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Le khalife de Guéoul et ses deux épouses meurent dans un terrible accident à Diama

La communauté khadriya est plongée dans une profonde tristesse après la disparition tragique de Cheikh Sadibou Aïdara, khalife de Guéoul, plus connu sous le nom de Chérif Beu.

Le guide religieux a perdu la vie dans un accident de la circulation survenu hier samedi 21 mars courant à hauteur de Diama, dans la région de Saint-Louis.

Ses deux épouses, qui se trouvaient à ses côtés, ont également succombé, indique-t-on.

Les victimes revenaient de Nimzatt, en Mauritanie, où elles avaient célébré la fête de l’Aid El Fitr (Korité), lorsqu’est survenu le drame.

Ce dimanche matin, le khalife et ses deux épouses ont été inhumés au cimetière Adramé de Guéoul, en présence d’une foule nombreuse venue leur rendre un dernier hommage. Autorités administratives et locales, dont le préfet de Kébémer, le sous-préfet de Ndande Fall et le maire de Guéoul, ont assisté à la cérémonie.

À la suite de cette disparition brutale, Chérif Chaya Aïdara, frère du défunt, a été désigné pour assurer la succession à la tête de la communauté khadriya de Guéoul.

Agences

Le Président Ghazouani gracie des dizaines de prisonniers : qui en bénéficie ?

Un décret réduisant d’un an la peine privative de liberté pour tout condamné dont la condamnation est devenue définitive avant le 19 mars 2026 et qui n’a pas bénéficié d’une grâce au cours des deux dernières années, a été annoncée ce jeudi 20 mars courant par la Présidence de la République.

Ledit décret intervient à l’occasion de l’Aïd al-Fitr, et conformément aux dispositions de l’article 37 de la Constitution.

Sont exclus de cette réduction les personnes condamnées pour des crimes graves liés à l’homicide volontaire, au terrorisme, au brigandage, au viol, à la traite des êtres humains et aux pratiques esclavagistes, à l’incitation à la haine et à la discrimination, au trafic de migrants, au détournement et à la dilapidation de fonds publics, à la contrefaçon de monnaie, ou au transport, à l’importation, à l’exportation, à l’achat, à la vente, au courtage ou à la possession de drogues dangereuses, précise le décret précité.

Cette grâce concernera 227 détenus, dont 126 bénéficieront d’une libération immédiate et les autres d’une anticipation d’un an de leur date de libération, indique-t-on.

La voix des femmes africaines résonne au Parlement des îles Canaries

Le Parlement des îles Canaries a accueilli le mardi 17 mars 2026, dans la salle Europa du parlement des Iles Canaries, la conférence « Femmes et Parlement : La voix de l’Afrique est féminine », organisée par Charter 100 Canarias et visant à mettre en avant le leadership des femmes africaines en politique.

La présidente du Parlement, Astrid Pérez, a inauguré l’événement en soulignant l’importance d’« écouter la voix des femmes » et en insistant sur le fait que leur participation est essentielle à la construction de sociétés plus justes et égalitaires. Elle a également salué le travail de Charter 100 Canarias dans la création de réseaux de coopération entre l’Afrique et les îles Canaries.

Parmi les intervenantes à cet évènement figurent Nayra Delgado, Coordonnatrice de plusieurs projets du Gouvernement des Canaries en Mauritanie, Mircea Delgado, député du Cap-Vert, Fatou Ndiaye, avocate sénégalaise et Sonja Arup, femme d’affaires gambienne.

Tout au long de la réunion, les participantes ont discuté des progrès et des défis liés à la représentation des femmes en Afrique, ainsi que de la nécessité de poursuivre la promotion de politiques favorisant l’égalité et la participation des femmes aux instances décisionnelles.

Avant l’événement, les intervenantes avaient rencontré la présidente Astrid Pérez, ainsi que Luis Guillermo Padilla Macabeo, directeur général des relations avec l’Afrique du gouvernement des îles Canaries, et Nardy Barrios, présidente de Charter 100 Canarias, lors d’une réunion institutionnelle visant à renforcer les liens de collaboration.

