeler « y », a voulu savoir comment j’en étais arrivé à l’enchanter : comment est-ce-que j’ai pu maîtriser sa langue ?
« Où est ce que vous avez appris le français ? Dans votre pays, la Martinique…. Pardon : J’ai oublié le nom », dit-elle, dans un éclat de rire. Je vins à son secours : « la Mauritanie », lui rappelai je ; elle reprit aussitôt sa question dans la foulée.
« L’avez-vous appris en Mauritanie ?» Enchaina-t-elle, manifestement très satisfaite de mon éducation linguistique. Le reste importe peu pour elle : avoir du mal à faire la distinction entre un Département d’Outre Mer français dans les Caraïbes et un pays du Maghreb et de l’Afrique Occidentale ne lui donne pas de gros soucis.
« Tout de même, compliquée la géographie pour nous Français, même quand il s’agit d’une région de notre propre pays ou du pays d’un interlocuteur que je connais assez bien ! Mais bon…. passons », devait-elle se dire discrètement.
Aussitôt la petite confusion géographique corrigée, elle a continué de me dire sa satisfaction, le regard lumineux, la voix douce et un beau sourire aux lèvres : « Le fait que vous parlez aussi bien ma langue me fait tellement plaisir ».
Sur ce, je n’ai rien trouvé à lui répondre. Et ce n’était pas parce que ses propos ne me touchaient pas. Bien sûr qu’à l’instar de tous les hommes, je suis sensible aux compliments d’une belle dame ! J’y réponds habituellement avec délicatesse ; ou du moins, je tâche de le faire.
Mais là, je suis resté bouche cousue, coincé. Je cherchais vainement la parole, comme si ma pensée ne voulait pas de mes mots, préférant à leur lieu et place taire ma réflexion.
Pourtant, j’avais des choses à dire. J’avais envie de lui expliquer que je ne parlais pas ‘’sa’’ langue, mais plutôt la mienne, celle de Senghor et de Mouloud Feraoun,… celle de beaucoup d’autres anonymes qui s’appellent Mohamed, Diallo, Paul… ou Aichetou, Jaqueline, Ramata…
Il se trouve que cette langue est par hasard la sienne également : une langue en partage dans le monde, une langue qui n’a ni drapeau, ni hymne national, ni territoire, ni couleur, ni religion… qui lui sont propres.
« Le français est une langue mondiale, comme tant d’autres ! Il n’appartient à personne ! » Aurais-je dû lui répliquer vigoureusement, coupant court à son discours entaché de chauvinisme, à mon sens.
Mais une certaine gêne m’en a empêché, bien que n’ayant pas bien pris son enthousiasme et ses propos. Ils m’ont semblé déplacés à l’égard de tous ceux qui ne détiennent pas la même nationalité qu’elle. Et cela m’a profondément agacé ; mais je ne pouvais pas le lui avouer !
Elle était de bonne foi, sincère et honnête, en exprimant sa joie et sa fierté. Elle le faisait sans façon, simplement, toute gaie et de bonne humeur.
‘’Si ça ne méritait pas ma gratitude, au moins, je dois m’abstenir de la décourager », me dis-je, dans un effort de retenue auquel je m’efforçais, non sans peine. C’est aussi ça, la francophonie : « rester galant », m’enseignaient Ly et Mohamed Lemine, mes instituteurs inoubliables.
Car, contrairement à elle, je voyais les choses autrement : je me sentais comme si j’étais stigmatisé, offensé… comme si cette jolie et honnête dame, me disait inconsciemment des méchancetés, comme si elle me soufflait à l’oreille :
« Vous vivez dans un espace linguistique qui n’est pas le vôtre. Vous vous y adaptez parfaitement bien. Soyez donc le bienvenu, mais tout en sachant que vous y êtes étranger, quoi que vous fassiez ».
Or moi, je ne me sens nullement comme tel. Et je trouvais étrange ce grand décalage de vision entre mon interlocutrice et moi. Je cherchais à me l’expliquer.
Pourquoi cet énorme fossé entre nos perceptions quant au rapport à une langue que nous avons pourtant en commun ?
Pour comprendre, j’ai couru, comme à l’accoutumée, voir mes profs pour les consulter.
