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Divorce entre la Coordination du dialogue national et un consultant

Le coordinateur du Dialogue national, Moussa Fall, et son conseiller, l’expert technique Mohamed Ould El Mounir, ont décidé de mettre fin à leur collaboration au sein du Comité de coordination du dialogue, ont indiqué des sources généralement bien informées.

Cette décision fait suite à une tribune publiée par Ould El Mounir et cosignée avec Abderrahmane Ould El Yaessa, qui abordait les points critiques du dialogue.

Toujours selon ces mêmes sources, Moussa Fall a exprimé sa reconnaissance personnelle envers Ould El Mounir et son souhait de maintenir leur relation amicale. Cependant, il a jugé le contenu de l’article incompatible avec la discrétion et la neutralité requises par le rôle consultatif au sein d’un dialogue national, lequel exige un discours maîtrisé et l’absence d’influences préconçues sur son déroulement.

Moussa Fall a précisé que cette décision n’était pas d’ordre personnel, mais qu’il s’agissait d’une évaluation professionnelle liée à la nature et aux exigences du rôle consultatif.

Il a souligné que le coordonnateur du dialogue s’efforce de maintenir un juste équilibre entre la liberté d’expression et les impératifs de la gestion d’un processus de recherche de consensus délicat.

Que reste-t-il de l’intelligentsia quand elle tourne le dos au peuple ?

Depuis les Lumières jusqu’aux mouvements anticoloniaux du XXᵉ siècle, l’intelligentsia s’est souvent définie par son engagement aux côtés des peuples en lutte. Elle fournissait les armes de la critique, élaborait des théories émancipatrices et servait de porte-voix aux sans-voix. Des philosophes des Lumières dénonçant l’arbitraire royal aux intellectuels soutenant les indépendances africaines, cette alliance semblait constitutive de son identité. Pourtant, à plusieurs reprises au détour de l’Histoire, des pans entiers de cette intelligentsia ont opéré un repositionnement spectaculaire, voire un reniement des luttes qu’ils avaient contribué à nourrir. Ce phénomène soulève une question cruciale : que reste-t-il de l’intelligentsia quand elle nie ou réécrit la lutte des peuples pour s’émanciper ?

Le détournement peut prendre plusieurs visages, souvent plus subtils qu’une simple trahison frontale. La lutte devient alors un objet d’étude abstrait, vidé de sa substance et de son urgence et la pensée critique récupérée et vidée de sa force subversive par les institutions dominantes (universités, médias, États).
Une tendance à tout déconstruire, y compris les fondements mêmes des luttes émancipatrices va mener à l’inaction et au cynisme.

L’intelligentsia traditionnelle, celle qui prétendait guider le peuple vers sa libération, semble avoir atteint ses limites.
Une intelligentsia « borgne » peut-elle devenir roi au royaume des aveugles ?
Il est des événements historiques dont l’interprétation devient un champ de bataille. Le « Printemps arabe » de 2011 en est l’archétype. Plus de deux décennies après les soulèvements, deux récits s’affrontent sans nuances : celui d’une révolution émancipatrice, authentique et populaire, et celui d’un chaos manipulé de l’extérieur pour servir des intérêts géopolitiques.

Pourquoi cette polarisation persiste-t-elle ? Elle révèle moins la nature des événements que celle de nos prismes d’analyse. Comme le suggère l’adage, dans le royaume des aveugles, le borgne est roi. Une intelligentsia – locale comme internationale – souvent « borgne », captivée par une seule lecture, a fini par dominer un débat où la cécité volontaire à toute complexité semble être la règle.

Le premier récit, porté par les espoirs de 2011, est celui d’une lame de fond endogène. Ses arguments sont forts et documentés.

Tout commence par l’acte solitaire et désespéré d’un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, à Sidi Bouzid. Son immolation n’est pas un script écrit à Washington ou Paris, mais le cri ultime face à l’humiliation systémique, la corruption (baltaguia) et l’asphyxie sociale. C’est une révolte née du ventre des sociétés.
Le mouvement fut massif, populaire et transversal. Il a rassemblé la jeunesse connectée et les syndicalistes, les avocats et les chômeurs diplômés, les femmes et les laissés-pour-compte. Ses slogans étaient universels : « Pain, Liberté, Dignité nationale » (Aïsh, Hurriya, Karama wataniyya). Cette dimension plébéienne et apolitique dans ses origines en fait l’archétype d’un soulèvement civique.
Les réseaux sociaux ont été des catalyseurs, non des causes. Utilisés par des activistes locaux pour s’organiser, témoigner et défier le monopole étatique de l’information, ils ont amplifié une colère préexistante. L’outil était global, mais son usage, son langage et ses objectifs étaient profondément ancrés dans un contexte local.

