par Webmaster | 17 11 21 | Actualitès, Environnement, Focus, Sociétés

Dr Sidi El Moctar Taleb Hamme
La Société Mauritanienne de la Biodiversité et des Ecosystèmes Marins et Littoraux remercie vivement la Direction de l’Evaluation et du Contrôle Environnemental/MEDD pour son invitation à prendre part, ce mardi 16 courant, à la « Conférence de la Plateforme des Acteurs du Littoral et de la Mer (PALM)» sur le thème « Gestion de la Biodiversité Marine et Côtière : Bilan et Perspective ».
En attendant la sortie des résultats de cette réunion (rapport, acte, etc.), je me permets de partager, avec le public, les quelques constats ayant un rapport avec la communication planification spatiale maritime et l’étude de capitalisation des expériences des OSCs impliqués l’exploitation et la conservation des territoires et des ressources côtières et marines.
Sur le plan de la recherche scientifique, on semble reconnaitre, outre mesure, les contributions du Projet BGP et des sociétés d’exploration pétrolière et gazière en ce qui concerne les connaissances sur la biodiversité marine et côtière en Mauritanie. L’argent et la technologie de pointe ont, certes, eu leur effets ou permis une valeur ajoutée incontestable dans le traitement de gisements de données historiques réalisées soit par des institutions mauritaniennes, soit avec l’appui d’autres acteurs scientifiques dans le cadre de la collaboration bi et multilatérale.
Le cadre institutionnel et réglementaire en place, continue d’être source de conflits de compétences entre les principales parties publiques impliquées dans la gestion de l’environnement (établissement de normes et exécution de tâches pratiques) et un frein pour l’exécution de plusieurs projets quand ils relèvent de secteurs différents. Les insuffisances observées dans le domaine de la coordination et de la concertation malgré l’existence d’organes créés à cet effets, font partie d’autres obstacles institutionnels diagnostiqués dans le cadre du processus d’élaboration du Plan National d’Adaptation au changement climatique (PNA). C’était là l’occasion, pour l’assistance, de regretter le retard pris pour instituer officiellement la plateforme des acteurs du littoral et de la mer qui réunit aujourd’hui ce nombre important de participants.
Au niveau du renforcement des capacités, la satisfaction des résultats est au comble, notamment chez les OSCs représentés à la réunion. Malgré cela, personne ne peut affirmer que les parties prenantes dans la gestion environnementale (Administrations, secteur privé et société civile) disposent aujourd’hui d’un noyau du suffisant en nombre et qualité dans le domaine du thème fédérateur de biodiversité marine et côtière ;
Considérer le « littoral mauritanien comme une seule entité», est une vision qui tarde à se concrétiser malgré l’usage générique de vocables tels que ‘’systémique’’, ‘’intégré’’, ‘’ inclusif’’, etc. En conséquence, la planification spatiale maritime restera tributaire d’une planification et une conception de politiques et stratégies qui mettent en jeu l’aménagement du territoire et concilie l’ensemble des usages au niveau de l’espace compris entre 20-50 km au-delà de la limite du littoral vers le contint et le dernier point, vers le large, de la ZEEM ;
Les projets financés dans le cadre de l’environnement devront, désormais, servir le développent du pays et aider celui-ci à satisfaire ses engagements en vertu surtout de la Convention de la Diversité Biologique (CDB) et de la Convention-Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique (CCNUCC). En d’autres termes, il n’est plus tolérer pour la Mauritanie d’ignorer ou de prendre à la légère :
– la question du changement climatique (adaptation du CC et gestion des risques de catastrophe) ;
– la nécessité de création d’une institution spécialisée, capable de fournir les données et connaissances scientifiques et techniques dont les acteurs en ont besoin pour accomplir leurs missions respectives ;
– le besoin de créer une synergie entre les institutions nationales de recherche scientifiques et de promouvoir une culture environnementale en renforçant l’éducation environnementale et encourageant des filières au niveau de l’enseignement moyen et supérieur.
Enfin, j’ai remarqué combien les anciens partenaires étaient contents de la coopération allemande et combien ont-ils pleuré le retrait ou départ de la GIZ et exprimé leur étonnement face à une décision comparable à celle de changer un cheval qui gagne.
