par Webmaster | 6 02 26 | Actualitès, Environnement, santé, Sociétés

L’histoire des relations entre l’Europe et l’Afrique est marquée par une transition des plus sombres : de l’extraction de richesses naturelles et humaines pendant la période coloniale, on est passé à une nouvelle forme de domination, celle de l’exportation massive de déchets. Le continent, déjà aux prises avec ses propres défis de gestion, se voit confronté à l’héritage toxique de la surconsommation des pays industrialisés.
Le phénomène a été baptisé « colonialisme des déchets » par les observateurs et les ONG, une expression qui résume la dynamique selon laquelle les pays riches externalisent vers des régions moins nanties les conséquences environnementales de leur modèle économique.
Le plastique en est le symbole de ce fléau avec une production mondiale de 350 millions de tonnes de déchets plastiques générés chaque année.
L’Union européenne a exporté à elle seule 1,3 million de tonnes de déchets plastiques hors de ses frontières en 2023, dont 75% vers des pays en développement. Un volume qui a augmenté depuis 2021 malgré les promesses de réduction.
l’Afrique est l’une des principaux points de chute de ces exportations.
Un autre fléau des plus graves sont les déchets électroniques, une bombe à retardement pour le Continent.
Des cargaisons illégales de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) sont exportées depuis l’Europe souvent dissimulés sous couvert de dons ou d’équipements d’occasion. Cette accumulation entraîne une crise environnementale et sanitaire grave et avec un taux de recyclage inférieur à 1% l’Afrique devrait générer 72 millions de tonnes de déchets électroniques d’ici 2030.
Le Ghana est une cible privilégiée où dans la décharge d’Agbogbloshie, près d’Accra, environ 70% du matériel importé finit par être brûlé à ciel ouvert pour en extraire les métaux, libérant des fumées toxiques.
Les sols de ces sites sont contaminés par des métaux lourds à des niveaux jusqu’à cent fois supérieurs aux limites autorisées.
L’arrivée de ces déchets, souvent de mauvaise qualité et difficiles à recycler, a des répercussions directes et dramatiques.D’abord pour la santé humaine où les populations vivant à proximité des sites de traitement sont exposées à des fumées toxiques, des poussières et des microplastiques qui polluent l’air et l’eau. Les travailleurs précaires, parfois mineurs, manipulent ces déchets sans aucune protection.Ensuite pour l’environnement car les décharges à ciel ouvert avec des milliers de tonnes souillent les capitales africaines, de Dakar à Nairobi, polluant les sols et les nappes phréatiques.Par ailleurs ,les déchets plastiques et textiles finissent dans les océans, étouffant la vie marine et entraînant la formation d’amas dérivants qui entravent la pêche artisanale.
Même le bétail n’est pas épargné.Au Niger, des bergers dénoncent la mort lente de leurs animaux, qui broutent une herbe mêlée de plastique.
La réponse africaine à ce fléau est contrastée parceque tiraillée entre l’urgence environnementale et les considérations économiques immédiates.
Lors des négociations pour un traité international contre la pollution plastique, le groupe africain a porté une voix commune pour un accord ambitieux et juridiquement contraignant, défendant le principe de « responsabilités communes mais différenciées ».
Chacun réagit à sa façon.Le Rwanda est cité en exemple de leader dans la lutte, avec des initiatives de transformation des plastiques en matériaux de construction. Le Kenya et le Sénégal tentent de durcir leur législation.
Des projets locaux émergent, comme au Nigeria où des parents peuvent payer les frais de scolarité avec des bouteilles plastiques collectées ou en Côte d’Ivoire où une usine recycle le plastique en briques pour construire des écoles.
Cependant de nombreux États africains peinent à appliquer leurs propres lois, par manque de capacités de contrôle ou de volonté politique.
Certins hésitent, car l’industrie du plastique et de l’importation de déchets représente une source d’emplois et de revenus.
Après avoir puisé dans les ressources de l’Afrique, l’Europe et d’autres pays industrialisés y exportent désormais leurs externalités négatives. Si la nouvelle réglementation européenne,tandant à interdir l’exportation de leurs déchets marque un premier pas nécessaire, elle ne suffira pas à inverser la tendance tant qu’elle laissera des portes ouvertes et que la logique économique du « moins-disant environnemental » prévaudra.