Ce récit voit dans le Printemps arabe le réveil brutal d’un désir d’émancipation longtemps étouffé par des régimes autoritaires sclérosés. Il s’inscrit dans la longue histoire des révolutions, avec ses espoirs fous et ses désillusions sanglantes.

Face à cela, le contre-récit, souvent instrumentalisé par les régimes survivants ou resserrés , mais aussi par certaines franges critiques de l’impérialisme occidental, avance une grille de lecture toute différente.On met en avant la théorie du « chaos constructif » selon laquelle, les révolutions sont des ingéniéries sociales. Des puissances étrangères auraient exploité les frustrations légitimes pour renverser des régimes gênants (Libye), affaiblir des rivaux (Syrie), ou redessiner la carte géopolitique du Moyen-Orient à leur avantage.
L’accent est mis sur le rôle des fondations, des ONG et des chaînes satellitaires dans le soutien logistique, médiatique et financier à certains courants d’opposition, favorisant ainsi une ligne politique plutôt qu’une autre.
Le chaos, les guerres civiles et l’émergence de forces islamistes ou contre-révolutionnaires sont présentés comme la « preuve » que ces soulèvements n’étaient pas authentiques, ou étaient voués à l’échec car non « mûrs », ayant été précipités par des forces externes.

Ce rédit réduit les peuples à l’état de pions ou de masses crédules, niant leur capacité d’action et leur volonté propre.

Des deux côtés, des experts, des idéologues et des commentateurs se sont arc-boutés sur une seule lecture, érigeant leur vérité partielle en dogme explicatif total.Le borgne devient roi su royaume des aveugles.

Les occidentalistes béats ont parfois vu une simple réplication des révolutions de couleur ou un « Facebook Revolution », sous-estimant les racines socio-économiques profondes et les spécificités culturelles et religieuses.
Les conspirationnistes systémiques, à l’inverse, ont tout ramené à un grand jeu d’échecs impérial, vidant l’événement de sa substance humaine et de son tragique historique propre.

Les deux récits sont « borgnes » car ils refusent de voir que les deux dynamiques ont pu coexister. La vérité dialectique est sans doute plus inconfortable car il y a bien eu un soulèvement populaire authentique, massif et émancipateur. Dans le même temps, dans un monde globalisé, des forces externes (étatiques et non-étatiques) n’ont pas manqué de tenter de capturer, d’instrumentaliser et de dévier ce soulèvement à leur profit, une fois celui-ci lancé.

Le Printemps arabe fut un moment d’ouverture historique, un vertigineux instant de possibles où la société s’est auto-constituée en acteur politique. Cette brèche a immédiatement été l’objet d’une féroce bataille de capture par des forces internes (islamistes, anciens régimes, armées) et externes.

Refuser cette complexité, c’est faire preuve de cécité. Et dans le royaume des aveugles où s’affrontent les simplismes, celui qui n’accepte de voir qu’une moitié de la réalité – fût-il « borgne » – peut se prendre pour un roi. Mais son règne est un mirage. Il empêche de comprendre la véritable leçon de cette séquence : les peuples aspirent à l’émancipation, mais leur chemin y est toujours barré par des structures de pouvoir bien réelles, locales et internationales, qui savent recycler leurs révoltes pour, trop souvent, les faire échouer.

Ahmed Bezeid Deida

2ème édition des vacances solidaires à Tékane en Mauritanie : les bénévoles d’ACTUME poursuivent le transfert des compétences

L’Association contre la Tuberculose et les Maladies Endémiques (ACTUME) a inauguré depuis aujourd’hui lundi, à Tékane, dans la région du Trarza, une nouvelle étape de ses Vacances Solidaires en Mauritanie, avec un programme alliant engagement citoyen, transfert de compétences et immersion locale.

