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Payer l’impôt dans la misère : trop, c’est trop, un cri citoyen. : trop, c’est trop, un cri citoyen.

Comment demander à un peuple qui lutte chaque jour pour se nourrir, se soigner et éduquer ses enfants de payer des impôts, quand les richesses nationales sont exploitées sans améliorer sa vie ? C’est là toute la contradiction.
Dans les principes élémentaires de l’État moderne, l’impôt n’est pas une punition, mais un contrat :
le citoyen contribue en échange de services publics, de protection sociale et d’opportunités économiques.
Quand ce retour n’existe pas, l’impôt devient une injustice fiscale, voire une violence symbolique.
Notre pays n’est pas pauvre:
Gaz, pétrole, fer, or, ressources halieutiques, terres… le sous-sol est riche, mais le quotidien du citoyen ne l’est pas. Cela révèle un problème central :
■la mauvaise gouvernance,
■ la captation des richesses par une minorité,
■ l’absence de redistribution équitable.

Ailleurs, les dirigeants cherchent, même imparfaitement, à transformer les ressources nationales en écoles, hôpitaux, routes, emplois.
Chez nous, le sentiment dominant est inverse :
on exploite, on signe des contrats, on communique… mais le peuple reste en marge, sommé de payer toujours plus, sans voir sa dignité améliorée.
Un État qui appauvrit ses citoyens tout en bradant ses richesses perd sa légitimité morale.
Car gouverner, ce n’est pas gérer des chiffres ou des contrats internationaux,
c’est améliorer concrètement la vie de ceux qu’on dirige.
Notre interrogation n’est donc pas seulement économique,
elle est aussi politique, éthique et citoyenne car tant que cette question reste sans réponse honnête, la fracture continuera de s’élargir entre gouvernants et gouvernés.

ASD

Ghazouani aux cadres de Maghama : des jeunes diplômés sans emploi sont toujours présents dans la Moughataa

