
Le ministre mauritanien de la Justice Mohamed Ould Soueidatt a suscité une vive polémique dans le pays suite à ses propos tenus hier mercredi, lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement.
En effet, il avait qualifié l’un des principaux leaders de l’opposition de « menteur » et déclaré qu’il ne perdrait pas de temps à discuter sur le sujet.
Tous les Mauritaniens savent que le député d’opposition Biram Dah Abeid est un « menteur », a déclaré Soueidatt en réponse à une plainte déposée par ce dernier, qui affirmait avoir reçu des menaces de mort.
Abeid, candidat à la présidence à trois reprises et arrivé second dans chacune d’elle, est l’un des plus éminents activistes des droits de l’homme en Mauritanie.
Il a bâti sa carrière politique sur la lutte contre l’esclavage, mais ses adversaires l’accusent souvent d’instrumentaliser cette question à des fins politiques, faisant d’elle un fonds commercial.
Lors d’une conférence de presse la semaine dernière, Ould Abeid avait déclaré avoir reçu des menaces de mort via Whastapp plusieurs semaines auparavant. Il a déclaré avoir porté plainte auprès des autorités mauritaniennes, mais les a accusées de ne pas avoir réagi.
Biram a vivement critiqué le ministre de la Justice, insinuant que son silence était dû à un « culte de la personnalité et du pouvoir ». « Pourquoi le ministre de la Justice garde-t-il le silence sur cette plainte ? Parce que c’est un menteur », a-t-il déclaré.
Lors d’une conférence de presse tenue hier à l’issue du Conseil des ministres hebdomadaire, un journaliste a interrogé le ministre de la Justice au sujet des propos d’Ould Abeid.
Le ministre a répondu : « Je ne suis pas du genre à me livrer à des querelles mesquines ; ce n’est ni dans ma culture, ni dans mon éducation, ni dans ma façon d’être. Cependant, tout le peuple mauritanien sait désormais que Biram est un menteur. »
Le ministre a ajouté que « discuter de ses propos est une perte de temps » et a refusé de fournir la moindre clarification concernant la plainte ou l’état d’avancement de l’enquête sur les présumées menaces de mort que Ould Abeid affirme avoir reçues via WhatsApp.
Le week-end dernier, lors de sa présentation du bilan 2025 et des perspectives 2026 de l’action gouvernementale devant le Parlement, le Premier ministre mauritanien, Mokhtar Ould Djay, a annoncé que les autorités enquêtaient sur lesdites menaces. S’adressant à Ould Abeid, il a ajouté : « Vous savez, et tout le monde sait, que personne ne peut vous menacer de mort. »
Ceci dit, les propos du ministre de la justice ont suscité une vive polémique en Mauritanie et alimenté de nombreux débats sur les réseaux sociaux.
Le journaliste Hacen Lebatt a qualifié Soueidatt dans un tweet d’« un homme politique chevronné et un haut fonctionnaire à la réputation irréprochable, comme chacun peut en témoigner. Il occupe actuellement un poste extrêmement sensible et important : ministre de la Justice et Gardien des Sceaux. » Le journaliste a ajouté que « l’emploi du terme « menteur » nuit à l’image du ministère de la Justice et du gouvernement en général, sans compter ses répercussions négatives sur l’image de notre pays auprès de l’opinion publique, de nos partenaires internationaux et du corps diplomatique. »
Pour sa part, l’écrivain Khaled Abdel Wedoud a écrit : « Il s’agit du ministre de la Justice ; il est juste d’appeler un chat un chat et de décrire les gens tels qu’ils sont. Il a eu raison de traiter Biram de menteur et d’affirmer que suivre ses inepties et ses déclarations est une perte de temps. »
Ould Abdel Wedoud a ajouté : « Le plus étrange, c’est que Biram est lui-même la personne qui, dans l’histoire de la Mauritanie, a le plus souvent utilisé les termes « menteur » et « hypocrite » contre tout le monde, y compris des présidents, des ministres, des érudits, des chefs tribaux… et même des gens ordinaires… et maintenant, il s’emporte lorsqu’on le confronte à son langage vulgaire et à ses mauvaises manières, qu’il a lui-même répandus et appliqués contre tous. »
Cette controverse survient alors que la Mauritanie se prépare à tenir un dialogue politique inclusif auquel le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani a invité tous les groupes politiques à participer.
Cependant, Ould Abeid a refusé l’invitation et annoncé son boycott du dialogue.