Par cette initiative, le Parlement des îles Canaries et Charter 100 Canarias réaffirment leur engagement en faveur du leadership des femmes et de la coopération internationale.

Extraits du discours de la Coordinatrice du Gouvernement canarien en Mauritanie

Actuellement Coordinatrice de plusieurs projets du Gouvernement des Canaries en Mauritanie à travers la Fondation Canario-Mauritanienne pour le Développement Économique et Social (FCM), notamment des initiatives telles que Tierra Firme, le Cluster de la Mode et Ballon de l’Espoir, Nayra Delgado a tenu d’emblée à remercier Charter 100 pour l’invitation.

Cette organisation « nous rappelle depuis des années quelque chose de très simple… mais profondément transformateur : que le talent n’a pas de genre, mais que les opportunités… parfois si et que le véritable progrès d’une société se mesure à la place qu’occupent ses femmes », a souligné cette pionnière très engagée dans le développement des relations économiques entre l’Europe et la Mauritanie et  coprésidente du CIEM, le Club des Investisseurs Européens en Mauritanie.

Et d’ajouter : « lorsque nous prononçons le mot Mauritanie, beaucoup de personnes ne pensent pas à un pays réel. Elles pensent à une image. Parfois le désert. Parfois la pauvreté », disant « quand on parle des Canaries, très souvent, la Mauritanie apparaît dans les médias pour une raison bien précise : la migration. Les embarcations qui partent de ses côtes et arrivent sur les nôtres ».

Nayra Delgado qui est par ailleurs présidente de la COEME, l’Association des Entreprises Mauritano-Espagnoles, estime dans son discours à cette conférence qu’il est important de rappeler une chose : ceux qui voyagent dans ces embarcations ne sont presque jamais mauritaniens, que les images ont beaucoup de force, que lorsqu’une image se répète souvent…

Une telle image finit par remplacer la réalité, étant donné que derrière cette image, il y a un pays bien plus complexe, s’appuyant dans ses propos d’ d’une expérience très personnelle, poursuit, cette leader qui occupe aussi le rôle de Business Attaché de PROEXCA en Mauritanie, où elle œuvre activement à attirer les investissements aux Iles Canaries et à accompagner les entreprises mauritaniennes souhaitant développer leurs activités à l’international, notamment à travers la plateforme MauritaniaGateway.com.

« Je suis canarienne, mais je vis en Mauritanie. Et quand on y vit, on découvre quelque chose de fascinant : les pays ressemblent rarement aux titres des journaux », met-elle en exergue. Et de dire pour s’expliquer : « aujourd’hui, la Mauritanie est aussi un pays où les femmes commencent à occuper des espaces de décision », avançant des chiffres pour illustrer cette percée de la femme mauritanienne.

Le Parlement mauritanien compte actuellement 176 députés, dont 42 femmes, soit environ 23 % de l’assemblée, a indiqué Nayra, selon laquelle, ce progrès a été rendu possible en grande partie grâce à un système de quotas introduit lors des dernières réformes électorales qui réserve 20 sièges nationaux aux femmes.

« Cela peut sembler modeste. Mais si l’on regarde en arrière, le changement est immense », a précisé cette pionnière, organisatrice d’événements d’envergure internationale, tels que le salon MEDEX, dédié au secteur de la santé, ainsi que le forum AMEISS Atlantic Marine Industry Support Summit.

Toujours selon elle, il y a quelques décennies à peine, la présence des femmes au Parlement mauritanien était presque inexistante, alors qu’aujourd’hui, elles participent à la vie politique et à la prise de décision et qu’elles ont une vision très claire de leur rôle.

« Comme me l’expliquait récemment la députée Mariam Wane Dia, leur mission principale est de renforcer la représentation féminine dans les institutions et de promouvoir des lois autour de trois grands objectifs : la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, l’égalité des opportunités, et l’autonomie économique des femmes », a-t-elle dit.

