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Mauritanie – Éviter la contagion « sahélienne », préserver les équilibres

Géographiquement située entre le Sahel et le Maghreb, la Mauritanie, pays aux héritages afro-arabes, fait figure de pôle de stabilité dans une région soumise à de très fortes tensions. Bechar Benmoumen, consultant, analyse les forces et faiblesses de la stratégie politique d’équilibre déployée par Nouakchott.

À l’échelle africaine, la République islamique de Mauritanie demeure un angle mort de l’analyse stratégique. Non par manque d’enjeux, mais parce qu’elle échappe aux catégories dominantes. Coincée entre un Sahel central réduit à ses crises sécuritaires et un Maghreb prisonnier de ses divisions, elle est le plus souvent perçue comme une périphérie, rarement pensée comme un centre de gravité. Or, dans le prolongement des réflexions du philosophe Souleymane Bachir Diagne, ce découpage entre Maghreb et Afrique dite subsaharienne apparaît moins comme une évidence historique que comme un héritage intellectuel insuffisamment interrogé. S’il est un pays qui en révèle les limites, c’est précisément la Mauritanie : par ses continuités saharo-sahéliennes, ses héritages afro-arabes imbriqués et sa trajectoire politique singulière, elle met en défaut ce partage. Loin d’un simple entre-deux, elle constitue un point de tension analytique, où se lisent les impensés persistants de la cartographie africaine.

Dans une Afrique de l’Ouest marquée par la recrudescence des coups d’État, la Mauritanie fait figure d’îlot de stabilité, le pays n’ayant connu aucune rupture institutionnelle depuis 2008. Elle a réussi, en 2019, une transition présidentielle pacifique avec l’arrivée au pouvoir de Mohamed Ould Ghazouani, là où nombre de ses voisins s’enfonçaient dans l’incertitude. De la même manière, alors que l’Afrique de l’Ouest a enregistré plus de 450 attaques terroristes en 2025, causant près de 1900 morts, le territoire mauritanien n’a pas connu d’attentats djihadistes majeurs depuis 2011. Dans un environnement régional chaotique, Nouakchott s’est illustrée par une étonnante résilience.

Cette stabilité n’est pourtant ni le produit d’une abondance de ressources ni celui d’un parapluie sécuritaire occidental massif. Elle s’est construite sans dispositifs militaires étrangers comparables à ceux déployés ailleurs au Sahel, sans institutions surdimensionnées, sans économie de rente capable d’acheter durablement la paix sociale. Elle repose sur une combinaison plus subtile : anticipation, gestion fine des équilibres internes, diplomatie d’équidistance. Une stabilité paradoxale, fragile par nature, mais suffisamment robuste pour résister, jusqu’ici, aux secousses régionales.

La géographie et la démographie accentuent encore cette singularité. Située à l’ouest du continent africain, à la charnière du Sahara et du Sahel, la Mauritanie s’étend sur plus d’un million de kilomètres carrés pour une population de moins de cinq millions d’habitants. Le « pays des mille poètes » dispose par ailleurs de près de 720 kilomètres de côtes atlantiques et de frontières longues et poreuses, dépourvues de véritables barrières naturelles. Cette configuration territoriale en fait un carrefour, autant qu’un espace d’exposition permanente aux crises. Effondrement sécuritaire au Sahel, montée en puissance de nouveaux régimes militaires, affirmation d’influences et d’ingérences extérieures concurrentes : les lignes bougent autour d’elle, parfois brutalement. Reste à savoir si cet environnement mouvant renforcera la position mauritanienne ou s’il finira par fragiliser les équilibres patiemment construits.

C’est à cette tension que s’intéressent ces quelques pages. Partons d’un constat simple : la stabilité mauritanienne n’est pas un accident. C’est une stratégie façonnée par la contrainte. Mais comme toute stratégie fondée d’équilibre, elle reste exposée.