Le Président de la République Ghazouani, a présidé, hier soir, lundi, dans la ville de Maghama, une réunion des cadres de la moughataa éponyme, dans le cadre de la deuxième étape de sa visite d’inspection et de travail dans la wilaya du Gorgol.
Son Excellence a réitéré ses remerciements aux participants à cette rencontre, connue sous le nom de “rencontre des cadres”, qui rassemble les cadres, les élus, les acteurs politiques et les personnalités intéressées par les affaires publiques et celles de la wilaya, soulignant que leur présence à cette rencontre contribue à l’enrichir et à renforcer son importance.
L’objectif de cette rencontre est que les présents servent de messagers pour le reste des citoyens, transmettant leurs préoccupations, exprimant leurs problèmes et ce à quoi ils aspirent.
Une fois les interventions écoutées, Ghazouni a considéré qu’elles touchaient au cœur des sujets abordés.
Le gouvernement était conscient de la situation de la moughataa, qu’il s’agisse de ce qui a été accompli, de ce qui est en cours de réalisation ou de ce qui est programmé pour l’avenir, a assuré le Président.
Toujours selon lui, le traitement de ces questions avec des chiffres et des localisations précises est la preuve qu’elles font partie des préoccupations du gouvernement, dont la principale mission est de permettre aux citoyens de vivre dignement et en sécurité, dans des conditions qui préservent la tranquillité et la stabilité pour eux, leur famille et leurs proches.
Les habitants de la moughataa de Maghama devaient être certains qu’ils n’étaient pas oubliés, que ce soit pour ce qui a été accompli, ce qui est en cours de programmation, ou ce qui sera mis en œuvre ultérieurement.
Dans ce contexte, Son Excellence a appelé les jeunes à ne pas manquer les opportunités offertes par les concours publics ouverts aux diplômés, le considérant comme des opportunités importantes menant à l’embauche dans la fonction publique.
Son Excellence le Président de la République a affirmé que la moughataa de Maghama ne sera pas oublié, soulignant sa place dans la nation depuis la fondation de l’État, et même avant, et mentionnant la contribution à travers les époques de ses enfants à la construction de l’État mauritanien. Il a également rappelé la place historique de la moughataa dans les domaines religieux et de l’enseignement traditionnel, et l’engagement et la fraternité entre ses habitants.
Parlant du travail, Son Excellence le Président de la République a insisté sur l’importance de la jeunesse, la considérant comme le pilier du présent et la ressource de l’avenir, rappelant que les aînés ont joué leur rôle dans les étapes précédentes, et que les jeunes doivent se préparer à assumer la responsabilité.
Son Excellence a expliqué que le premier levier de l’autonomisation des jeunes est l’éducation, faisant référence à l’école républicaine qui garantit des conditions d’étude égales pour les enfants de la nation. Il a également souligné l’importance d’approfondir les études pour ceux qui le souhaitent, et insistant, revanche, l’importance de l’enseignement professionnel pour les jeunes souhaitant s’intégrer rapidement sur le marché du travail.
Dans ce contexte, Son Excellence le Président de la République a expliqué qu’à son arrivée au pouvoir, l’enseignement professionnel souffrait d’une grande faiblesse, car ses écoles n’accueillaient que quatre mille jeunes. Cette capacité d’accueil a été portée à vingt mille, et devrait atteindre vingt-trois mille fin 2026 et début 2027.
Son Excellence a appelé à la nécessité d’encadrer et d’accompagner les jeunes, malgré la difficulté rencontrée parfois, affirmant qu’ils sont un pilier essentiel et indispensable pour le présent et l’avenir, et mettant en garde, en même temps, contre les phénomènes étrangers, notamment les drogues, qui menacent cette jeunesse.
Il a annoncé à cet égard que l’État demandera au gouvernement d’élaborer une vision à laquelle participeront les secteurs concernés, pour traiter ces phénomènes et renforcer l’intégration des jeunes.
Concernant l’état civil, Son Excellence le Président de la République a affirmé que les mesures nécessaires seront prises pour rapprocher ses services des citoyens, même dans les zones dépourvues d’électricité ou d’Internet, soulignant, en revanche, la responsabilité des citoyens de se rendre aux services de l’état civil et de ne pas négliger une telle opération.
Son Excellence a expliqué que les documents civils sont essentiels pour la vie, que ce soit pour l’éducation, les voyages ou l’intégration sociale, affirmant qu’aucun citoyen ne restera sans papiers, appelant chacun à faire des efforts et à coopérer pour atteindre cet objectif.
Son Excellence le Président de la République a de nouveau remercié les habitants de la moughataa de Maghama pour leur présence et leur participation.
À la fin de la réunion, les ministres concernés ont expliqué, en réponse aux interventions des citoyens, qu’un certain nombre de réalisations ont déjà été effectuées au cours des dernières années, confirmant en même temps que les demandes des citoyens sont légitimes.

Refonder le contrat national, passer de la parole à l’architecture du réel

Il faut partir d’un fait politique, pas d’une impression. Depuis plusieurs séquences publiques, le registre présidentiel s’est déplacé. À Oualata, à Ouadane, dans l’Est, à Néma, puis à Kaédi, les mots ne sont plus ceux d’une simple gestion. Ils portent la mémoire, l’égalité territoriale, la pluralité linguistique, la reconnaissance des blessures.

Le langage du sommet de l’État ne contourne plus certaines lignes de fracture. Il les nomme. Ce déplacement n’est pas anodin.

Dans notre histoire politique, le silence a souvent été la norme, l’évitement une méthode. Qu’un chef de l’État prenne le courage de poser ces thèmes dans l’espace public crée une brèche. Il faut le dire avec rigueur, sans emphase inutile, mais sans frilosité.

Oui, des signaux ont été envoyés. Oui, une intention de réorientation est perceptible. Oui, une porte a été entrouverte vers une lecture plus inclusive de la nation.

Mais une société n’habite pas les intentions. Elle habite les structures. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas la qualité d’un discours, mais la capacité d’un système à se réécrire.

Le malaise diffus que l’on entend, dans les rues comme dans les cercles instruits, ne vise pas d’abord la parole présidentielle. Il vise l’inertie des appareils, la lenteur des réformes, la résistance des routines administratives, la persistance de mécanismes de reproduction sociale que personne n’assume mais que tout le monde subit. Nous sommes face à un écart classique des moments de transition.