L’espoir réside plutôt dans une double dynamique : une application stricte et élargie du principe de proximité (traiter ses déchets chez soi) par les pays riches, couplée à un renforcement des capacités et une unité politique des pays africains pour refuser d’être la « poubelle du monde » et développer une économie circulaire adaptée à leurs besoins et à leur environnement.
par Webmaster | 5 02 26 | Actualitès, santé, Sociétés

L’UNICEF et l’Assemblée nationale de Mauritanie ont procédé hier mercredi 4 février 2026, à la signature d’un accord-cadre de coopération visant à structurer et renforcer leur collaboration autour des priorités nationales en faveur des enfants et des adolescents.
« Ce partenariat avec l’Assemblée nationale traduit une volonté commune de renforcer l’ancrage des droits de l’enfant au cœur des processus législatifs et budgétaires. Il s’inscrit dans une dynamique d’accompagnement durable des efforts nationaux en faveur d’investissements sociaux plus efficaces et mieux ciblés au bénéfice des enfants et des adolescents », a déclaré le Représentant de l’UNICEF en Mauritanie, Monsieur El Kebir Mdarhri El Alaoui.
Cet accord marque une étape importante dans l’institutionnalisation d’un partenariat de long terme, axé sur l’appui au rôle législatif, budgétaire et de contrôle du Parlement dans les secteurs sociaux clés.
Le partenariat s’articulera notamment autour des priorités suivantes :
Appui au rôle parlementaire en matière d’investissements sociaux et promotion de la budgétisation sensible aux enfants ;
Renforcement des capacités des commissions parlementaires clés, notamment dans les domaines des finances, des affaires sociales, des droits de l’enfant et de l’inclusion ;
Alignement du cadre législatif avec les engagements internationaux relatifs aux droits de l’enfant ;
Dialogue institutionnel, suivi et redevabilité en matière de politiques publiques et de services sociaux ;
Promotion de la participation des enfants et des jeunes dans les processus de consultation et de dialogue liés aux politiques publiques.
« Au nom de l’Assemblée nationale, et au nom des enfants de Mauritanie, nous remercions l’UNICEF pour cette collaboration. Nous travaillerons ensemble afin que ce partenariat se traduise par un impact visible et durable au profit de chaque enfant de notre pays », a souligné Sidna Sokhna, Vice-Président de l’Assemblée nationale.
À la suite de la signature de cet accord-cadre, les parties mettront en place un comité technique dédié chargé de conduire l’élaboration conjointe d’un plan de travail biennal (2026–2027), afin de traduire les orientations stratégiques du partenariat en priorités opérationnelles et en cadres d’action structurés

par Webmaster | 5 02 26 | Actualitès, Sociétés, Sports

Le vice-ministre auprès du Président, Octavio Caraballo, effectuera une visite de trois jours en Mauritanie à la mi-février afin de s’informer de l’avancement de deux projets lancés par le gouvernement des îles Canaries : le Pôle Mode Mauritanie et l’initiative « Ballon de l’Espoir », pour lesquels la phase de formation a déjà débuté.
Grâce à ces initiatives, la communauté autonome entend contribuer au développement et à l’intégration sociale des populations vulnérables de ce pays africain, renforcer le sentiment d’appartenance des jeunes et, simultanément, freiner l’émigration.
Caraballo, accompagné du directeur général des relations avec l’Afrique, Luis Padilla, et de représentants de l’équipe du Laboratoire des îles responsables (IRLab), souligne que ce voyage témoigne de l’intérêt du gouvernement des îles Canaries pour la Mauritanie, d’où partent de nombreuses embarcations qui desservent l’archipel. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie du gouvernement régional visant à renforcer et à dynamiser ses relations avec tous les pays et régions de la zone géopolitique de l’archipel.
Le vice-ministre explique que, « à l’instar de Tierra Firme, un projet déjà mis en place dans plusieurs pays africains pour former les jeunes, ces initiatives ont pour objectif d’offrir des alternatives et des perspectives d’emploi, notamment aux femmes », contribuant ainsi à la croissance économique et à l’avenir du pays. Il réaffirme que ces personnes « peuvent désormais choisir de rester chez elles et de ne pas risquer leur vie en embarquant sur une petite embarcation », tout en valorisant les talents présents dans ces pays et qui « se perdent souvent faute de formation ».