Quant à moi, le gouvernement en gestation en Allemagne autour d’un noyau d’écologistes, pourra bel et bien constituer un espoir quant à un regain d’intérêt pour l’environnement et ses acteurs, en général et la Société de la Biodiversité et des Ecosystèmes Marins et Littoraux, en particulier.
Dr Sidi El Moctar Taleb Hamme
Président de l’association dénommée « Société Mauritanienne de la Biodiversité et des Ecosystèmes Marins et Littoraux ».
par Webmaster | 8 11 21 | Actualitès, Economie, Environnement, Politique, Sociétés, Tribunes
La Confédération Africaine des Organisations Professionnelles de la Pêche Artisanale (CAOPA) a organisé en octobre dernier, un webinaire auquel j’ai eu le plaisir de participer en tant que journaliste mauritanienne.L’objectif en était d’élargir la réflexion autour de pratiques inquiétantes fragilisant la sécurité alimentaire de la majorité des pays côtiers, et menaçant dans les pays en développement concernés l’emploi de plus de 100 millions de travailleurs dont près de 32 millions d’acteurs du sous-secteur de la pêche artisanale (voir ce rapport 2019 de Greenpeace : le poisson détourné).
Durant ce webinaire un large éventail de questions a pu être formulé et discuté, – dont certaines relevant directement de la situation en Mauritanie : Comment concilier un développement durable du secteur de la pêche avec les objectifs commerciaux des acteurs exogènes ? Comment sortir de la situation actuelle, entre les accords de pêche et les usines de farines et d’huiles de poisson ? Qui vend le poisson aux usines de farines? La ressource appartient-elle aux communautés qui la vendent ou à ceux qui l’acquièrent pour la transformer ? Comment doter la Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP) d’un mandat de « gestion partagée » de la ressource, à même d’en améliorer la durabilité ? Quid de la gestion des risques associés aux prospections en cours et à l’exploitation prochaine du gaz et du pétrole ? Comment ramener l’avis scientifique au cœur des décisions politiques ? Comment soutenir les médias dans leur mission d’information et de mobilisation autour des enjeux majeurs, rattachés à ces questions ? …
Production de farines de poisson : une industrie toujours plus prédatrice
Autrefois artisanale, la production de farines de poisson a démarré au début du 20ème siècle autour d’une belle idée : celle de recycler les déchets de poissons. Malheureusement, elle s’est progressivement transformée en activité industrielle menée à bord de navires-usines, avant de venir s’arrimer directement au niveau des ports de pêche.
Les poissons ciblés sont les petits pélagiques, poissons gras se rassemblant en grands bancs en Afrique de l’Ouest, et notamment trois espèces surexploitées selon les dernières évaluations de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO): sardinelle ronde, sardinelle plate, et ethmalose d’Afrique. Outre que ces poissons sont un maillon clé d’une extraordinaire chaine de biodiversité, ils constituent dans la sous-région la principale source de revenus des communautés locales de pêche, tout en leur apportant une protéine très accessible. L’impact écologique de l’industrie comprend par ailleurs des niveaux substantiels de prises accessoires par les chalutiers approvisionnant les usines, contribuant significativement à la dégradation du milieu marin.
Cette situation inquiète vivement la communauté scientifique, ainsi que les organisations de professionnels de pêche. Alertés par la famine qui frappe actuellement près de 2 millions de malgaches, victimes du pillage de leurs ressources halieutiques couplé à une sécheresse aigue, les acteurs multiplient les appels au gouvernement pour une gestion plus durable, plus rigoureuse et plus transparente du secteur. Voir ici l’appel d’un expert halieute : https://mobile.facebook.com/story.php?story_fbid=2981612972079799&id=100006933762840&sfnsn=mo&_rdc=1&_rdr.
Mauritanie : un modus operandi alarmant
En Mauritanie, la situation qui est tout aussi alarmante que partout ailleurs, est devenue critique avec l’essor des usines de production d’huiles et de farines de poisson dans le pays : 42 implantées, dont 38 en activité. Et si on imaginait que la quarantaine d’usines de farine de poisson tournaient à plein régime, combien de millions de tonnes de petits pélagiques seraient détournés, chaque année, des assiettes des populations africaines ?