Et comme à leur habitude, ces navigateurs de recherche, modèles d’assiduité, sont toujours au rendez-vous. Grâce à eux, j’ai obtenu des éléments d’information intéressants qui vont m’aider à me faire une certaine idée ; mais ne me conduisant pas jusqu’au fond des choses. En tout cas pas encore.
L’un d’eux m’a fourni une bonne documentation : les statuts et règlements de l’Académie française. Grand pédagogue qu’il est, ce prof virtuel m’a poussé, sans le dire, à lire entre les lignes afin de comprendre le fonctionnement de la très prestigieuse institution qui fait office de gendarme de la langue française.
Eh oui, en France, il faut mettre des gendarmes partout !
« Notre langue », comme disait mon amie « y », n’échappe pas à cette mesure protectionniste qui s’inscrit dans un registre de ‘’garde- frontières’’ bien connu dans l’Hexagone et sous d’autres cieux.
Si ses applications sont facilement visibles dans les domaines géographique et politique, ici le concept s’applique de façon plus diffuse à l’espace linguistique qui est tout aussi vital et convoité que les autres produits ou domaines stratégiques.
Il y a en effet de quoi être vigilant au sujet de la ‘’sécurité’’ de ce pan du ‘’patrimoine national ‘’. La Langue de Voltaire n’est-elle pas menacée par ces « hordes » d’étrangers qui se comptent par centaines de millions, et qui continuent de s’en emparer, de la développer et l’adapter à leurs modes de fonctionnement, sans que l’on puisse faire quelque chose pour les en empêcher ?
Les chiffres parlent d’eux même ! On compte aujourd’hui 270 millions de francophones dans le monde dont seulement un peu plus de 65 millions résident en France, nationaux et étrangers réunis. Ils seront plus de 700 millions en 2025 ; voire plus, selon d’autres projections.
Mêmes les systèmes de défense autour de la ‘’garnison’’ où siège le bataillon des Immortels, qui montent la garde devant cette langue, ne sont pas infranchissables. Une Algérienne et un Haïtien s’y sont infiltrés tout dernièrement, pour ne citer que les « intrus » encore en vie. C’est vrai qu’ils ne présentent pas vraiment de gros dangers face aux 38 autres Fauteuils tous français, « colorés » seulement par deux binationaux européens : un franco- belge, et un franco-britannique.
Impossible donc d’avoir une étanchéité linguistique à 100٪, y compris dans l’Académie Française, malgré les remparts et le conservatisme séculaires dans lesquels s’enferme cette institution, vieille de 379 ans.
Dans ce contexte où les barrières linguistiques sont impossibles à établir face aux « assaillants » étrangers, des gens comme moi qui ont épousé totalement la langue de Senghor et de Voltaire, ne peuvent pas s’empêcher de se demander :
Aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, les attitudes et comportements « possessifs » qu’ont certains vis à vis de cette langue, et l’Académie Française en est le symbole, sont-ils vraiment en phase avec l’évolution du monde, et avec le concept de francophonie lui-même, devenu une réalité culturelle transfrontalière universellement reconnue ?
En posant la question je me suis adressé à « y » : « qu’en penses-tu », lui dis-je ?
Elle n’a pas répondu, restant silencieuse et détournant son regard vers son portable qu’elle a commencé à manipuler. Pourquoi ce désintéressement subite de sa part ?
L’ai-je indisposée en la tutoyant ? Peut-être. Mais comme c’est moi-même qui l’ai inventée, n’est-ce pas, je peux lui parler comme je veux ?
Beijing, janvier 2015*
El Boukhary Mohamed Mouemel
par Webmaster | 30 06 21 | Actualitès, Focus, Sociétés
Par soucis de connaitre, qu’est ce qui bloque le payement de la pension augmentée de 100% des retraités du secteur privé , annoncée par le président de la république Mohamed Ould Ghazouani le 28 novembre dernier, adrar.info a posé la question à Monsieur Samoury Ould Bey , secrétaire général de la CLTM.
- Dans sa réponse – on ne peut plus prompte et claire – le secrétaire général reconnait qu’il n’ a pas touts les éléments nécessaires , pour donner une réponse satisfaisante.
Cependant il a confirmé que:
– L’augmentation de la pension annoncée officiellement par le président de la république concerne bien les retraités de la fonction publique et du secteur privé.