La délégation des îles Canaries s’informera des progrès du projet de développement de l’industrie textile, lancé officiellement en octobre dernier à Nouakchott et qui rassemble déjà 45 créatrices.
Soutenu par le gouvernement des îles Canaries et la Fondation mauritanienne des îles Canaries pour le développement économique et social (FCM), le Cluster de la mode mauritanienne valorise le talent, la culture et les ressources textiles et artisanales du pays. Par ailleurs, l’équipe IRLab Agenda 2030 collabore avec diverses organisations et entreprises de l’archipel désireuses de s’associer au projet, en fournissant du matériel et des formations aux femmes qui y participent. À cette fin, elles ont reçu 21 ordinateurs offerts par le gouvernement des îles Canaries, acheminés en Mauritanie par conteneur en décembre dernier, accompagnés de matériel sportif et médical.
Un défilé de mode sera organisé en juillet afin de permettre aux créatrices de présenter leur talent et de vendre leurs créations.
Balle de l’Espoir
Le Pôle Mode et l’initiative « Ballon de l’Espoir » ont pour objectif de contribuer à l’intégration sociale des jeunes Mauritaniens, d’où l’agenda du voyage du vice-ministre auprès du Président, Octavio Caraballo visant à assister au lancement de la formation des jeunes participant à Balle de l’Espoir, un tournoi de football organisé dans les quartiers les plus défavorisés de Nouakchott, la capitale mauritanienne. Ce projet est coordonné par la Fondation canaro-mauritanienne pour le développement économique et social, la Fédération mauritanienne de football (FFRIM) et le ministère mauritanien de la Jeunesse, des Sports et des Affaires sociales. Il bénéficie du soutien du vice-ministre auprès du président du gouvernement des îles Canaries, Octavio Caraballo.
Cette initiative vise à utiliser le football comme outil d’inclusion et de transformation des vies par le sport, en offrant des opportunités aux jeunes de 18 à 25 ans, en favorisant leur intégration sociale et en luttant contre l’exode rural. Elle a également pour ambition de renforcer la cohésion sociale, de réduire la marginalisation et de promouvoir des modèles positifs dans ces quartiers.
Ainsi, 2 500 enfants pourront débuter leur entraînement grâce à du matériel offert par la Fondation du Club Sportif de Tenerife, la Fondation de l’Union Sportive de Tenerife Costa Adeje et la Fondation de la Fédération Inter-Îles de Football de Las Palmas. La Fédération Mauritanie assurera la formation technique, et un championnat sera ensuite organisé. Ce championnat sera structuré en trois zones et réunira neuf équipes composées de jeunes espoirs mauritaniens. Le projet comprend également une formation à l’organisation et à l’arbitrage pour les filles.
En décembre dernier, un conteneur de matériel sportif et éducatif a été expédié des îles Canaries pour ces initiatives, rappelle-t-on.
Relations entre les îles Canaries et la Mauritanie
Les îles Canaries entretiennent des relations étroites avec la Mauritanie, axées sur la coopération au développement, les migrations, le commerce et la formation. L’archipel est d’ailleurs le territoire espagnol qui exporte le plus vers ce pays africain, qui est son principal partenaire commercial en Afrique. En 2024, le total des exportations des îles Canaries vers la Mauritanie a dépassé 75 millions d’euros. Près de 350 entreprises canariennes exportent vers ce pays.
Parmi ces entreprises, plus de 75 sont des exportateurs réguliers.
Outre leurs exportations, près de 60 entreprises des îles Canaries opèrent régulièrement en Mauritanie. Elles sont actives dans les secteurs de l’import-export, du conseil, du commerce, du transport, de la pêche, des matériaux de construction, des services, de la restauration, de l’agroalimentaire et de l’ingénierie.
Les chambres de commerce des deux côtés de l’Atlantique ont également identifié un important potentiel commercial dans ce pays africain, notamment dans des secteurs tels que l’agriculture, l’économie bleue, les carburants, les énergies renouvelables, la formation et la santé.