Notre travail se concentre sur trois axes très concrets à savoir le plaidoyer législatif, la participation à la prise de décision et  l’avancée vers une plus grande parité politique, a précisé la parlementaire.

Les femmes représentent un peu plus de 51 % de la population mauritanienne, cependant, leur présence dans les postes au commet de la pyramide Etat reste encore limitée, a poursuit la conférencière, installée en Mauritanie depuis plus de huit ans et jouissant d’une connaissance approfondie du terrain et des opportunités qu’offre ce marché en pleine croissance.

Toujours selon elle, sans les listes électorales spécifiques aux femmes, leur représentation serait encore plus faible, précisant à titre d’exemple, que leur présence faible dans l’administration territoriale, de trois femmes gouverneures, est réduite également au sein du gouvernement.

Les parlementaires mauritaniennes font aussi face à des obstacles sociaux, culturels et religieux qui freinent encore certaines réformes, a indiqué Nayra, selon laquelle, certains projets de loi visant à renforcer la protection des femmes ont été présentés puis retirés du Parlement à plusieurs reprises en raison de résistances conservatrices.

Toujours dans cette allocution très suivie, Nayra Delgado dit : « mais malgré cela, le processus de changement continue, et cela, en soi, est déjà significatif.

Pour ceux d’entre nous qui vivons aux Canaries, la Mauritanie n’a jamais été un pays lointain. Notre relation avec cette côte remonte à loin. Nos ancêtres naviguaient déjà vers ces eaux. Il y a eu de la pêche.

Du commerce. Des échanges. Dans cette mer qui nous sépare… mais qui nous unit aussi.

Parfois, elle ressemble davantage à un pont bleu qu’à une frontière. Aujourd’hui, cette relation est aussi économique et humaine.

Les Canaries exportent plus de 75 millions d’euros par an vers la Mauritanie. Plus de 350 entreprises canariennes participent à cet échange commercial. Et chaque année, environ 20 000 citoyens mauritaniens se rendent aux Canaries.

Beaucoup d’entre eux à Las Palmas de Gran Canaria, où ils passent plusieurs jours pour faire des achats ou accéder à des services de santé.

Plus de 5 000 Mauritaniens vivent aujourd’hui aux Canaries. Notre relation est économique.

Elle est sociale. Elle est humaine.

Et aussi stratégique. Mais peut-être que le fait le plus important concernant la Mauritanie est un autre.

C’est un pays extraordinairement jeune. Plus de la moitié de sa population a moins de 21 ans.

Et parmi cette jeunesse se trouvent aussi les femmes qui commencent à transformer leur société.

Des femmes formées. Talentueuses.

Leader. Comme cela s’est produit aux Canaries.

L’histoire du progrès social ne se fait presque jamais immédiatement.

D’abord, ce sont les personnes qui changent. Ensuite, ce sont les institutions. Et les femmes mauritaniennes sont déjà en train de transformer leur pays.

C’est pourquoi, lorsque nous pensons aujourd’hui à la Mauritanie, nous ne devrions pas penser aux titres du passé. Ni aux stéréotypes.

Nous devrions penser à quelque chose de bien plus intéressant : les images du futur. Un futur partagé. Un futur dans lequel les femmes mauritaniennes et canariennes ne se contentent pas de soutenir la société.

Nécrologie : décès de Boubacar Messaoud, une immense perte pour la nation

Avec la disparition de la grande figure nationale et humaine Boubacar Ould Messaoud, c’est un homme exceptionnel qui quitte la scène de la vie. Il a vécu parmi les siens avec grandeur par ses positions, discret dans sa présence, mais profondément marquant dans son parcours. Il s’en est allé dans le silence des hommes nobles qui accomplissent leur mission avec fidélité, puis s’en vont sans bruit, laissant derrière eux une histoire à raconter et une mémoire nationale impossible à effacer.