– Les négociations entre les partenaires sociaux ont bien lieu à ce propos et qu’un accord a été signé en ce sens.
Pour lui, cet accord devient donc un texte fondamental qui permet au gouvernement de prendre les mesures nécessaires quant à son application.
Autrement dit, la promulgation par le gouvernement d’un décret, un arrêté ,une ordonnance ou tout autre texte réglementaire qui traduirait dans les faits cet accord tripartite (État, patronat et syndicat).
Il ressort de ce qui précède que la balle est aujourd’hui et depuis le 28 novembre dernier, dans le camp du gouvernement.
Qu’attend -il pour mettre en œuvre le processus d’exécution de l’engagement du président de la république ? Pourquoi tant de laxisme , de lourdeur administrative et de mépris des citoyens qui ont tout donné de leur vie pour servir le pays ?
La patience a des limites et les retraités déjà confrontés aux dures contraintes et difficultés de la vie quotidienne, mais surtout ayant fondé beaucoup d’espoir en le nouveau président de la république, ne savent plus où mettre de la tête.
Ils commencent à douter franchement, de la crédibilité du gouvernement et des engagement Ta3ahoudaty que le « président de tous les Mauritaniens » a pris dans sa campagne électrorale devant Allah et les citoyens.
Source: adrar.info
par Webmaster | 24 06 21 | Economie, Sociétés, Tribunes

Abdelaziz Deme
La Mauritanie est un pays à très fort potentiel humain et naturel que tous les gouvernements successifs négligent malheureusement : ses ressources minières et halieutiques, sa diversité environnementale exceptionnelle et la beauté de ses paysages qui sont autant d’atouts pour l’industrie touristique ; ses terres fertiles et son climat favorable à l’agriculture, ne sont que quelques ingrédients d’une possible croissance.
Malgré ces avantages comparatifs, les indicateurs socio-économiques concernant notre pays sont en déclin, et cela depuis plusieurs décennies.
La crise qui perdure depuis 2009 n’a fait qu’aggraver une pauvreté déjà profonde avant cette date : aujourd’hui 90% de la population vit avec moins de 2$ par jour. Ces dix dernières années sont des années de développement socio-économique perdues, qui auraient pu contribuer à améliorer les conditions de vies des millions de personnes qui vivent dans la précarité absolue et qui souffrent en silence . Au lieu de cela, le pays a sombré peu à peu dans un état de fragilité croissante, qui le maintient dans une spirale de pauvreté et d’instabilité politique dont il peinera à se défaire si ça continue comme on le voit aujourd’hui.
Derrière les indicateurs macroéconomiques, ce sont des vies d’êtres humains qui sont atteintes. Des entreprises qui ferment, des hommes et des femmes qui perdent leur travail, des familles qui ne mangent plus à leur faim, des enfants qui ne peuvent plus aller à l’école, des bébés qui accusent un retard de croissance aux effets irréversibles tout ça on en parle pas, on n’est plus focalisé sur un ancien président qui a mis à genou la patrie alors que des millions de personnes sont plongés dans une pauvreté qui présente le risque de la transmettre en héritage à leurs propres enfants.
Au-delà des discussions sur la conjoncture politique et l’impasse de la crise actuelle, il s’agit aujourd’hui d’engager un dialogue sur l’avenir que les mauritaniens souhaitent offrir à leurs enfants et pour construire leur nation. la Banque mondiale souhaite encourager tous les acteurs de la vie économique et politique à participer au dialogue sur le développement. Cette contribution présente un constat , non exhaustif, des enjeux, défis et données importantes pour comprendre quelques secteurs clés, avec pour objectif de contribuer aux réflexions et d’enrichir le dialogue public sur le présent et l’avenir du pays.