Les usines de production de farine de poissons ont commencé leurs activités vers la fin des années 2000, après avoir été chassées d’un peu partout dans le monde (dont le Maroc, le Sénégal, la Gambie…), accusées d’avoir épuisé les stocks de poissons jadis abondants, détruit les écosystèmes locaux, contaminé l’environnement et paralysé le tourisme à travers les pollutions suscitées.
Communément appelées Mocca, ces usines se sont d’abord appuyées pour leur approvisionnement sur les femmes mareyeuses organisées en coopératives, en leur octroyant des crédits qui pouvaient aller jusqu’à 100.000 MRO. Ce crédit leur servait à racheter le poisson auprès des pêcheurs artisanaux, qu’elles revendaient en exclusivité aux unités industrielles en question, comme le témoigne cette mareyeuse interviewée en 2016.
Puis, à partir de 2010, les entreprises chinoises ont fait l’objet d’accords pour le moins complaisants avec le gouvernement mauritanien, les autorisant à établir des activités de pêche et à construire des usines de transformation de poisson. Selon les accords passés avec Poly Hong dong par exemple, l’entreprise pouvait transformer 100 000 tonnes de poisson par an sans préciser avec quelles espèces de poisson.
En 2017, une autre entreprise chinoise, la Sunrise Oceanic Resources Exploitation Company, installe une usine de transformation de farine de poisson dont la taille est 3 à 4 fois celle de Poly Hong Dong, apportant avec elle sa propre flotte de pêche.
À partir de 2015, des navires turcs à senne coulissante commencent à leur tour à opérer dans le pays, approvisionnant les usines de fabrication de farine de poisson appartenant à des entreprises turques. Cette flotte turque, forte de près de 100 navires industriels opérant dans la zone côtière, s’est rapidement élargie pour approvisionner d’autres usines, dont des entreprises chinoises et même la Fédération mauritanienne des usiniers.
En d’autres termes, sous l’influence du lobby des industries, la politique du gouvernement détruit l’équilibre historique de l’exploitation de la ressource halieutique par la Mauritanie et ses voisins, privilégiant l’approvisionnement des filières d’élevage d’Asie (de crustacés, poulets et, comble symbolique pour un pays musulman, de porcins !), au détriment de l’approvisionnement de la population locale et régionale en poisson destiné à la consommation.
Le Parc national du Banc d’Arguin (PNBA) sous le feu :
Le Banc d’Arguin est un écosystème marin d’importance mondiale pour la conservation, le plus grand sanctuaire d’oiseaux d’Afrique de l’Ouest, soutenu par l’un des plus vastes herbiers du monde composé de trois espèces d’algues, deux tempérées près de leur limite sud et une tropicale à sa limite nord.
Un groupe d’experts prévoit, dans un article scientifique publié fin octobre 2021, le déclin probable de la superficie totale de cet écosystème d’herbiers marins selon des scénarios de changement climatique au cours du 21e siècle, qui utilisent des modèles de distribution des espèces et des estimations de l’élévation du niveau de la mer.
Ce qui laisse présager un effondrement des principales fonctions de l’écosystème du PNBA, avec des répercussions profondes sur la biodiversité, les ressources halieutiques et les services écosystémiques – si la tendance globale climatique n’est pas rapidement inversée.
Par ailleurs, dans un contexte économique difficile et après des années d’exploitation intense des stocks de poissons, les pressions pour une ouverture du domaine maritime du PNBA à la pêche artisanale motorisée sont fortes. Les richesses exceptionnelles de la plus importance aire maritime protégée d’Afrique, attirent les convoitises des opérateurs de la pêche.
Pris dans une logique de court terme, ces derniers échouent à percevoir l’importance de préserver son intégrité́ non seulement pour des raisons écologiques évidentes, mais aussi pour le rôle économique qu’il assure dans le renouvellement des ressources halieutiques de la ZEE mauritanienne.
Fait gravissime, la fédération mauritanienne des usiniers a même réussi à obtenir, en juillet 2021, une dérogation spéciale pour avoir accès à une zone interdite à la pêche industrielle, mettant en péril l’intégrité du PNBA. Sous prétexte d’expérimentation pilote, cette dérogation autorise un senneur de 40 mètre à venir pêcher directement contre la frontière du Parc, ce qui accentue fortement les risques d’incursions volontaires ou accidentelles à l’intérieur de l’aire marine protégée.
