par Webmaster | 22 02 26 | Actualitès, Éducation

Les compétitions du deuxième tour des Olympiades nationales pour le Prix du Président de la République pour les Sciences ont débuté aujourd’hui dimanche 22 février courant sur l’ensemble du territoire national.
1385 élèves participent à cette étape. Ils sont répartis dans les différentes wilayas, avec 109 élèves de la quatrième année, 63 de la filière mathématiques de la septième année, 202 de la filière physique de la septième année, et 1011 élèves de la septième année dans la filière sciences.
50% des participants seront sélectionnés selon les critères adoptés retenus pour l’admission à ce concours.
Le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale et de la Réforme du Système éducatif, M. Sadvi Sidi Mohamed, a effectué une visite d’inspection dans plusieurs centres d’examen des trois wilayas de Nouakchott, notamment le Lycée Arabe, le Lycée Toujounine 1 (Soueila) et le Lycée Arafat 2.
Il s’agit de suivre de près le déroulement du concours.
Le secrétaire général a reçu des explications sur la méthodologie de contrôle et de supervision adoptée.
par Webmaster | 22 02 26 | Actualitès, Éducation, Sociétés

La promotion et l’enseignement dans les langues maternelles constituent un levier essentiel pour la qualité de l’éducation, la cohésion sociale et le développement durable de notre pays, ont réaffirmé aujourd’hui samedi 21 février 2026, qui coïncide avec de la Journée internationale de la langue maternelle, annuellement célébrée sous l’égide de l’UNESCO, les associations culturelles nationales.
L’officialisation des langues nationales — pulaar, sooninke et wolof — constitue une étape déterminante pour consolider leur statut, ont indiqué ces associations dans une déclaration, selon laquelle, leur institutionnalisation garantit en effet leur protection et assure leur intégration effective dans les politiques publiques.
Toujours selon ces associations, l’enseignement officiel de ces langues nationales représente « un acte de justice linguistique favorisant l’inclusion, la participation citoyenne et la cohésion nationale ».
Lire l’intégralité ci-dessous l’intégralité de cette déclaration :
Déclaration à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle 2026
À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque année le 21 février sous l’égide de l’UNESCO, les associations culturelles nationales réaffirment avec force que la promotion et l’enseignement dans les langues maternelles constituent un levier essentiel pour la qualité de l’éducation, la cohésion sociale et le développement durable de notre pays.
Elles rappellent également que l’officialisation des langues nationales — pulaar, sooninke et wolof — constitue une étape déterminante pour consolider leur statut, garantir leur protection et assurer leur intégration effective dans les politiques publiques. Elle représente un acte de justice linguistique favorisant l’inclusion, la participation citoyenne et la cohésion nationale.
En Mauritanie, l’année 2026 marque la deuxième année du retour à l’expérimentation de l’enseignement des langues nationales — pulaar, sooninke et wolof — dans le système éducatif. Cette étape représente une avancée importante et porteuse d’espoir, fruit de plusieurs décennies de plaidoyer des acteurs culturels, éducatifs et de la société civile.
Cependant, force est de constater que cette expérimentation se déroule dans un contexte marqué par des insuffisances structurelles qui freinent son plein déploiement et compromettent son impact.
Nous relevons notamment :
- Les difficultés persistantes dans la mise à disposition de l’Institut pour la Promotion et l’Enseignement des Langues Nationales (IPELAN) d’enseignants expérimentés et suffisamment formés ;
- La léthargie, voire la non-existence effective, de la commission chargée de la mise en œuvre de la réforme du système éducatif prévue par la loi d’orientation adoptée en 2022 ;
- L’absence à ce jour des décrets d’application indispensables à l’opérationnalisation complète de cette loi, pourtant promulguée depuis plus de trois ans, en particulier des décrets 65 à 70 relatifs aux langues ;
- La timidité de la communication et de la mobilisation institutionnelle pour faire de l’enseignement en langues maternelles une priorité nationale clairement assumée.