Les Vacances Solidaires à Tékane illustrent concrètement qu’un séjour peut devenir un véritable levier de transformation sociale, indique l’Association sur son site, qualifiant le partage des compétences, du temps et de l’énergie de ses bénévoles, de contribution durable au renforcement du système de santé local, à la valorisation des savoirs traditionnels et à l’autonomie des infrastructures au service des populations de Tékane.

Le relais pour la présente édition, la seconde du genre, qui intervient après une autre inaugurale conduite par Christiane RODAIRE du 7 au 24 février 2025, sera assuré par une équipe de bénévoles engagés : Constance Grosselin, Jean-Claude Grosselin, Claire Herrenschmidt Parenteau et Thierry Herrenschmidt.

Durant ce séjour, ces bénévoles d’ACTUME contribueront directement au renforcement de projets structurants pour la santé communautaire et le développement local à Tékane.

Leurs actions porteront entre autres sur l’amélioration et le suivi des projets locaux, le soutien du jardin de plantes médicinales et la découverte de la richesse de la Mauritanie notamment l’exploration des sites touristiques pour promouvoir l’éco-tourisme et les échanges culturels.

Cinq missions des bénévoles de l’Association au programme de ses vacances solidaires à Tékane en Mauritanie :

Mise en place d’une base de données des plantes médicinales avec Claire Herrenschmidt Parenteau

Évaluation des installations solaires avec Thierry Herrenschmidt

Gestion financière de la pharmacie avec Constance Grosselin

Gestion des médicaments et des stocks Jean-Claude Grosselin

Mission transversale de l’équipe – Évaluation du Centre de Santé de Tékane

Lire les missions à ce lien développées par des audios des bénévoles de l’Association

actume

Mohamed Abdallahi Ould Oudaâ et l’épreuve de la justice

J’ai parcouru rapidement l’ouvrage « L’Accusé n°4 » de Mohamed Abdallahi Ould Oudaâ, et je me permets d’en proposer un commentaire à la manière de celui qui découvre un livre à travers sa préface et les titres de ses chapitres, sans prétendre à une lecture exhaustive de l’ensemble.

L’ouvrage compte 399 pages, se distingue par une lecture aisée et un style fluide, et adopte une méthodologie claire : vingt chapitres, une conclusion, huit annexes, ainsi qu’une bibliographie comprenant 13 références.

J’ai eu l’occasion de travailler avec l’ingénieur Mohamed Abdellahi durant son mandat de ministre de l’Équipement et des Transports, et je témoigne — sans porter de jugement de valeur devant Dieu — de sa sagacité, de sa compétence, de son expertise dans les dossiers techniques, de sa modestie, de son assiduité à accomplir la prière à l’heure, ainsi que de son retrait occasionnel dans son bureau pour une retraite proche du recueillement spirituel, au cours de laquelle il accomplissait son wird. Dans ce contexte, la présence du chapelet apparaît comme un symbole révélateur, à la fois dans sa vie et dans son récit.

Le livre rapporte d’ailleurs un épisode plaisant : une conversation entre les accusés à propos des chapelets devenus des compagnons quotidiens en prison, davantage pour passer le temps que pour un usage strictement cultuel. Dans un moment de plaisanterie, l’un d’eux suggéra que l’accélération du procès ne pourrait se faire qu’à travers l’échange des chapelets, avant qu’l’un des présents ne surprenne l’assemblée en sortant le sien de sa poche, provoquant l’hilarité générale (p. 205). Une scène brève, mais révélatrice de l’esprit du livre et de sa capacité à saisir l’humain au cœur de l’épreuve.

Dans son ensemble, l’ouvrage apparaît comme un témoignage intellectuel et humain qui prend appui sur un parcours judiciaire complexe pour le transformer en matière de réflexion sur la justice, la responsabilité et le pouvoir. L’auteur n’écrit pas des mémoires au sens classique, mais livre une expérience personnelle conçue comme une porte d’entrée vers une compréhension plus large des mécanismes judiciaires, de la bonne gouvernance et du rapport entre l’individu, l’institution et l’État.

En retraçant le long cheminement d’un dossier judiciaire, le livre dévoile les détails du procès et les questions juridiques et éthiques qui l’ont accompagné, dans un récit calme et équilibré, éloigné de toute émotion excessive ou de toute volonté de règlement de comptes. Il met également en lumière l’expérience de la détention, non seulement comme une sanction, mais comme un temps de méditation et de remise en question, ayant suscité une conscience plus profonde des valeurs de probité, d’intégrité et du rejet du mensonge et de la trahison.