On se demande aujourd’hui, si les échouages récurrents de poissons et notamment l’échouage de plus de 50 espèces de poissons en juin dernier entre le Cap Tafarit et le Cap Tagarit, au cœur du PNBA, ne sont pas l’œuvre de l’un de ces mastodontes qui convoitent les richesses du Parc.
Mesures urgentes :
La surexploitation des ressources halieutiques menant à leur épuisement (y compris du fait de l’évolution des techniques de pêche employées), l’augmentation rapide du détournement des captures de la consommation humaine vers la production de farines et d’huiles de poisson destinées à l’exportation, est contraire à un certain nombre de devoirs et d’engagements de nos gouvernements, y compris ceux pris dans le cadre des instruments internationaux de gestion des pêches, ainsi que les grands engagements internationaux tels que les Objectifs de Développement Durable des Nations unies.
Il s’agit de réduire l’intensité́ de la pêche dans la région en vue de la ramener à des niveaux durables pour l’environnement, tout en assurant qu’elle réponde adéquatement aux besoins des populations locales pour leurs moyens de subsistance et leur sécurité́ alimentaire.
Le gouvernement mauritanien, sensé pratiquer une gestion de la rareté des ressources halieutiques par une approche de précaution, est invité conformément au Code des Pêches, à prendre ses responsabilités, à assurer plus fortement sa mission de régulation, et à déclarer l’état de crise conformément aux avis scientifiques.
Il devrait négocier avec l’ensemble des acteurs de la mer, nationaux comme internationaux, et particulièrement avec les opérateurs de la pêche, un système économique plus tenable, plus durable, avec des taux de rendement et des retours sur investissement plus raisonnables.
De telles actions ont déjà̀ été́ réclamées à de nombreuses reprises par les experts scientifiques nationaux et internationaux, par les fédérations socio-professionnelles de la pêche, par les fédérations nationales de la pêche artisanale, ainsi que par les partenaires techniques et financiers de la Mauritanie. Elles doivent à présent se traduire par des mesures concrètes, telles que :
– La réduction des usines de production de farines de poisson à un maximum de 2 usines par État acceptant encore de les abriter sur son territoire.
– L’interdiction de toute pêche industrielle pendant au moins 6 mois de l’année, et ce jusqu’à reconstitution totale des stocks de poisson.
– La mise en place – à l’instar de la grande muraille verte du Sahel – d’une « Grande muraille bleue » couvrant la totalité de la côte atlantique du globe, reliant l’ensemble des aires marines protégées de la zone. Cette grande muraille bleue se fera autour de la protection des petits pélagiques qui ont la grande capacité de freiner la désoxygénation des océans et servira de rempart contre l’effondrement des principales fonctions d’un écosystème déjà bien impacté par les changements climatiques.
Le coût de toutes ces mesures pourrait être supporté par la communauté internationale dans le cadre de l’adaptation aux Changements Climatiques, notamment par les mécanismes de financement du Fonds Vert pour le Climat.
Maimouna SALECK
par Webmaster | 1 10 21 | Environnement
La ministre de l’environnement et du développement durable Marieme Bekay a révélé l’existence de 20 brèches sur le cordon dunaire protégeant la capitale ce qui amplifie davantage les risques face à la montée constante des eaux de l’océan.La Ministre a fait cette revelation lors du point de presse hebdomadaire du gouvernement.Au cours de la reunion hebdomadaire du Gouvernement une communication relative aux résultats de l’évaluation environnementale, sociale et stratégique pour l’exploitation de la terre noire le long de la côte avait été présentée
La ministre a ajouté que l’étude réalisée par son département, en collaboration avec celui de l’énergie sur le niveau de la montée des eaux de la mer, destinée à identifier les zones exploitables sur la côte, a déterminé une seule zone sur la côte de la capitale.