Ces insuffisances entretiennent une situation d’incertitude et donnent le sentiment d’une réforme conduite sans pilotage stratégique clair, alors même que les enjeux sont majeurs pour l’avenir de notre système éducatif et pour la valorisation de notre patrimoine linguistique.
Dans ce contexte, l’officialisation des langues nationales apparaît comme un levier structurant permettant de donner un cadre juridique clair et durable à leur promotion, d’assurer une meilleure allocation des ressources et de renforcer la cohérence des politiques publiques en matière d’éducation, de culture, de médias et d’administration.
En cette Journée internationale de la langue maternelle, nous appelons les pouvoirs publics à :
- Accélérer l’adoption et la publication des décrets d’application des articles 65 à 70 de la loi d’orientation ;
- Engager un processus clair et inclusif visant à consolider le statut officiel des langues nationales dans l’architecture juridique et institutionnelle du pays ;
- Renforcer les moyens humains et financiers alloués à l’IPELAN, notamment par la mise à disposition effective d’enseignants qualifiés ;
- Lancer une campagne nationale ambitieuse de sensibilisation sur les bénéfices pédagogiques et sociaux de l’enseignement en langues maternelles ;
- Inscrire clairement cette politique dans une vision stratégique de long terme fondée sur le multilinguisme de maintien.
La reconnaissance, la promotion et l’officialisation des langues maternelles ne relèvent pas seulement d’un impératif culturel : elles constituent une condition essentielle pour une école plus inclusive, plus équitable et plus efficace, ainsi que pour une citoyenneté pleinement partagée.
Nous réaffirmons notre disponibilité à accompagner l’État et l’ensemble des partenaires dans la réussite de cette option, dans l’intérêt des générations présentes et futures.
Nouakchott, le 21 février 2026
La Coordination des associations culturelles (CAC)




par Webmaster | 16 02 26 | Actualitès, Éducation, Sociétés

Entre calculs astronomiques et observation de la lune, le début du Ramadan 2026 se précise, mais pourrait encore réserver quelques surprises aux fidèles à travers le monde musulman où certains pays jeunent et rompent couramment le Siyam 24 heures avant ou après d’autres.
Au plan internation et selon les annonces officielles et les calculs astronomiques, le Ramadan devrait débuter autour du 18 ou 19 février 2026 dans de nombreux pays.
D’après un communiqué de la Commission mauritanienne des croissants lunaires, relevant du ministère des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel, publié aujourd’hui lundi 16 février courant, le premier jour de jeûne est attendu jeudi 19 février 2026, même si cette date reste à confirmer lors de la traditionnelle « Nuit du doute » lors de laquelle les autorités religieuses observeront le ciel pour repérer le croissant de lune sacré (hilal).
Ladite Commission a appelé par conséquent tous les citoyens à scruter le croissant du mois béni de Ramadan pour l’année 1447 de l’Hégire, le mercredi soir, 29 Chaabane 1447 de l’Hégire, correspondant au 18 février 2026, indique le communiqué.
Elle a demandé de lui signaler toute observation confirmée, soit par l’intermédiaire de ses sous-commissions à l’intérieur du pays, soit en appelant le numéro de téléphone gratuit : 80003003.
Dans plusieurs pays du Moyen-Orient, comme Oman ou les Émirats arabes unis, les autorités locales ont déjà fixé ou prédit officieusement le début du Ramadan au 19 février, après observations lunaires et annonces officielles ou semi-officielles. Mais attention : ces dates ne sont pas figées. La communauté musulmane suit un calendrier lunaire, ce qui signifie que le Ramadan ne commence pas à une date fixe chaque année.