Bechar Benmoumen

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Le Dialogue national :un projet pour l’avenir qui doit nécessairement réussir

Le dialogue national lancé par le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est avant tout ,comme l’a déjà dit un homme politique nationale »un projet pour l’avenir de la Mauritanie et non un terrain d’affrontements politiques » et à juste titre « au lieu de spéculer sur un éventuel troisième mandat,nous devons insister sur la nécessité de recentrer la discussion sur la stabilité, la cohésion sociale et le renforcement de l’État de droit ».Le président a récemment multiplié les gestes d’apaisement, assurant aux partis de l’opposition réunis le 8 janvier 2026 sa détermination à aller au bout du processus et en se montrant réceptif à nombre de leurs préoccupations. Il a également clairement écarté les rumeurs sur un éventuel troisième mandat, cherchant à recentrer les discussions sur les réformes.

Cependant, des lignes rouges et des sujets historiquement conflictuels persistent dont notamment le traitement du passif humanitaire (exactions de 1986-1991), l’esclavage et ses séquelles, la place des langues nationales et la réforme électorale restent très controversés.

Mais comme le souligne le rapport du coordinateur Moussa Fall, la stabilité du pays, bien que réelle, ne doit pas masquer les facteurs de fragilité persistants. Pour éviter un nouvel échec, le dialogue doit impérativement être suivi d’actes concrets et mesurables. Sa crédibilité ne sera jugée qu’à l’aune des réformes adoptées et appliquées.

Un échec ou des résultats purement cosmétiques risqueraient de creuser davantage le fossé politique et de menacer la stabilité à long terme du pays.

Nous devons tous avoir pour seul et unique objectif la réussite de ce dialogue

La réussite du dialogue devenant l’objectif unique et partagé est la seule voie pour transformer cet exercice en un levier de progrès durable pour la Mauritanie. Atteindre ce but nécessite une stratégie claire qui dépasse les postures pour se concentrer sur des résultats tangibles.

Les fondations de la Réussite sont à tirer des leçons du Passé.

Pour que ce sixième dialogue national ne répète pas les échecs des précédents, il doit impérativement s’adosser à trois principes fondamentaux dont le premier est deja acquis celui de l’engagement irréversible des plus hautes autorités en effet le président Ghazouani s’est engager personnellement et publiquement à mettre en œuvre les conclusions du dialogue.

Le deuxième Principe est la méthode qui doit etre transparente et inclusive en ce sens que la feuille de route doit être co-construite et accepter d’aborder tous les sujets, y compris les questions historiques et identitaires sensibles, sans les écarter au nom de la « stabilité ».

Enfin un mécanisme de suivi indépendant et contraignant doit être miss en place par la création d’un organe de surveillance reconnu par toutes les parties pour suivre l’application des décisions.

La réussite de ce dialogue ne se mesurera pas à la tenue des assises, mais aux lois qui seront changées, aux institutions qui seront renforcées et à la confiance qui sera restaurée entre les Mauritaniens et leur pays. C’est la garantie que les conclusions ne resteront pas lettre morte.C’est aussi un investissement nécessaire pour une stabilité durable.

Ahmed Bezeid Deida

De la constitutionalisation des Coups d’État au troisième mandat ou l’art de se maintenir au pouvoir en Afrique.

La fragilité des processus démocratiques face à la tendance des dirigeants africains à prolonger leur pouvoir au-delà des limites constitutionnelles montre la précarité de la stabilité de nos pays et de nos institutions.La nouvelle trouvaille du maintien au pouvoir est la constitutionalisation des coups d’État comme cela fut le cas dans plusieurs pays africains.Une stratégie où un pouvoir, souvent issu d’un coup de force militaire ou d’un affaiblissement des institutions, organise ensuite des élections biaisées pour se parer d’une légitimité démocratique.Ces élections sont souvent caractérisées par l’utilisation des ressources de l’État, la partialité des commissions électorales, l’intimidation des opposants et des médias et parfois des fraudes directes.

Le but est de faire accepter, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur une transition « légale » d’un régime né de la combinaison de la violence initiale (coup d’État) et d’une légitimation factice par les urnes qui crée un hybride autoritaire qui est difficile à déloger.

Un syndrome politique qui mine la crédibilité de nos démocraties .