L’auteur souligne à plusieurs reprises que la reddition des comptes et le contrôle demeurent des conditions essentielles pour instaurer la confiance dans les institutions, à condition qu’ils reposent sur l’objectivité, la transparence et la compétence professionnelle. À ce titre, le livre dépasse le cadre de l’expérience individuelle pour livrer un message universel : les épreuves, aussi dures soient-elles, peuvent devenir des occasions de compréhension et de connaissance, et le pardon n’efface pas la vérité, mais l’élève.

Ainsi, par sa dimension documentaire, analytique et humaine, cet ouvrage s’inscrit parmi les livres qui enrichissent la bibliothèque, non seulement comme un témoignage d’époque, mais comme une contribution intellectuelle solide au débat sur la justice, la conscience et la responsabilité dans l’espace public.

Mohamed Mahmoud Jemal Mohamedou

Le Président Ghazouani devant les populations du Gorgol : Sincérité ou discours comme tant d’autres ?

Le discours de Kaédi n’a pas laissé indifférent parce qu’il touche à l’histoire, à la mémoire et à l’unité nationale, trois sujets longtemps évités ou abordés avec prudence.

1.Un langage nouveau dans la forme.
Oui, il y a une rupture de ton, reconnaître publiquement que notre histoire comporte des « chapitres que nous aurions préféré ne jamais écrire », est inédit à ce niveau de responsabilité politique.
Jusqu’ici, le discours officiel privilégiait :
-soit le silence,
-soit l’évitement,
-une lecture sélective de l’histoire.

Admettre que toute l’histoire doit être regardée en face, sans tri, marque un pas symbolique important.

2.Une reconnaissance de l’histoire : un pas nécessaire.
Dire que « la force des nations se mesure à leur capacité à reconnaître leur histoire dans son intégralité » est une vérité universelle. Cela rejoint ce que font les nations matures :
●reconnaître les injustices,
●nommer les blessures,
●créer les conditions de la réparation et de la réconciliation.
Mais une question centrale demeure :
-Reconnaître comment ?
-Reconnaître pour faire quoi ?
Sans mécanismes clairs (vérité, justice, réparations symboliques ou institutionnelles), la reconnaissance peut rester déclarative, donc fragile.

3.Assumer courageusement notre responsabilité: un appel… mais à qui ?
C’est sans doute le point le plus sensible du discours.
Parler de responsabilité collective peut être :
soit un appel à une réconciliation nationale assumée, soit une manière de diluer les responsabilités historiques.
Dans toute histoire douloureuse, il y a des responsabilités différenciées :
■des victimes,
■des responsables,
■des institutions impliquées.
Sans cette clarification, l’appel au courage peut être perçu comme une invitation à tourner la page sans l’avoir lue jusqu’au bout.

4.L’unité nationale : un principe incontestable, mais exigeant.
Affirmer que « ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise » est un message positif et nécessaire, mais le vivre-ensemble ne se décrète pas, il se construit:
■ par l’égalité réelle,
■par la justice sociale,
■par la fin des discriminations structurelles,
■par une représentation équitable dans l’État et ses institutions.

Sans avancées concrètes, l’unité devient un slogan consensuel, souvent invoqué pour éviter les débats de fond.
Alors, sincérité ou discours comme tant d’autres ?
■Oui, ce discours est différent dans son ton et dans certains mots choisis.
■Oui, il ouvre une fenêtre politique et symbolique.

Il restera un discours tant qu’il ne sera pas suivi de :
●décisions politiques courageuses,
●réformes institutionnelles,
●actes de justice et d’inclusion mesurables.
La sincérité d’un discours se juge toujours après coup, à l’épreuve des actes.

Ce que nous devrions comprendre, en tant que citoyens:
■ne pas rejeter d’emblée ce discours : il crée un espace de débat.
■ne pas l’idéaliser non plus : le discours ne guérit pas les blessures.
■exiger que ces paroles deviennent : une politique publique, un agenda clair,
un engagement vérifiable.

Le discours de Kaédi peut être un tournant ou une occasion manquée, la différence se fera dans les actes, pas dans les applaudissements.

Ahmed Salem Deida
Expert en communication

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