Au contraire, il dépend exclusivement de l’apparition du croissant de lune juste après la nouvelle lune, ce moment magique que les astronomes et religieux appellent le hilal. En d’autres termes, si les observateurs voient le croissant dès le soir du 17 février, alors le Ramadan commencera cette nuit-là et le premier jour de jeûne sera le 18 février. S’ils ne le voient pas, alors tout est repoussé d’un jour, et le jeûne commencera le 19 février.
Agences
par Webmaster | 7 02 26 | Actualitès, Éducation

La famille de l’étudiant de la Mahadra décédé dans des circonstances non encore élucidées, Sidi Mohamed Ould Mahfoud a déclaré que son fils avait été battu et négligé avant sa mort à la Mahadra d’Aboubakr (Al-Mabrouk) dans la commune d’El Mouyassar, dans la moughata de Boutilimitt.
Dans un communiqué qu’elle a publié, la famille a indiqué que les témoignages fournis par les accompagnateurs de l’enfant à la mahadra, à savoir son oncle (18 ans) et son frère (16 ans), qui ont également témoigné devant la gendarmerie nationale, ont révélé que l’enfant avait commencé à tomber malade le 17 janvier, avec une forte fièvre et des frissons qui ont duré plusieurs jours, avant que son état ne s’aggrave et qu’il ne développe un gonflement important de la gorge qui l’empêchait d’avaler.
Elle a précisé que les surveillants se sont contentés de lui donner des analgésiques, tout en le soumettant à des coups répétés de la part d’un certain Al-Qasim, en éloignant parfois ses frères de lui et en leur faisant croire qu’il faisait semblant de s’évanouir.
La famille a indiqué que l’enfant demandait à ses frères d’informer ses parents de son état de santé, leur reprochant leur incapacité à faire passer le message.
Elle a indiqué que les derniers jours de l’enfant avaient été marqués par une difficulté à exprimer ses sentiments et l’approche de sa mort, ainsi que par des périodes de délire, tandis que les surveillants tentaient de le nourrir de force avec des pommes de terre chaudes écrasées, en raison de l’obstruction de sa gorge et de son incapacité totale à avaler.
Les accompagnateurs ont rapporté que le cheikh de la Mahadra l’avait giflé en lui disant : « Monsieur, reste tranquille, tu sais que tu n’as rien du tout. »
Avec la détérioration de son état de santé, l’enfant est devenu incapable de contrôler ses besoins physiologiques, et les surveillants ont commencé à avoir peur de s’approcher de lui.
Elle a indiqué que l’enfant est décédé vers 18 heures le 1er février et que son corps a été transporté à l’hôpital Cheikh Zayed de Nouakchott vers 20 h 30, où le personnel médical a informé les accompagnateurs que le décès était survenu plusieurs heures auparavant et a refusé de remettre le corps sans la présence de la famille et sans pièce d’identité de l’enfant.
La famille a déclaré que les autorités administratives et sécuritaires avaient traité l’affaire de manière positive et responsable et avaient recueilli les informations nécessaires avant de déposer la plainte officielle aujourd’hui.
par Webmaster | 6 02 26 | Actualitès, Éducation

Initiative Citoyenne de Cadres de Kaédi a lancé un appel citoyen au Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à travers lequel, les cadres du Gorgol attirent l’attention de son Excellence sur la démolition d’une école à Kaédi en pleine année scolaire.
Il s’agit de bâtiments historiques de l’École 1 de Kaédi, un établissement fondé au début des années 1950 et qui a contribué à former de nombreux cadres depuis l’indépendance du pays, indique ledit appel citoyen dont ci-après l’intégralité :
A Monsieur le Président de la République, Mohamed Cheikh Ould Ghazouani
Objet : Démolition d’une école à Kaédi : Un appel Citoyen
Excellence Monsieur le Président de la République,
Quelques jours avant votre visite officielle dans la Wilaya du Gorgol, tant attendue avec enthousiasme et espoir par ses habitants et ceux de Kaédi en particulier, nous sommes désolés de devoir nous adresser à vous ainsi pour attirer votre attention sur des événements aussi surprenants que graves qui viennent de se dérouler à Kaédi, et pour lesquels nous demandons votre intervention décisive.