Marieme Bekay a souligné que les deux parties (l’environnement et l’Energie)qui ont mené cette étude travaillent à la préparation d’un plan de travail pour déterminer les critères de partenariat avec les sociétés travaillant dans ce domaine, aux côtés d’un conseil technique commun pour le suivi et le contrôle de cette opération.Elle a par ailleurs ajouté qu’une étude réalisée par des experts des nations unies a révélé que le niveau de la mer est en constante augmentation dans le monde.
par Webmaster | 27 08 21 | Actualitès, Environnement, Focus, Sociétés

Maimouna Saleck
Le 10 juillet 2021, le Vice-président du bureau, nouvellement élu de la section sud de la Fédération Nationale de Pêche (FNP), envoie au Ministre des Pêches et de l’Économie Maritime une demande d’accès à une zone de pêche des petits pélagiques, généralement réservée à la pêche artisanale (zone A ) et notamment aux pirogues à passerelles.
Or ces dernières embarcations sont désormais repoussées de la zone A, depuis le 15 juillet 2021, suite au message 00081 du Ministère des Pêches. Et malgré les protestations de la section Pêche Artisanale de la FNP, le ministère a refusé de revenir sur cette décision.
Parallèlement, le Ministre des Pêches accepte d’octroyer « au titre d’une pêche expérimentale dans sa phase pilote » une autorisation spéciale de pêche côtière aux poissons pélagiques – renouvelable, avec un contingentement d’un quota de 5.000 Tonnes – à la section sud que les arguments semblent avoir plus convaincu.
Le résultat attendu – selon le courrier-réponse du Ministre des Pêches à la requête, daté du 04 aout 2021 – est l’alimentation « exclusive » du marché local et du marché intérieur en poissons destinés à la consommation humaine, ainsi qu’aux usines de congélation établies à Nouakchott et dont une bonne fraction est en rupture de produits depuis quelques mois déjà.
Le 13 aout 2021, la section sud de la FNP dépose un acte sous seing privé, chez le notaire portant un contrat d’affrètement du navire turc Habibin Yavuz qui obtient donc la dérogation spéciale de pêche n°00095 le 19 aout 2021 lui permettant de pêcher dans cette zone si convoitée, à 0 miles de la frontière du Parc National du Banc d’Arguin (PNBA).
Le navire Habibin Yavuz mesure 40 m, pèse 930 tonnes et possède 2 moteurs d’une puissance équivalent à 4.260 chevaux et à une vitesse de 14,5 miles. Le navire aurait effectué entre le mois de mars 2020 et le mois d’Août 2021 plusieurs dizaines d’opérations de pêche dans les eaux mauritaniennes particulièrement autour du PNBA (selon la carte du Global Fishing Watch)
Cette autorisation d’accès à une zone sensible, dont la limite est directement adossée à la frontière de la plus importante aire marine protégée d’Afrique, pour un navire d’une si grande puissance provoque de vives inquiétudes dans le milieu de la conservation marine. Selon plusieurs experts et scientifiques, une seule incursion d’un tel navire dans une nurserie d’une si grande vulnérabilité, endommagerait irréversiblement les écosystèmes riches en biodiversité, en vasières et herbiers marins, déjà suffisamment impactés et fragilisés par les changements climatiques, par les multiples formes de pollutions ainsi que par les convoitises des différents lobbies du secteur de la pêche.
Or les risques d’une telle incursion, accidentelle ou provoquée, sont multipliés par l’octroi de cette « autorisation spéciale et renouvelable » et par l’absence d’une zone tampon qui donnerait une certaine marge de manœuvre et d’alerte aux autorités en charge de la surveillance du Parc pour stopper le navire à temps !
Il serait peut-être utile de rappeler ici, les résultats de l’étude commanditée par le gouvernement mauritanien pour l’évaluation des services écosystémiques du Banc d’Arguin, publiée en décembre 2018.
Cette étude, première du genre portant sur cette vaste aire protégée, à la fois marine et terrestre, a été réalisée par un consortium de consultants et financée par le FFEM au profit du parc national du PNBA.
Selon cette étude, la valeur annuelle des principaux services de régulation et d’approvisionnement du PNBA est estimée à 8,1 milliards MRU par an soit 198,8 millions €/an. Les deux services les plus importants sont ceux relatifs à la séquestration du carbone fournie par les herbiers (3,3 milliards MRU) et à la contribution du PNBA aux pêcheries de la ZEE de la Mauritanie (3 milliards MRU).