Le défunt — que Dieu lui accorde Sa miséricorde — fut le modèle d’un homme qui a su réunir compétence professionnelle et engagement humain. Il a tracé son chemin dans le domaine de l’architecture, faisant partie de ces fils de la nation qui ont contribué, par leur savoir, à bâtir l’urbanisme et à façonner les traits de la ville. Il dirigea la société SOCOGIM, où il incarna dans son travail un profond sens des responsabilités et du sérieux, avant de poursuivre son engagement en tant que conseiller au ministère de l’Habitat, mettant son expérience et son expertise au service des questions de logement et de développement.

Cependant, la trajectoire du défunt ne fut pas seulement celle d’une carrière administrative réussie ; elle fut avant tout celle d’un homme convaincu que la justice a un prix et que la dignité humaine ne saurait faire l’objet de compromis. Après des années de service dans différentes responsabilités, il choisit de consacrer ses efforts à la lutte pour les droits humains, convaincu que servir l’homme est la plus noble manière de servir la patrie.

Le défunt mena un combat clair contre l’esclavage en Mauritanie, mais ce fut un combat sage et équilibré, qui ne fut jamais dirigé contre aucune composante de la société. Il demeura plutôt une voix de vérité et de justice face à ceux qui violent la loi et portent atteinte à la dignité humaine. Il croyait que la défense de l’opprimé ne devait pas nourrir la haine, mais plutôt renforcer les valeurs d’équité et de justice au sein d’une société unie par une histoire et un destin communs.

Ce chemin ne fut pas facile : le défunt connut la prison à plusieurs reprises, mais il en sortit plus ferme dans ses convictions et plus profondément convaincu de la nécessité de préserver l’unité et la cohésion de ce peuple. Il rappelait constamment que la véritable réforme ne se construit pas sur la division, mais sur une justice qui protège la dignité de tous.

Il fut également l’un des premiers fondateurs du mouvement El Hor, qui adopta une lutte pour les droits humains modérée, visant à servir les esclaves et les anciens esclaves, dans un cadre préservant la paix sociale et renforçant les valeurs d’une citoyenneté égale. Ainsi, Boubacar Ould Messaoud demeura une voix sage dans le combat pour les droits, alliant courage dans la défense des opprimés et sagesse dans la préservation de la cohésion sociale.

Aujourd’hui, sa dépouille est portée en terre au cimetière Talhaya “Eleybe EL Ghoudatt” dans la ville de Rosso, non loin de son lieu de naissance dans la ferme de Toeoueikendiye . Comme si la terre qui avait été témoin des débuts de son parcours l’accueillait désormais à son terme, dans une scène où l’amertume de la perte se mêle à la sérénité du retour vers Dieu.

C’est un moment de tristesse qui ne concerne pas seulement sa famille, mais qui s’étend à tous les Mauritaniens qui ont reconnu en lui un homme sincère dans ses positions, ferme dans ses principes, et convaincu que la patrie appartient à tous.

En cette douloureuse circonstance, j’adresse mes plus sincères condoléances et ma profonde compassion à Son Excellence M. Mohamed Cheikh El Ghazouani, à son gouvernement, au peuple mauritanien, à la famille du défunt, à ses proches, à ses amis et à tous ceux qui l’ont connu et accompagné dans le chemin du combat et du service.

Nous avons perdu un homme grand par sa présence, sa morale et ses positions. Mais notre consolation réside dans le fait que des hommes comme Boubacar Ould Messaoud ne disparaissent jamais vraiment : ils laissent derrière eux une trace noble et une histoire lumineuse qui demeure vivante dans la mémoire de la nation et de ses générations futures.

Et dans le Messager de Dieu ﷺ nous trouvons la meilleure consolation.

Comme l’ont dit les pieux prédécesseurs :

« Il nous suffit, pour trouver consolation, de savoir que même le Messager de Dieu est mort. »

Que Dieu accorde au défunt Sa vaste miséricorde, l’accueille dans Son Paradis, et accorde à sa famille, à ses proches et à ceux qui l’aiment patience et réconfort.