Bien que ces dernières années ne soient pas vraiment porteuses d’espoir, c’est aujourd’hui que toutes les parties prenantes au développement doivent se mobiliser pour préparer l’après crise que nous traversons et réfléchir à un projet de société à la hauteur du potentiel du pays. Les affaires publiques sont l’affaire de tous, et c’est en construisant avec un consensus autour de la voie à suivre qu’il sera possible d’avancer. J’espère voir la Mauritanie emprunter le chemin du développement, et formuler des solutions innovantes et pérennes..
par Webmaster | 21 06 21 | Politique, Tribunes

Imam Cheikh Ely
Nous n’avons qu’un seul pays, la Mauritanie. Nous devons tous, par patriotisme et honnêteté intellectuelle veiller à contribuer à sa stabilité, sa cohésion, son unité, son développement et son rayonnement.. Chaque citoyen a le devoir par le truchement de ses compétences, son aire d’influence, sa portion de pouvoir, se sacrifier pour cet objectif. Certains parmi nous, rattrapés par le poids des années, par les marques d’une vie parsemée de hauts et de bas, de rares moments d’euphorie et d’intenses tournants de doute et de déception….ont terminé une carrière la tête haute, aussi bien par probité que par sentiment de n’avoir rien épargné au profit du devoir envers la nation. C’est à toutes ces éminentes personnalités, parcequ’elles le sont, par mérite et états de service, par comportements exemplaires, par loyauté, par détermination et volontarisme, par désintéressement, que j’adresse cet appel pour qu’à travers cette toile, nous engagions un mouvement solidaire pour l’intérêt superieur de la nation. Nos paroles et nos écrits, sensés ne répondre qu’à l’appel d’un mouvement citoyen, ne devraient point souffrir de partialité, d’incohérence, encore moins de toutes ces tares qui gangrènent notre société. Nous devons nous armer de notre capacité d’endurance et de résilience accumulées au fil des décennies dans nos carrières pour savoir séparer la graine de l’ivraie, le vrai du faux, le juste de l’injuste, le raisonnable de l’aberrant, le sage de son inverse….Nos paroles , nos idées, sont tout ce qui nous reste, sont nos seuls mots de pass dans la société. Les hypothéquer pour de mercantiles considérations, nous exposeront au regard interrogateur des moins hostiles, inquisiteurs des déçus et frustrés de notre égarement. Les plus jeunes nous regardent, source d’inspiration à leurs yeux nous sommes. Leur passer le témoin de la probité, de l’honneur, du sacrifice pour la nation, de l’amour de la patrie, du travail bien fait, de l’amour pour son prochain , doit être notre unique crédo. Si ce témoin tombe au moment de son passage, c’est mauvais signe….Les oiseaux de mauvaises augure auront donc eu le dessus. Et c’est dans cet esprit de responsabilité et d’éveil des consciences que j’insère un autre appel celui là adressé à tous les protagonistes des grandes questions d’actualité dont l’avenir de la Mauritanie dépend pour leur dire que l’heure des solutions a sonné. Il est impératif , voire vital, de sortir des sentiers battus. Nous devons dans l’immédiat trouver une issue rapide et juste au dossier de la décennie. La Mauritanie est assaillie de tous côtés par des exigences de survie et de développement qui ne peuvent souffrir de contradictions secondaires. Je fais personnellement confiance à la justice de mon pays et à la sagesse du Président Ghazouany. Néanmoins, en tant qu’observateurs attentif et objectif, je conseille vivement l’accélération, différente du baclage, de la procédure judiciaire et l’organisation rapide d’un procès juste et équitable à tous les accusés, je dis bien tous. Il y’a lieu en attendant, de suspendre toutes les injonctions et astreintes sous les coups desquelles souffre l’ancien président. Mohamed Ould Aziz devrait, en attendant son procès, ou nimporte quelle autre issue ordonnée par les juges, se tenir à l’écart de tout acte non autorisé par ces mêmes juges. La sagesse devrait être le maître mot dans toutes ses entreprises. Dans le même temps les pouvoirs publics sont appelés par le devoir de bonne gouvernance à poursuivre la lutte contre la gabegie et la corruption dans ses aspects aussi bien préventifs que répressifs. La lutte contre la gabegie est la condition sinequanon pour le développement de notre pays, un développement qui est bridé depuis des décennies par des phénomènes et tares qu’il est temps d’éradiquer. L’esclavage et ses séquelles, les injustices et disparités sur des fonds communautaristes,ethniques et tribalistes,le repli identitaire, l’insécurité et la criminalité galopantes….conséquences entre autres d’un système éducatif défaillant. Il est également temps que nos institutions républicaines jouent le rôle qui leur est dévolu dans le cadre d’une démocratie réelle que seul le changement civil pourra garantir.