Le sommet parle plus vite que la machine d’État ne bouge. La parole ouvre, l’institution freine. C’est là que se loge le risque d’usure. Non pas l’usure du style, mais celle de la crédibilité historique.

Car le moment est réel. Un pays ne traverse pas souvent une phase où la question du récit national, de la mémoire, de l’égalité territoriale et de la cohésion sociale est posée simultanément au plus haut niveau. Cela peut rester un cycle de discours.

Cela peut aussi devenir un tournant d’époque. La différence ne tient pas à l’éloquence, mais à la décision d’entrer en conflit avec les inerties. Refonder un contrat national, ce n’est pas ajouter des promesses.

C’est toucher aux circuits par lesquels l’inégalité se reproduit. Accès aux services publics, trajectoires scolaires, représentations dans l’administration, justice territoriale, reconnaissance des passés douloureux. Tant que ces questions restent morcelées, traitées à la marge, le sentiment d’écart persiste, même quand le discours est juste.

Dans un pays à référence islamique forte comme le nôtre, la question n’est d’ailleurs pas seulement politique. Elle est éthique. Le Coran rappelle que les croyants sont frères. Cette idée, trop souvent cantonnée à la sphère morale, a une traduction institutionnelle.

Une fraternité qui n’entre pas dans les règles, dans les politiques publiques, dans la manière de distribuer les chances, reste une invocation. L’enjeu est de la faire descendre dans l’architecture de l’État. Cela place une responsabilité singulière sur le Président. Non pas celle de tout faire seul, mais celle d’accepter que gouverner un moment de refondation implique de déplacer des équilibres établis.

Y compris dans son propre environnement. L’histoire ne retient pas les intentions prudentes. Elle retient les dirigeants qui ont consenti à réorganiser les règles du jeu quand la société était prête. Mais le pouvoir n’est pas seul convoqué.

L’opposition, dans ce contexte, doit choisir sa hauteur. L’invective, la dramatisation permanente, le registre émotionnel peuvent mobiliser à court terme, mais ils épuisent le débat public. Le rôle d’une opposition responsable est plus exigeant. Reconnaître ce qui va dans le sens de l’intérêt commun, tout en transformant chaque avancée en point d’appui pour exiger des mécanismes durables.

Déplacer le débat du procès d’intention vers l’architecture des politiques. C’est moins spectaculaire. C’est plus utile. Les élites intellectuelles et la société civile ne peuvent plus se contenter du commentaire.

Ceux qui disposent de capital symbolique, de savoirs, d’expériences comparées, ont un rôle d’ingénierie civique. Proposer des cadres, des modèles, des garde-fous, des évaluations. Une refondation nationale sans apport structuré des intelligences devient vite un slogan.

Quant aux citoyens, en particulier les jeunes, leur désengagement est compréhensible, mais il est coûteux. Chaque espace abandonné est occupé par des logiques plus étroites. Peser sur le réel ne se réduit pas au vote. C’est une pratique quotidienne, associative, professionnelle, culturelle.

Ce qui est en jeu dépasse la civilité minimale. Il s’agit de faire passer le pays d’une coexistence fragile à une communauté politique assumée. Non pas nier les différences, mais leur donner un cadre de justice. Non pas proclamer l’unité, mais la fabriquer par des règles équitables. Nous sommes à un moment où la parole a ouvert la voie. Le risque serait de s’en satisfaire.

La chance serait d’en faire le point de départ d’une transformation des mécanismes, des pratiques et des équilibres. Apprécier ce qui va dans le sens du commun n’est pas abdiquer. C’est consolider ce qui peut servir de base. Exiger davantage n’est pas s’opposer par principe. C’est prendre au sérieux la promesse implicite contenue dans les mots.

Un pays ne se refonde ni contre le pouvoir seul, ni par le pouvoir seul. Il se refonde quand la parole politique, l’exigence de l’opposition, l’apport des élites et l’engagement des citoyens cessent de s’ignorer et commencent à se répondre. C’est à cette convergence que notre moment appelle.