En ce qui me concerne,  je viens de perdre un oncle,  un père,  un confident,  bref quelqu’un qui m’était très proche,  quelqu’un à côté de qui j’ai beaucoup appris de la vie

Brahim Fall Mohamed Vall M’Bareck

Rosso

L’argent ne se mange pas deux fois…Mohamed Mahmoud Né

Je voudrais partir de deux postulats qui me paraissent essentiels. Le premier est que je me réclame des autorités nationales actuelles et demeure convaincu que leurs orientations politiques accordent une place centrale au citoyen, conformément à la lettre de mission du gouvernement.

Le second est qu’il ne saurait être question d’accepter, sous quelque forme que ce soit, une évasion fiscale qui se ferait au détriment du trésor public. La lutte contre la fraude et le respect de l’impôt constituent des principes fondamentaux de toute gouvernance responsable.

Cependant, cette double conviction ne saurait empêcher un regard critique sur certaines pratiques administratives qui, malheureusement, tendent à s’installer dans notre système de gestion publique. Parmi elles figure une habitude particulièrement préoccupante : celle qui consiste, notamment dans les niveaux supérieurs de l’administration, à redéfinir l’objectif ou la procédure d’une mesure en transférant progressivement sa mise en œuvre et ses conséquences au citoyen. Or nous sommes précisément, dans ce cas précis, face à une illustration manifeste de ce mécanisme.

Il suffit d’observer la réaction de l’opinion pour constater combien cette mesure est impopulaire. Et cette impopularité n’est pas anodine : elle révèle un problème de conception plus profond. En réalité, la situation s’explique principalement par deux facteurs. Le premier tient à une tendance croissante de l’administration à répercuter sur le citoyen non seulement les coûts, mais aussi les procédures qui devraient normalement relever de l’État ou des acteurs économiques concernés.

Cette logique entre en contradiction avec l’évolution générale du monde contemporain. Aujourd’hui, les systèmes économiques et administratifs s’organisent de plus en plus autour du principe du “tout-en-un” : permettre au citoyen d’accéder à un service ou à un produit en un seul lieu et par une seule transaction. Cette logique est devenue un véritable modèle économique, notamment dans les secteurs de services où l’intermédiation crée de la valeur précisément parce qu’elle simplifie l’expérience de l’utilisateur.

Le monde, aujourd’hui, est ainsi structuré autour de la figure du citoyen-client, et tout est conçu pour lui permettre de remplir son « panier » en un seul endroit et par un seul paiement. C’est le principe même des grandes surfaces commerciales, mais aussi des innovations en matière de paiement, telles que le sans-contact ou les systèmes intégrant livraison et règlement dans une seule opération.

Cette philosophie inspire également certaines avancées administratives dont notre pays peut être fier. Des applications comme Houwiyeti ou Khidmaty incarnent précisément cette logique de simplification : elles permettent d’accomplir plusieurs démarches en un seul point d’accès, dans une seule interface. Ces initiatives ont d’ailleurs contribué à la réputation de modernisation administrative de la Mauritanie dans la sous-région, au point que des responsables étrangers ont publiquement salué leur utilité et leur rigueur.

Dans le même esprit, si la Direction générale des impôts mettait en place un système efficace de paiement électronique pour certains impôts ou taxes, nul doute que l’initiative serait largement saluée. Tous ceux qui passent aujourd’hui des heures, parfois deux jours consécutifs, à faire la queue pour accomplir une formalité administrative y verraient une amélioration tangible de leur quotidien.

Car c’est bien là que réside l’enjeu central : élargir l’assiette fiscale afin de réduire la pression sur chacun et de favoriser le consentement volontaire à l’impôt. Une réforme fiscale durable ne repose pas uniquement sur l’augmentation des prélèvements, mais sur l’intégration de nouveaux contribuables, la réduction des niches d’évasion et la transparence des mécanismes de collecte afin de renforcer la confiance entre l’État et les citoyens.

