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À plus d’une heure de piste de Kiffa, la capitale de l’Assaba, le village enclavé de Gvave Guerjma s’étend en longueur sur plus de cinq kilomètres. Derrière cette géographie particulière se cache une réalité scolaire contrastée.

Ici, au cœur de la commune d’Aghaouratt, la volonté d’apprendre des enfants se heurte quotidiennement à un déficit chronique d’infrastructures.

Si l’engagement de l’État mauritanien et de ses partenaires, tels que l’UNICEF et World Vision, est salué par la communauté, l’état de délabrement des installations scolaires menace directement la qualité de l’apprentissage. Un cadre pédagogique solide … mais sans murs «Force est de reconnaître que les autorités publiques et leurs partenaires s’investissent pour offrir des conditions optimales d’éducation et de santé à nos enfants », confient les porte-paroles locaux, qui regrettent cet état de délabrement qu’on ne peut nier.

Sur le plan humain, le succès est tangible.

L’école dispose d’un point d’eau fonctionnel et le niveau des élèves, illustré par des exercices de calcul complexes au tableau, témoigne du dévouement du corps enseignant. De plus, la localité étant épargnée par le réseau mobile, les enfants évoluent dans une bulle préservée des ravages numériques des smartphones.

Pourtant, ce tableau pédagogique encourageant s’effondre dès que l’on lève les yeux sur l’environnement physique des élèves. L’enseignement se fait ici au mépris des règles de sécurité et de confort les plus élémentaires.

L’école des courants d’air et des bâches déchirées

Le véritable problème réside dans l’ossature même de l’établissement. L’école ne dispose que d’une seule et unique salle de classe en dur. Un terme bien généreux pour décrire un bâtiment démuni de portes et de fenêtres, laissant les enfants à la merci du vent et de la poussière.

Plus grave encore, son toit en zinc est en état de décomposition avancée. Pour pallier le manque d’espace, trois hangars de fortune (Photos) ont été installés dans la cour. Couvertes de bâches délabrées et déchirées, ces structures ne protègent plus rien.

Les nattes étalées aux côtés de quelques tables-bancs en mauvais état montrent par ailleurs une insuffisance des équipements pédagogiques pour renforcer la qualité de l’enseignement assuré dans cet environnement rural difficile au sein duquel, apprennent des enfants qui parcourent quotidiennement des kilomètres entre leurs parents et l’école.

Alors que la région subit des pluies précoces, ces abris précaires se transforment en pièges à eau, perturbant les cours et menaçant le matériel didactique.

Comment exiger la concentration d’un enfant lorsque le toit au-dessus de sa tête menace de s’effondrer ou de s’envoler à la moindre bourrasque ?

Une cantine sans toit sous un soleil de plomb

Ce déficit infrastructurel ne s’arrête pas aux portes des classes ; il s’invite aussi au moment du repas.

Le programme de cantine scolaire assure un repas quotidien vital composé de riz, d’huile et de haricots.

Une initiative louable, mais gâchée par l’absence d’un réfectoire ou d’un simple préau. « Les enfants mangent, c’est vrai, et nous en sommes reconnaissants. Mais ils doivent consommer leur unique plat quotidien sous un soleil ardent », déplorent, les notables locaux, avec une satisfaction mitigée.

Faute d’un espace ombragé dédié, l’heure du déjeuner devient une épreuve physique face aux températures extrêmes de l’Assaba.

Le défi de la reconstruction de Gvave Guerjma démontre que la résilience humaine a ses limites, si l’isolement technologique et un bon encadrement moral permettent aujourd’hui à ces enfants de progresser, l’absence d’infrastructures de base agit comme un plafond de verre pouvant s’écrouler à chaque instant sur leurs têtes.

Pour que ces élèves deviennent les ressources humaines de demain, l’aide matérielle ne peut plus se contenter de solutions temporaires ou de bâches en plastique.

Comme quoi, l’urgence dans l’Assaba n’est plus seulement d’enseigner, mais de bâtir des écoles solides, protectrices et dignes pour la jeunesse mauritanienne.

Mohamed Ould Mohamed Lemine (REJADE)

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