De récentes images frappantes diffusées sur les réseaux sociaux montrent la destruction, en pleine année scolaire, de bâtiments historiques de l’École 1 de Kaédi, un établissement fondé au début des années 1950 et qui a contribué à former de nombreux cadres depuis l’indépendance du pays. Cette démolition surprend d’autant plus que ni le Conseil municipal de Kaédi, normalement chargé des écoles primaires, ni les habitants n’ont été consultés à ce sujet.
Selon les éléments dont nous disposons, ces démolitions sont justifiées par la nécessité d’agrandir le terrain destiné à la construction d’un dispensaire Mère et Enfant à Kaédi, qui sera réalisé sous votre haute autorité.
Si la population de Kaédi accueille avec honneur et fierté ce projet, il reste surprenant que la création de cet établissement de santé implique la destruction de salles de classe déjà jugées insuffisantes, surtout à un moment où l’école républicaine, initiative politique portée par vous-même et soutenue par nos soins, est promue. De plus, cette école représente un élément essentiel du patrimoine culturel de la ville et incarne une part de l’identité affective des habitants, puisque bon nombre de leurs enfants ont fréquenté ce haut lieu de l’enseignement primaire.
Nous sollicitons votre discernement ainsi que votre engagement envers la justice et la qualité du travail afin de mettre un terme à cette situation et d’envisager des solutions alternatives.
Nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre considération distinguée.
Les signataires
Signataires de l’appel citoyen ‘Ecole 1 de Kaédi’
1 Amadou Oumar Ba +222 46491812
2 Cheikh Saadbouh Tandia +222 44244424
3 Ahmadou Bal dit Zakaria +1(283) 225-2949
4 Mohamadou Abdoul Majid Niang +222 46768741
5 Elhabibou Chérif Sanghott +1(216) 319-9601
6 Abdoulaye Lassana Diagana +222 46493450
7 Souleymane Lo +222 46879929
8 Cheikh Tahara Baradji dit Nkono +222 46456210
9 Diewo Camara +222 36308561
10 Mama Thierno Ndiaye +222 46406887
11 Abdoul Tandia +222 36459205
12 Hapsa Sow +222 46462211
13 Oumou Diallo Sy + 221 771859536
14 Moussa Bathily Ba +222 47654118
15 Mamoudou Abderrahim Toure +222 34171649
16 Cire Gatta Ba +33 665138161
Kaédi, le 02 février 2026
****
Ampliation :
S.E.M. le Ministre de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement Local
S.E.M. le Ministre de l’Education et de la Réforme de l’Enseignement
S.E. Mme. la Ministre de l’Habitat de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire
Monsieur le Wali du Gorgol
Monsieur le Président du Conseil Régional du Gorgol
Monsieur le Hakem de la Moughataa de Kaédi
Monsieur le Maire de Kaédi

par Webmaster | 26 01 26 | Actualitès, Éducation, Tribunes

Moi, je dérange. Je traîne avec moi une tare que nulle rédemption ne corrige : la mémoire. Dans cette ville de sable et d’amnésie, se souvenir est un défaut social, une entrave à l’ascension, presque une faute morale. Ici, tout le monde se réinvente, renie son passé pour ne pas entraver son présent tant il le contredit.
Je les observe défiler dans leurs voitures rutilantes, vitres fumées telles des paupières closes sur ce qu’ils furent. Je les ai connus quand leurs vêtements n’étaient que lambeaux de dignité, quand la poussière adhérait à leur peau comme une vérité indélébile. Aujourd’hui, ils drapent leur médiocrité dans des costumes importés et manient le verbe avec l’assurance de ceux qui ont compris : le pouvoir ne naît pas de l’action, mais de l’art de baratiner, volubile, flagorneur, parlant fort et longtemps sans rien dire de substantiel.