L’excellente desserte aérienne entre les îles Canaries et la Mauritanie explique en partie la solidité des relations, en particulier commerciales, entre les deux pays. On estime à quelque 20 000 le nombre de Mauritaniens qui se rendent régulièrement dans les îles, y séjournant entre cinq et sept jours pour faire leurs achats ou accéder aux services de santé. Plus de 5 000 Mauritaniens résident aux îles Canaries.

par Webmaster | 4 02 26 | Actualitès, Justice, Sociétés

Le Tribunal administratif supérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a levé l’interdiction d’entrée sur le territoire allemand qui pesait sur Mohamedou Ould Slahi. Cet ancien détenu de Guantanamo est autorisé à rentrer en Allemagne. Quels sont les motifs de cette décision ?
L’histoire de Mohamedou Ould Slahi, portée à l’écran dans un film hollywoodien intitulé « Le Mauritanien », est autorisée à rentrer en Allemagne. Cette décision a été prise par le Tribunal administratif supérieur (OVG) de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (arrêt du 2 février 2026, affaire n° 18 A 109/24). Mohamedou Ould Slahi a été emprisonné pendant 14 ans au camp de détention américain de Guantanamo pour ses liens présumés avec le réseau terroriste Al-Qaïda.
Originaire de Mauritanie, M. Slahi a étudié le génie électrique en Allemagne jusqu’en 1995, année où il a obtenu son diplôme. Il avait initialement reçu l’ordre de quitter l’Allemagne fin 2000 après avoir été condamné pour fraude aux prestations sociales. Il a été expulsé de son pays natal, la Mauritanie, vers la Jordanie en 2002, puis transféré en Afghanistan. Arrêté, il a été détenu à Guantanamo de 2002 à 2016. Selon son témoignage, il a subi de graves mauvais traitements et des tortures dans le camp. Les États-Unis souhaitaient obtenir de lui des informations sur des groupes terroristes après les attentats du 11 septembre 2001.
En vertu de la loi en vigueur à l’époque, son expulsion d’Allemagne entraînait une interdiction d’entrée et de séjour à durée indéterminée. En 2020, il a demandé à la ville de Duisbourg une limitation de la durée de cette interdiction. La ville lui a alors imposé une nouvelle interdiction de 20 ans, invoquant ce qu’elle considérait comme une menace terroriste persistante.
Le tribunal administratif de Düsseldorf avait déjà jugé en 2023 que cette interdiction de 20 ans était injustifiée. Il avait estimé qu’il était irrecevable de justifier rétroactivement cette interdiction par une menace terroriste. Au moment de l’imposition de l’interdiction d’entrée, le seul chef d’accusation retenu était la fraude aux prestations sociales, qui, en vertu de la nouvelle loi, ne justifie qu’une interdiction d’entrée d’une durée maximale de cinq ans.
L’interdiction d’entrée et de séjour a expiré.
La 18e chambre de la Cour administrative supérieure (OVG) a confirmé cette décision, mais pour un motif différent.
Au cours de la procédure d’appel, M. Slahi a acquis la nationalité néerlandaise et est ainsi devenu citoyen de l’Union européenne. L’interdiction d’entrée et de séjour fondée sur la fraude aux prestations sociales a donc été levée.
La disposition transitoire de la loi sur le séjour des étrangers (AufenthG), en vigueur depuis 2005 et qui garantit le maintien en vigueur des interdictions d’entrée et de séjour prononcées en vertu de l’ancienne loi (Foreigners Act 1990), comme dans le cas présent, n’est plus applicable au requérant, citoyen de l’UE bénéficiant de la libre circulation, depuis la loi de février 2024 relative à l’amélioration du rapatriement.
La menace terroriste demeure.
La question de savoir si le requérant représente actuellement une menace terroriste pour la République fédérale d’Allemagne, comme l’affirme la ville de Duisbourg, n’était pas pertinente lors de la procédure d’appel, selon la Cour administrative supérieure (OVG). La Cour a également laissé ouverte la question de savoir si une future décision concernant la perte de la liberté de circulation au sein de l’UE et une nouvelle interdiction d’entrée et de séjour pourraient être fondées sur une telle menace.