D’un autre côté,le « troisième mandat » est devenu pour certains le symbole de l’acharnement au pouvoir. Les constitutions de nombreux pays prévoyaient initialement des limites (souvent deux mandats) pour assurer l’alternance.Mais la manipulation des institutions pour modifier ou réinterpréter la constitution et permettre à un président sortant de se représenter est devenue une tactique courante.

L’opportunisme de certains dévient un creuset pour la réflexion et l’exégèse justifiant souvent le maintien au pouvoir par la nécessité de poursuivre des projets de développement ou d’éviter le chaos, un discours qui peut trouver un certain écho dans des populations fatiguées par l’instabilité et préoccupées par leur quotidien.

Face à cela , la communauté internationale continue de jouer un rôle ambiguë avec souvent des condamnations sélectives et basées sur des intérêts géostratégiques ou économiques, affaiblissant les normes démocratiques dans les pays.

Des démocraties qui restent »en sursis » car constamment menacées, suspendues ou taillées sur mesure et non encore consolidées dont les institutions demeurent faibles face à un exécutif auquel au fil du temps, elles lui deviennent inféodées .

Mais heureusement que des résistances citoyennes fortes dans plusieurs pays africains se mobilisent, parfois avec succès, contre les tentatives de tripatouillage constitutionnel.

Le défi est de renforcer les contre-pouvoirs indépendants comme la justice, les médias et la société civile mais aussi en parallèle de construire des institutions réellement impartiales et de faire pression pour que les constitutions et leurs limites soient respectées.

L’enjeu est de passer d’une démocratie de façade, constamment « en sursis », à une démocratie vivante où l’alternance est acceptée comme une norme saine de la vie politique.

Ahmed Bezeid Deida

Mauritanie : les loups de la majorité jettent les filets du 3ème mandat

Alors que le mauritanien lambda continue à tirer le diable par la queue, certains privilégiés du système et autres laudateurs de tout acabit sont montés au créneau ces derniers jours pour mettre en scelle la question récurrente d’un éventuel 3ème mandat du président Ghazouani qui, face au verrouillage de la constitution ne pourrait être possible qu’à travers un coup d’état constitutionnel, une éventualité très dangereuse pour le pays.

Ces pêcheurs en eau trouble feraient mieux d’apporter un coup de main au président dont la mise en œuvre de l’ambitieux programme « Mon ambition pour la patrie » bat de l’aile malgré les déclarations très optimistes et le bilan de l’action gouvernementale, alléchant sur le papier, présenté récemment par le premier ministre devant le parlement.

Des avancées ont été enregistrées certes çà et là mais le gap demeure profond au niveau des secteurs clés, notamment en ce qui concerne les sévices sociaux de base, les infrastructures en général et l’amélioration du cadre de vie.

Au niveau du panier de la ménagère aussi, le déficit se fait de plus en plus sentir du fait de la stagnation des salaires, de l’appauvrissement continue de la classe moyenne, de la hausse des prix, de l’augmentation du chômage ; de la montée en flèche du banditisme et de l’insécurité urbaine et de la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs.

Par ailleurs, le grand chantier de l’école républicaine a été sabordé du fait d’une gestion chaotique du système éducatif qui, non seulement ne dispose pas des fonds suffisants pour mener cet ambitieux projet, mais qui fait face à un mauvais pilotage et à un déficit flagrant de compétences au niveau des postes de responsabilité où le critère politique prend le dessus sur celui de la compétence.

C’est dire donc que le président Ghazouani qui entame le virage décisif de son dernier mandat a plus que jamais besoin d’une union sacrée de sa majorité disparate et intéressée afin de relever ces grands défis, plutôt que d’une campagne hasardeuse et infructueuse qui prône un hypothétique 3ème mandat.

Curieusement c’est un ambassadeur en poste dans un pays du Golfe qui a relancé cette polémique sur le 3ème mandat.

En effet, Mohamed Ould Babana, ambassadeur de la Mauritanie au Qatar, avait déclaré hier lors d’un discours à l’occasion du lancement du festival de la commune de Ghabra, relevant de la moughataa de Barkéol dans la région de l’Assaba, que « le peuple a le droit de déterminer les fondements de son système démocratique en fonction de sa réalité, sans tutelle ni terrorisme intellectuel et politique. »

Comprendra qui pourra! Cette déclaration énigmatique qui fait allusion à un changement constitutionnel a suscité de vives réactions dans les milieux politiques. Si au niveau des partis de l’opposition les réactions s’inscrivent en faux contre la déclaration, au niveau des soutiens du président Ghazouani, certains en font leurs choux gras et battent littéralement campagne pour elle.