Mansour LY
Juriste consultant analyste politique

Divorce entre la Coordination du dialogue national et un consultant

Le coordinateur du Dialogue national, Moussa Fall, et son conseiller, l’expert technique Mohamed Ould El Mounir, ont décidé de mettre fin à leur collaboration au sein du Comité de coordination du dialogue, ont indiqué des sources généralement bien informées.

Cette décision fait suite à une tribune publiée par Ould El Mounir et cosignée avec Abderrahmane Ould El Yaessa, qui abordait les points critiques du dialogue.

Toujours selon ces mêmes sources, Moussa Fall a exprimé sa reconnaissance personnelle envers Ould El Mounir et son souhait de maintenir leur relation amicale. Cependant, il a jugé le contenu de l’article incompatible avec la discrétion et la neutralité requises par le rôle consultatif au sein d’un dialogue national, lequel exige un discours maîtrisé et l’absence d’influences préconçues sur son déroulement.

Moussa Fall a précisé que cette décision n’était pas d’ordre personnel, mais qu’il s’agissait d’une évaluation professionnelle liée à la nature et aux exigences du rôle consultatif.

Il a souligné que le coordonnateur du dialogue s’efforce de maintenir un juste équilibre entre la liberté d’expression et les impératifs de la gestion d’un processus de recherche de consensus délicat.

Que reste-t-il de l’intelligentsia quand elle tourne le dos au peuple ?

Depuis les Lumières jusqu’aux mouvements anticoloniaux du XXᵉ siècle, l’intelligentsia s’est souvent définie par son engagement aux côtés des peuples en lutte. Elle fournissait les armes de la critique, élaborait des théories émancipatrices et servait de porte-voix aux sans-voix. Des philosophes des Lumières dénonçant l’arbitraire royal aux intellectuels soutenant les indépendances africaines, cette alliance semblait constitutive de son identité. Pourtant, à plusieurs reprises au détour de l’Histoire, des pans entiers de cette intelligentsia ont opéré un repositionnement spectaculaire, voire un reniement des luttes qu’ils avaient contribué à nourrir. Ce phénomène soulève une question cruciale : que reste-t-il de l’intelligentsia quand elle nie ou réécrit la lutte des peuples pour s’émanciper ?

Le détournement peut prendre plusieurs visages, souvent plus subtils qu’une simple trahison frontale. La lutte devient alors un objet d’étude abstrait, vidé de sa substance et de son urgence et la pensée critique récupérée et vidée de sa force subversive par les institutions dominantes (universités, médias, États).
Une tendance à tout déconstruire, y compris les fondements mêmes des luttes émancipatrices va mener à l’inaction et au cynisme.

L’intelligentsia traditionnelle, celle qui prétendait guider le peuple vers sa libération, semble avoir atteint ses limites.
Une intelligentsia « borgne » peut-elle devenir roi au royaume des aveugles ?
Il est des événements historiques dont l’interprétation devient un champ de bataille. Le « Printemps arabe » de 2011 en est l’archétype. Plus de deux décennies après les soulèvements, deux récits s’affrontent sans nuances : celui d’une révolution émancipatrice, authentique et populaire, et celui d’un chaos manipulé de l’extérieur pour servir des intérêts géopolitiques.

Pourquoi cette polarisation persiste-t-elle ? Elle révèle moins la nature des événements que celle de nos prismes d’analyse. Comme le suggère l’adage, dans le royaume des aveugles, le borgne est roi. Une intelligentsia – locale comme internationale – souvent « borgne », captivée par une seule lecture, a fini par dominer un débat où la cécité volontaire à toute complexité semble être la règle.

Le premier récit, porté par les espoirs de 2011, est celui d’une lame de fond endogène. Ses arguments sont forts et documentés.