Parmi les autres services de support et de régulation évalués, ceux de nurserie et de bio remédiation affichent des valeurs monétaires respectives de 92 et 49 millions MRU/an.
Le service de prélèvement par la flotte de pêche artisanale atteint 52 millions MRU/an. La valeur de non usage du PNBA se situe à 1,6 milliard MRU d’après la perception de l’importance accordée aux différents services écosystémiques par les Mauritaniens. Les services évalués concernent essentiellement la partie maritime du PNBA qui couvre 5400 km2.
L’étude met aussi en avant le rôle fondamental du PNBA pour la pêche opérant dans la Zone Économique Exclusive de la Mauritanie, pour la séquestration du carbone atmosphérique et dissous, pour les populations d’oiseaux et les services qu’ils apportent et pour l’identité Imraguen.
La part de CO2 séquestré annuellement par les écosystèmes marins du parc national du banc d’Arguin atteint 732 057 tCO2eq soit 11 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays.
Outre la valeur économique des principaux services rendus par les écosystèmes du banc d’Arguin, la préservation des milieux naturels et de la faune associée au PNBA est favorable à l’atteinte des objectifs des différentes conventions et traités internationaux dont la Mauritanie est signataire.
Le Ministre des Pêches et de l’Économie Maritime, dont la préoccupation est tout à fait légitime, devrait trouver d’autres solutions pour approvisionner le marché mauritanien en poissons frais – absolument nécessaire à la sécurité alimentaire ; des solutions en concertation avec tous les acteurs de la pêche et ceux de la mer ; mais aussi des solutions qui ne prennent pas en otage l’avenir du pays.
Le Gouvernement mauritanien devrait se ressaisir et prendre plus au sérieux la protection de son patrimoine naturel (notamment le PNBA, le PND, ChottBoul et la Baie de l’Etoile) – fortement dégradé et dangereusement menacé par l’absence de coordination entre ses différents départements et par l’absence d’une volonté ferme et rigoureuse de faire respecter la loi – en particulier celles relatives à la réalisation des études d’impacts environnementaux et sociaux de tous ses projets. Des études qui feraient gagner énormément de temps, d’énergie et d’argent à tous les secteurs de développement du pays.
par Webmaster | 24 04 21 | Environnement, Focus, Sociétés
Dimanche dernier, je rentrais à Nouakchott par l’axe de Boutilimit. J’avais choisi une heure matinale et un jour de basse activité pour éviter les périls du trafic routier aux heures de pointe. La circulation était plutôt agréablement aérée.
Si bien qu’au moment de franchir le poste de contrôle de Teverit mon attention fut frappée par un cortège de camions-bennes, surchargés d’ordures. J’en avais compté jusqu’à sept. Destination : les décharges de Teverit. Je n’avais pas vu d’escorte de sécurité les accompagnant, mais en contrebas du village, juste à côté du virage menant au dépotoir, deux véhicules de la Gendarmerie nationale montaient la garde.
Pourtant, ce qui est aujourd’hui une grande poubelle à ciel ouvert avait été salué au départ comme un projet innovant qui allait marquer l’entrée de notre capitale dans l’ère de la technologie moderne de traitement et de recyclage de la voirie. Manifestement, comme tant d’autres, ce projet est parti en fumée. Mais à la différence des autres, sa fumée à lui est dense, encombrante, nauséabonde et écologiquement néfaste. Les habitants de Teverit et des villages avoisinants en ont plein les poumons.
L’unité de gendarmerie en faction sur les lieux a pour mission, m’a-t-on dit, de tenir en respect la population qui a envie d’exprimer, de temps à autre, sa désapprobation et demander qu’on arrête de polluer, massivement et à toute heure, l’air qu’elle respire. Des échauffourées avec des femmes ont été rapportées sur les médias sociaux.
Sincèrement, je pense qu’il y a moyen de résorber cette tension persistante et ostensible. Les habitants de la zone sont traditionnellement éduqués, paisibles et soucieux de l’intérêt général. Si on leur explique, objectivement et sans ambages, l’importance stratégique de ce dépotoir pour le pays et sa sécurité, de même que la nécessité d’y mettre le feu, pour le bien de la collectivité nationale, ils seront sûrement compréhensifs.