Après cette déclaration polémique, l’ambassadeur a voulu se rétracter mais la balle était déjà partie et les vrais faux partisans du président, en réalité mus par leurs intérêts égoïstes se sont jetés dans la danse et s’en donnent à cœur joie, quitte à mettre à mal le président de la République qui officiellement n’a mandaté personne pour parler en son nom.

De ce fait, cette campagne pour le 3ème mandat qui a eu un effet boule de neige et qui ne pourrait avoir aucune base légale s’éteindra indubitablement comme un feu follet.

 

Bakari Gueye

 

L’opportunisme ou le formatage de l’autonomie de la pensée.

Une classe intellectuelle qui soutient systématiquement tous les régimes en place et œuvre à leur pérennisation inconditionnelle pose plusieurs problèmes quant à sa fiabilité et son rôle dans l’éveil des consciences.
Le rôle traditionnel de l’intellectuel est d’offrir un regard autonome, d’analyser, de critiquer et de proposer des alternatives. Un soutien systématique signe souvent la fin de cette indépendance.
Elle risque de devenir un instrument de légitimation du pouvoir, fournissant une justification idéologique ou « savante » à ses actions, quelles qu’elles soient. Sa fiabilité comme source de vérité ou d’analyse objective est alors fortement compromise.L’éveil des consciences suppose de questionner les dogmes, les abus de pouvoir et les inégalités. Une intelligentsia alignée tend plutôt à formater les consciences pour qu’elles adhèrent à la doctrine officielle, non à les éveiller.

Une telle classe peut être « fiable » du point de vue du pouvoir qu’elle sert, mais pas du point de vue de la recherche de la vérité, de la justice sociale ou de l’autonomie de la pensée.

Une classe intellectuelle qui se définit par son alignement inconditionnel sur le pouvoir en place abdique son rôle critique et d’éveilleur de consciences. Elle peut jouer un rôle dans la stabilisation idéologique d’un régime, dans la formation technique des cadres, ou dans la propagande, mais pas dans l’éveil des consciences au sens d’une pensée libre et émancipatrice.

L’éveil des consciences est plutôt le fait d’intellectuels qui conservent une distance avec le pouvoir, défendent l’autonomie de la pensée et acceptent de payer le prix de cette indépendance. L’histoire montre que les périodes de grand éveil intellectuel coïncident souvent avec des espaces de débat et de contestation relativement ouverts.

Ahmed Bezeid Deida

La Grande puanteur ou quand le débat public se transforme en égout.

Une nausée collective s’est installée. Elle ne vient ni d’une crise sanitaire, ni d’une pollution industrielle ni d’un égout a ciel ouvert mais d’une contamination bien plus insidieuse : celle de la parole publique. Le débat politique, autrefois conçu comme l’agora où s’affine la chose commune, s’apparente désormais à un égout à ciel ouvert où circulent en flux continu insultes, accusations infondées et passions malsaines. L’air est devenu irrespirable et beaucoup ont le sentiment de suffoquer, écœurés au point de se détourner. Comment en sommes-nous arrivés là ? et surtout, comment sortir de cette asphyxie démocratique toxique ?