Or, dans les deux dernières mesures adoptées, le citoyen se retrouve paradoxalement pris en étau entre plusieurs acteurs : d’un côté le commerçant qu’il s’agisse de banques, d’importateurs ou de vendeurs de téléphones et de l’autre une administration déterminée à récupérer les recettes qui lui reviennent. Dans ce type de configuration, l’expérience montre que c’est presque toujours le citoyen qui finit par supporter le surcoût. L’exemple des transactions financières est révélateur : les commissions bancaires existantes ont simplement été majorées pour intégrer les nouvelles charges.

Il ne s’agit donc nullement de défendre l’évasion fiscale. Celle-ci doit être combattue avec détermination, mais au moment et à l’endroit où elle se produit, et surtout auprès de ceux qui en sont les véritables auteurs. La question posée aujourd’hui et qui préoccupe une large partie des citoyens ne concerne pas tant le principe des droits fiscaux que cette tendance administrative à choisir systématiquement le chemin le plus court : transférer au citoyen une procédure qui relève normalement des mécanismes de contrôle et de recouvrement de l’État.

Dans un monde où les politiques publiques s’efforcent plutôt de simplifier les procédures et de réduire la pression administrative, il apparaît en effet surprenant d’introduire régulièrement de nouvelles taxes tout en faisant porter au consommateur final des démarches qui devraient incomber aux importateurs ou aux services publics concernés, ici l s douanes.

La situation peut être illustrée par une image simple : ce serait comme si, demain, dans la supérette du quartier, l’achat d’un produit de « grande consommation» exigeait non seulement de payer le commerçant, mais aussi de régler séparément l’agent des douanes avant de pouvoir emporter l’article.

Dès lors, une question se pose légitimement : pourquoi ne pas orienter les ressources mobilisées pour cette mesure vers un renforcement du contrôle au cordon douanier et vers des inspections plus rigoureuses auprès des commerçants et des importateurs ? Une action plus ferme à la source permettrait probablement d’atteindre l’objectif fiscal recherché sans transférer la complexité administrative au citoyen.

Enfin, il convient de rappeler qu’en matière de gouvernance, la capacité à réévaluer une mesure et à la corriger lorsqu’elle se révèle inadaptée constitue moins un signe de faiblesse qu’une preuve de maturité politique. L’histoire récente montre que plusieurs pays ayant expérimenté des dispositifs similaires ont finalement choisi de les abandonner ou de les ajuster après avoir constaté leurs effets indésirables.

Dans ces conditions, la véritable question n’est peut-être pas de savoir s’il faut lutter contre la fraude car ce point fait consensus mais plutôt de déterminer comment le faire de manière équitable, efficace et compatible avec la simplification attendue par les citoyens

 

Quand la pression fiscale remplace le service public: manifestation de vendeurs de téléphones dans les rues de Nouakchott contre la nouvelle taxe douanière.

Toujours plus d’impôts n’est pas un exploit politique, c’est au contraire un signe de faiblesse de la gouvernance publique. Beaucoup de pays cherchent aujourd’hui à réduire la pression fiscale, conscients que l’impôt excessif étouffe l’économie, décourage l’initiative et fragilise le pouvoir d’achat.
Certes, aucun État ne peut fonctionner sans impôts ni taxes. Ils sont indispensables pour financer les infrastructures, l’éducation, la santé, la sécurité et les services publics. Mais la légitimité de l’impôt repose sur un principe simple : le citoyen doit voir et sentir ce que son argent produit pour la collectivité.
Lorsque la fiscalité augmente mais que les routes restent dégradées, que les services publics sont défaillants et que les conditions de vie ne s’améliorent pas, l’impôt cesse d’être un instrument de solidarité nationale. Il devient alors une contrainte imposée à une population qui ne perçoit plus la contrepartie de son effort.
La question n’est donc pas seulement de lever des impôts, mais de gouverner avec responsabilité, transparence et efficacité. Car dans toute démocratie, la fiscalité doit être fondée sur un véritable contrat entre l’État et les citoyens : contribuer au bien commun, oui, mais à condition que l’État remplisse pleinement sa mission au service de la nation.
Ahmed Salem Deida
Expert en communication
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