Soit, ils consentiront les sacrifices nécessaires aux dépens de leur santé respiratoire en restant chez eux, soit ils sacrifieront leurs habitations et leur village pour aller respirer ailleurs. Encore faut-il leur livrer le secret de ces ordures pas comme les autres.
Mohamed Salem Elouma Memah
Entre-citoyens
par Webmaster | 16 04 21 | Environnement, Focus

Mariya Traoré
Le Parc National du Diawling ( PND) a été crée en 1991 , sous tutelle du ministère de l’environnement et du développement durable en Mauritanie . La mise en réserve de ce territoire découle directement des modifications environnementales du bas du delta du fleuve Sénégal. En effet la sécheresse sahélienne des années 1970 et la construction, en 1986 du barrage anti-sel de Diama , avait gravement asséché le delta , au point de le rendre désertique. Ainsi pour compenser ces impacts négatifs , et grâce au savoir traditionnel local , le parc régule , depuis 1994 , l’inondation des plaines au moyen d’un système hydraulique performant constitué d’ouvrages et de vannes. Les eaux du fleuve qui transitent par les bassins du parc alimentent un estuaire de plusieurs milliers d’hectares, unique en Mauritanie. Chaque année , l’ouverture et la fermeture des ouvrages gouvernent la mise en eau des bassins et assurent l’alternance d’une saison inondée ( juillet-mars) et d’une période plus sèche ( avril-juin). Le PND est classé en 1994 par la convention RAMSAR , zone humide d’importance internationale et représente depuis 2005 le noyau central de la réserve de Biosphère Transfrontaliere du bas delta du fleuve Sénégal. Le parc accueille, unique site connu de nidification des flamants nains en Afrique de l’ouest. Le succès de cette reproduction est lié à la gestion des inondations des cuvettes du bas delta. En effet, selon le niveau d’inondation des bassins, la recharge de la nappe phréatique et la diminution de la salinité, la végétation s’étend et les ressources naturelles se régénèrent offrant au visiteur un spectacle constamment renouvelé. Le phacochère et le varan, peux peureux sont visibles toute la journée alors que le chacal doré, le serval ou la mangouste des marrais se découvrent la nuit. L’observation d’une grande variété d’oiseaux en début et en fin de journée aux ouvrages hydrauliques au niveau de Bell1 et Bell 2 ( proche de la maison du parc) sont des points d’observation exceptionnels .

Le territoire offre une grande diversité de paysages. Les plaines arides des sebkhas ( zone hyper salées) s’étendent vers la foret d’acacias de Ziré. Une des spécificités du PND est l’implication des communautés locales dans la gestion durable des ressources naturelles. Les populations pratiques leurs activités traditionnelles sources de revenus, tout en préservant l’environnement. Dans les jardins maraichers, navets, betteraves sont produits et oignons sont acheminés vers les centres urbains. Le nénuphar localement appelé « Diakhkar » , prélevé dans les bassins , représente une source d’alimentation et de commerce. Le Diakhkar est également utilisé dans la pharmacopée traditionnelle. L’alternance de l’eau douce et salée assure la croissance du Sporobulus robustus , graminée fortement appréciée par les troupeaux et récoltée par les femmes pour fabriquer les nattes artisanales . Les gousses d’acacias nilotica sont cueillis pour le tannage du cuir et les bulbes de cyperacées ( herbacées) sont traités pour produire l’encens traditionnel. La gestion concerté de l’eau permet de maintenir la pêche , le maraichage , le pâturage, l’artisanat et la cueillette. Pour rappel , les bassins constituent des zones de pêche de subsistance essentielles pour les pécheurs Taghrédient, population autochtone de cette région du Trarza et qui ont pour principale activité la pêche artisanale fluviale.