Tout commence par l’acte solitaire et désespéré d’un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, à Sidi Bouzid. Son immolation n’est pas un script écrit à Washington ou Paris, mais le cri ultime face à l’humiliation systémique, la corruption (baltaguia) et l’asphyxie sociale. C’est une révolte née du ventre des sociétés.
Le mouvement fut massif, populaire et transversal. Il a rassemblé la jeunesse connectée et les syndicalistes, les avocats et les chômeurs diplômés, les femmes et les laissés-pour-compte. Ses slogans étaient universels : « Pain, Liberté, Dignité nationale » (Aïsh, Hurriya, Karama wataniyya). Cette dimension plébéienne et apolitique dans ses origines en fait l’archétype d’un soulèvement civique.
Les réseaux sociaux ont été des catalyseurs, non des causes. Utilisés par des activistes locaux pour s’organiser, témoigner et défier le monopole étatique de l’information, ils ont amplifié une colère préexistante. L’outil était global, mais son usage, son langage et ses objectifs étaient profondément ancrés dans un contexte local.

Ce récit voit dans le Printemps arabe le réveil brutal d’un désir d’émancipation longtemps étouffé par des régimes autoritaires sclérosés. Il s’inscrit dans la longue histoire des révolutions, avec ses espoirs fous et ses désillusions sanglantes.

Face à cela, le contre-récit, souvent instrumentalisé par les régimes survivants ou resserrés , mais aussi par certaines franges critiques de l’impérialisme occidental, avance une grille de lecture toute différente.On met en avant la théorie du « chaos constructif » selon laquelle, les révolutions sont des ingéniéries sociales. Des puissances étrangères auraient exploité les frustrations légitimes pour renverser des régimes gênants (Libye), affaiblir des rivaux (Syrie), ou redessiner la carte géopolitique du Moyen-Orient à leur avantage.
L’accent est mis sur le rôle des fondations, des ONG et des chaînes satellitaires dans le soutien logistique, médiatique et financier à certains courants d’opposition, favorisant ainsi une ligne politique plutôt qu’une autre.
Le chaos, les guerres civiles et l’émergence de forces islamistes ou contre-révolutionnaires sont présentés comme la « preuve » que ces soulèvements n’étaient pas authentiques, ou étaient voués à l’échec car non « mûrs », ayant été précipités par des forces externes.

Ce rédit réduit les peuples à l’état de pions ou de masses crédules, niant leur capacité d’action et leur volonté propre.

Des deux côtés, des experts, des idéologues et des commentateurs se sont arc-boutés sur une seule lecture, érigeant leur vérité partielle en dogme explicatif total.Le borgne devient roi su royaume des aveugles.

Les occidentalistes béats ont parfois vu une simple réplication des révolutions de couleur ou un « Facebook Revolution », sous-estimant les racines socio-économiques profondes et les spécificités culturelles et religieuses.
Les conspirationnistes systémiques, à l’inverse, ont tout ramené à un grand jeu d’échecs impérial, vidant l’événement de sa substance humaine et de son tragique historique propre.

Les deux récits sont « borgnes » car ils refusent de voir que les deux dynamiques ont pu coexister. La vérité dialectique est sans doute plus inconfortable car il y a bien eu un soulèvement populaire authentique, massif et émancipateur. Dans le même temps, dans un monde globalisé, des forces externes (étatiques et non-étatiques) n’ont pas manqué de tenter de capturer, d’instrumentaliser et de dévier ce soulèvement à leur profit, une fois celui-ci lancé.

Le Printemps arabe fut un moment d’ouverture historique, un vertigineux instant de possibles où la société s’est auto-constituée en acteur politique. Cette brèche a immédiatement été l’objet d’une féroce bataille de capture par des forces internes (islamistes, anciens régimes, armées) et externes.

Refuser cette complexité, c’est faire preuve de cécité. Et dans le royaume des aveugles où s’affrontent les simplismes, celui qui n’accepte de voir qu’une moitié de la réalité – fût-il « borgne » – peut se prendre pour un roi. Mais son règne est un mirage. Il empêche de comprendre la véritable leçon de cette séquence : les peuples aspirent à l’émancipation, mais leur chemin y est toujours barré par des structures de pouvoir bien réelles, locales et internationales, qui savent recycler leurs révoltes pour, trop souvent, les faire échouer.

Ahmed Bezeid Deida

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