Ils ont appris à discourir avant d’apprendre à bâtir. Leurs mots ne nomment plus le réel, ils le maquillent.
Regardez cet homme, là-bas, dans l’hémicycle feutré. Hier encore, il faisait antichambre pour mendier une audience ; aujourd’hui, il incarne l’État. Son secret ? Ni génie, ni courage. Il est simplement protéiforme. Un caméléon sémantique.
Avec le puissant, il adopte une voix de soie, des phrases sinueuses où la loyauté rampe dans chaque virgule. Avec l’étranger, il déploie un lexique calibré : « ouverture », « réformes », « dialogue inclusif » — monnaie d’échange pour rassurer les bailleurs de fonds. Avec l’ami comme avec l’ennemi, il se fait serpent : mielleux en surface, mortel dans le silence subséquent. Cyberharcèlement au besoin.
Ici, l’éloquence néfaste a dévoré la vertu.
Certains sont devenus méconnaissables. La misère s’est retirée de leurs traits comme une marée basse. En Mauritanie, soyons lucides : devenir richard en un clin d’œil n’a rien d’un miracle divin. Il suffit de trouver le bon tunnel, d’en verrouiller l’entrée, et l’on se retrouve propulsé manu militari au sommet de la pyramide.
À Nouakchott, l’ascension n’est pas une escalade, c’est une éjection. Le matin, tu comptes tes quelques ouguiyas pour un thé amer, tu joues ton destin au poker des alliances, tu courtises l’ombre des grands, tu danses la nuit lors des mariages des nantis. Le soir, tu trônes à la table des notables. Tu es devenu la « coqueluche », la nouvelle cible des prédatrices de salon. Tu as ta part du gâteau, tu es respecté.
C’est une alchimie brutale. On change de quartier, de femme, d’amis. Mais surtout, on change de lexique. Les mots besoin, faim, justice ou compassion sont rayés d’un trait de plume. Ils cèdent la place à partenariat, stabilité, influence. La pitié a laissé place au mépris souverain des parvenus.
Le problème n’est pas qu’ils montent. Le drame, c’est qu’une fois juchés sur les hauteurs, ils brûlent l’échelle. Ils s’assurent que nul ne viendra leur rappeler l’odeur de la sueur dont ils sont issus.
Moi, j’écris tout cela dans un carnet usé. Je suis le grain de sable dans leur mécanique de velours. Un ami aisé — exception à la règle de cette bourgeoisie indue — m’invite par habitude. À mon arrivée, ils fuient mon regard. Ils savent que je possède la table de conjugaison de leur imposture.
Récemment, lors d’une réception mondaine sous des lumières froides, l’un d’eux s’est avancé vers moi. Il m’a reconnu avant que je n’esquisse un geste. Son sourire était de porcelaine, mais ses yeux ont vacillé une fraction de seconde : le temps pour l’enfant qu’il fut de trahir l’homme qu’il feignait d’être.
— Professeur…
Le mot a ricoché contre ses dents trop blanches. C’était un ancien de ma promotion. Jadis discret, brillant par son absence de scrupules plutôt que par son travail. Aujourd’hui ? Conseiller spécial de je ne sais quelle éminence. Costume italien, montre suisse, conscience sous garantie. Il m’a débité son chapelet de « vision stratégique » et de « réalisme politique ». Je l’ai laissé parler. Le silence est parfois la plus cruelle des autopsies.
Je lui ai demandé, d’une voix neutre :
— Et la justice, tu l’as rangée dans quel tiroir ? Tu te rappelles quand tu as abandonné l’école ? Comment es-tu devenu haut fonctionnaire ?
Il a ri. Un rire sec, institutionnel, sans joie et sans honte. À cet instant, j’ai compris que je ne parlais plus à un homme, mais à une fonction. L’élève paresseux et opportuniste avait muté en un rouage parfaitement huilé.