Les réseaux sociaux, optimisés pour l’engagement émotionnel, agissent comme le collecteur principal. L’insulte, la simplification outrancière et l’accusation ad hominem y génèrent un trafic intense. Ce contenu, conçu pour le clash, déborde ensuite dans l’espace médiatique traditionnel. Les sites d’information, les pages personnelles en quête d’audience, deviennent alors des chambres d’écho de cette violence verbale, légitimant par leur exposition ce qui n’était au départ qu’un cri numérique.
Si une déclaration polémique est lancée elle est immédiatement reprise, décortiquée, surinterprétée par les médias affiliés, partagée des milliers de fois, avant d’être brandie par l’adversaire comme preuve de la malveillance de son auteur. La phrase, vidée de son contexte, devient un étendard ou un chiffon rouge. La vérité des faits se noie dans le flux des réactions. Tel un monstre l’affaire se nourrit d’elle-même jusqu’à épuisement, laissant derrière elle un dépôt de méfiance et de cynisme.
Dans cette atmosphère saturée d’éthylène de la colère, les sujets complexes s’évaporent.
Cette pollution n’est pas un accident. Elle est le produit de logiques convergentes ,en effet dans un marché saturé d’informations, l’insulte, la peur et la colère sont des produits à haute valeur audimatique. Elles captent le regard plus sûrement qu’une analyse mesurée. Une partie des médias et de la classe politique a ainsi fait un pacte faustien avec le spectacle de la division.
Pour une partie des acteurs politiques, cette « puanteur » est un outil délibéré
et pour une partie des médias un revenu financier. En diabolisant l’adversaire, en alimentant un récit de trahison des élites ou de menace existentielle, on mobilise une base électorale par la passion bien plus efficacement que par le programme. Le but n’est pas de convaincre l’autre, mais de radicaliser le sien.
Le débat public vit désormais au rythme du « temps réel » des réseaux sociaux . La retenue, qui implique de se taire pour réfléchir, de laisser mûrir une idée, est perçue comme une faiblesse. Il faut réagir dans l’heure, « marquer un point ».
Mais les conséquences vont bien au-delà d’un simple malaise passager. C’est la santé même de la démocratie qui est atteinte.

Quand le débat public donne envie de vomir, on ferme la fenêtre et l’abstention massive est la traduction politique de cette nausée. Pourquoi participer à un spectacle qui vous révulse ?
La banalisation de la violence verbale prend le dessus quand les représentants nationaux s’accusent publiquement de corruption, de trahison ou de bassesse sans aucune retenue, ils légitiment ce registre dans tout le corps social. L’insulte devient alors un mode normal de dialogue dans les hémicycles et les salles de réunions.
Le compromis disparaît alors la démocratie représentative repose sur l’art du compromis, de la recherche d’un terrain d’entente. Or, dans un climat d’empoisonnement permanent, toute concession est présentée comme une capitulation, tout dialogue avec l’adversaire comme une collusion. Le compromis devient intenable, condamnant la société à l’impuissance ou à l’affrontement.
La tentation autoritaire ressurgit et l’écœurement peut faire naître, dans une partie de l’opinion, une nostalgie pour l’ordre pur, pour un homme ou une femme providentiel qui viendrait « nettoyer » les écuries d’Augias du débat public. Cette solution, séduisante par sa simplicité, est un piège mortel pour les libertés.

L’assainissement est possible, mais il exige une prise de conscience et une action collective.

Il faut refuser d’être un canal pour les poisons. Avant de partager une insulte, de relayer une accusation non vérifiée, s’arrêter. Choisir de s’informer auprès de sources qui privilégient la vérification des faits (fact-checking) et l’analyse contextuelle. Désintoxiquer son fil d’actualité, c’est le premier geste sanitaire ensuite valoriser les contre-espaces car l’égout médiatique n’est pas tout le pays. Il existe encore des lieux où le débat substantiel, respectueux et constructif se pratique. Les soutenir, y participer, c’est recréer des oasis de la parole saine.
En tant que citoyens, téléspectateurs, lecteurs, nous avons un pouvoir : celui de l’exigence. Écrire à un média pour dénoncer un traitement sensationnaliste, interpeller un élu sur la tenue de ses propos, récompenser par son attention les discours de fond, sont des actes politiques de résistance. Nous devons résister. Résistons!

La grande puanteur du débat public n’est pas une fatalité. C’est le symptôme d’une démocratie fatiguée, instrumentalisée par les logiques du spectacle ,de la division et du mercantilisme. Mais une démocratie, aussi malade soit-elle, conserve en elle les anticorps nécessaires à sa guérison : la raison, l’exigence de vérité et le respect tenace de l’autre. C’est à nous, citoyens, de les réactiver. Avant que l’écœurement ne nous fasse tout simplement fermer les yeux.

Deida Ahmed Bezeid

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