Le secteur de la surveillance a été installée depuis la création du parc en 1991 . C’est une structure dynamique , constituant l’une des plus importante du PND . Le secteur de la surveillance est dirigé par un chef de brigade avec seulement 8 surveillants pour une superficie de 16000 ha pour la zone centrale du parc , 59000 ha pour la zone périphérique et 600 000 ha pour la réserve biosphère transfrontaliere ( RBT) . Ainsi les activités se déroulent de jour comme de nuit sous forme de patrouille dans les zones sensibles , à l’intérieur du parc national de Diawling , particulièrement sur les dunes ( dune de Ziré, dune de Birette et les dunes côtières). Les patrouilles sont effectuées soit par véhicule, soit par quad ou à pied. Quatre postes de surveillance ont été installés , il sagi du poste de LEKSER, le poste de « Digue nord », le poste de digue de Ziré et le poste de nidification des flamants à Aftout. Ainsi le parc est divisé en plusieurs zones avec poste de surveillance pour chaque zone d’intervention.
La zone « sites des mangroves et dunes côtières » qui correspond au poste de LEKSER , la zone de nidification des oiseaux ( Diawling – Tichilitt) et cheyal : poste digue nord, la zone dune de Ziré poste dune ziré et le poste de la zone de nidification des flamants . Ainsi , chaque poste de surveillance est compose de deux surveillants.

Selon le chef de brigade de surveillance , Traoré Fousseynou , les infractions les plus graves sont surtout le braconnage des oiseaux et des lièvres, la coupe abusive des arbres , l’utilisation des momo filaments , …etc. A chaque fin du mois , le chef de brigade fournit un rapport mensuel et les patrouilles effectuées dans le mois sont enregistrées dans une fiche dont les résultats sont analysés et enregistrés dans la base de données à Nouakchott. Aussi quand il y’a une infraction le malfaiteur est saisit et c’est la gendarmerie qui dresse le procès -verbal. Seulement selon le chef de brigade de « surveillance » ce qu’il y’a à craindre le plus cette année ce sont les feux de brousse qui peuvent s’avérer catastrophique pour la biodiversité. Ce pendant une sensibilisation a été entamé au prés des éleveurs transhumais et la population locale pour éviter les feux de brousse et la coupe abusive des arbres.
La surveillance est toujours une activité de grande importance et doit continuer à faire preuve de vigilance , si le niveau d’infraction constatées est peut élevé , il est probable que la dissuasion joue rôle important. Par ailleurs vu l’insuffisance de personnel, eu eguard à la superficie à couvrir, l’effectif doit être renforcé. Les surveillants doivent être assermentés (ainsi que le reste du personnel) et armés pour leur sécurité. Bénéficier d’une formation soutenue et adéquate pour les surveillants. Renforcer les moyens de transport , assurer la réparation et le renouvellement des moyens existants ( véhicules, quads) . En fin augmenter le nombre de postes de surveillance.
WACA Mauritanie et la protection du littoral mauritanien.
L’objectif ‘de développement du projet WACA Mauritanie est d’améliorer la gestion des risques naturels et anthropiques communs, en intégrant le changement climatique, affectant les communautés et les zones côtières de la région d’Afrique de l’ouest . Il ambitionne pour l’essentiel la réalisation de projets d’investissements dans le but d’aider la Mauritanie à harmoniser la gestion des infrastructures et des ressources naturelles afin d’accroitre leur résilience au changement climatique en général et à l’érosion côtière et aux inondations en particulier.
Les objectifs particuliers de WACA Mauritanie, sont notamment la détermination des menaces qui pèsent sur les habitants , les écosystèmes et les actifs économiques du littoral ; La gestion des sols et aménagement du territoire , infrastructures et gestion des habitants naturels, lutte contre la pollution entre autres .
Rappelons que le programme WACA ( west Africa Coastal) a été établi en réponse à la demande des pays de recevoir une assistance de la Banque mondiale pour les aider dans la gestion de leurs zones côtières en Afrique de l’ouest, en particulier sur leurs problèmes d’érosion côtière et d’inondation. Dans le cadre du programme , le projet régional d’investissement WACA sur la résilience des zones côtières en Afrique de l’ouest apportera un financement à 6 pays ( Benin, Cote d’ivoire, Mauritanie, Sao Tomé et principe, Sénégal et Togo) pour la mise en œuvre d’actions nationales en matière de politique côtière, d’investissement pour des solutions vertes, grises ou hybrides , ainsi que les interventions régionales nécessaires pour gérer de manière durable les zones côtières de l’Afrique de l’Ouest.