Je l’ai regardé s’éloigner, porté par les applaudissements polis et les complicités de couloir. Je suis resté seul avec mon carnet et ma mémoire. Dans ce pays qui redoute ceux qui se souviennent, je continuerai de noter chaque trahison. Car tant qu’un seul mot vrai survivra dans l’ombre, leur mensonge ne sera jamais tout à fait tranquille.
L’Orfèvre des Nuits Discrètes
À la périphérie de ce cercle d’hommes aux ventres repus, elle est apparue. Elle ne marche pas, elle glisse, portée par une aura qui fait taire les conversations à son passage. Zahra.
Dans l’amphithéâtre de mes souvenirs, elle était déjà cette beauté incendiaire, capable de dérégler la respiration des garçons d’un simple regard. Mais la beauté, en Mauritanie, n’est qu’un capital. Zahra l’a compris très tôt : la sienne ne serait pas gaspillée dans les corvées domestiques d’un mariage de quartier. Elle en a fait un levier, une arme de précision, une clé ouvrant les coffres-forts les plus hermétiques.
Elle est devenue la « chasseuse en série » des sommets. Sa proie ? Le haut fonctionnaire en mal d’exotisme ou l’homme d’affaires dont le compte en banque déborde autant que l’ennui conjugal.
Le contrat de l’ombre
Sa méthode est d’une efficacité chirurgicale. Elle ne demande pas de bijoux ; elle propose un pacte : le mariage secret. Elle offre l’illusion de la passion pure, loin des exigences familiales et des obligations de l’épouse légitime. En échange, elle érige son empire. Un terrain à Soukouk, une villa à Tevragh Zeina, des contrats pour son établissement. Chaque « oui » prononcé devant un marabout complaisant ajoute un étage à son ascension.
Elle ne collectionne pas les amants ; elle collectionne les titres de propriété.
Le duel des regards
Elle s’est approchée de moi, sa melhafa de soie multicolore exhalant un parfum de oud qui vaut peut-être mon salaire annuel.
— Toujours avec votre carnet, mon pauvre professeur ? me lança-t-elle, une lueur de défi dans ses yeux sombres. Tu dois être fatigué d’écrire tes leçons et tes poèmes au tableau. Tes amis prospèrent pendant que tu crèves dans l’enseignement. La vie est plus douce quand on ferme un peu les yeux… et qu’on ouvre habilement la bouche. Tu aurais pu accéder à la bonne société. Tu as choisi un métier qui ne permet pas de s’épanouir, même en regardant tes élèves qui te surpassent en réussite. L’enseignement est un métier ingrat. Qu’as-tu accompli ? La retraite n’est pas loin… Écoute, pauvre professeur têtu : l’innocence et la rectitude ne remplissent ni le ventre ni le réservoir d’une voiture de luxe, murmura-t-elle avec un sourire qui n’atteignait plus ses yeux. Dans ce pays, Professeur, on est soit prédateur, soit bétail. J’ai choisi mon camp. C’est un conseil que je te donne : tant que tu seras enseignant, tu habiteras dans un quartier pauvre. Tu as choisi le bétail.
Elle s’est éloignée pour rejoindre un ministre qui tremblait légèrement en l’accueillant. Elle est le miroir de notre société : une beauté de façade bâtie sur des secrets honteux, une richesse accumulée dans les alcôves du pouvoir.
Moi, j’ai noté la métamorphose de Zahra, l’orfèvre des nuits discrètes, celle qui transforme les serments clandestins en lingots d’or. Elle aussi brûle l’échelle, mais elle le fait avec une allumette de luxe, tout en vous regardant droit dans les yeux.
Voilà. Je dérange. Je ne suis pas le bienvenu. C’est ennuyeux…
Eléya Mohamed
Notes d’un vieux professeur
* Titre non officiel : Carnet : notes d’un professeur sur le paradoxe d’ascension dans le sérail et de luxe dans la société* ‘