Les autorités évaluent différemment la menace terroriste que représente Slahi. La ville de Duisbourg a fondé son interdiction d’entrée renouvelée sur des informations du département de la Justice des États-Unis. Le tribunal administratif de Düsseldorf, quant à lui, a obtenu des informations de l’Office fédéral de police criminelle (BKA) indiquant que l’homme ne représente aucune menace. Le BKA ne dispose d’aucune preuve que l’homme ait continué à diffuser des idéologies islamistes internationales depuis sa libération, ni qu’il ait été actif au sein de la mouvance islamiste en Allemagne au cours des 20 dernières années.
Slahi est désormais écrivain.
L’affaire Mohamedou Ould Slahi a fait la une des journaux du monde entier. Hollywood a adapté son autobiographie, « Journal de Guantanamo », en un film intitulé « Le Mauritanien ». Sorti en 2021, le film met en scène Jodie Foster dans le rôle d’une avocate spécialisée dans les droits de l’homme et Benedict Cumberbatch dans celui d’un enquêteur. Il a également été diffusé à la télévision allemande.
Selon son avocat, Slahi travaille désormais comme écrivain. Il se rend fréquemment dans de nombreux pays européens pour ses projets, notamment pour recevoir des prix et assister aux premières de ses pièces. Il a des liens familiaux avec la région rhénane. C’est pourquoi son client souhaite être autorisé à rentrer en Allemagne, a déclaré son avocat à l’agence de presse allemande dpa. Le Tribunal administratif supérieur (OVG) n’a pas ordonné sa comparution à l’audience de Münster.
Cette décision n’est pas encore définitive. Compte tenu de l’importance fondamentale de l’affaire, l’OVG a autorisé un pourvoi devant le Tribunal administratif fédéral (BVerwG) de Leipzig.
Traduction assistée de l’allemand
par Webmaster | 4 02 26 | Actualitès, Sociétés

Officiellement aboli dans la quasi-totalité des pays musulmans, l’esclavage en terre d’islam n’est pourtant pas un vestige du passé. Des petits talibés du Sénégal au système de caste ancestral toujours en vigueur en Mauritanie, en passant par les travailleurs immigrés exploités au Moyen-Orient, il perdure au quotidien, profitant de la résignation de victimes le plus souvent invisibilisées.
En juin 2025, près de 120 ans après l’abolition de l’esclavage par l’Espagne, dernier pays européen à adopter cette mesure, l’Arabie saoudite annonçait l’abolition du système de kafala, donnant à l’employeur le pouvoir de refuser à un travailleur migrant la possibilité de quitter le territoire ou simplement de changer de travail. Une véritable mise sous tutelle ouvrant la porte à d’innombrables abus. Cette réforme est censée emboîter le pas au Qatar, qui l’a engagée après les nombreuses polémiques ayant entouré la Coupe du monde de football 2022, durant laquelle la construction des stades s’était faite au prix de l’exploitation — et parfois de la mort par épuisement — d’une abondante main-d’œuvre immigrée. En attendant que les annonces se traduisent concrètement dans les faits, le Moyen-Orient reste la région du monde la plus touchée par le travail forcé. Du Liban à Oman, en passant par l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Émirats arabes unis, le calvaire de milliers d’employées domestiques africaines, notamment Kényanes, a été abondamment documenté.
Bien sûr, ce phénomène existe ailleurs que dans des pays à majorité musulmane, comme en Inde ou en Chine. Mais cette persistance de l’esclavage en terre d’islam, quand il a été aboli depuis longtemps dans les pays de tradition chrétienne soulève plusieurs questions : « Pourquoi les sociétés musulmanes n’ont-elles jamais produit de discours abolitionniste avant l’arrivée des Européens ? Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de Condorcet ou de Lincoln en terre d’islam ? Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de Société des Amis des Noirs, cette société civile qui s’est battue pour mettre fin aux traites négrières ? Ce sont les Français qui ont forcé les Algériens à renoncer au commerce des Noirs en 1848, ce sont les Français qui ont fermé des marchés d’esclaves au Maroc », s’insurge l’essayiste d’origine comorienne Ferghane Azihari.
Les cinq derniers pays à avoir aboli l’esclavage sont le Qatar (1952), l’Arabie saoudite (1962), le Yémen (1962), Oman (1970) et la Mauritanie (1981). Une abolition souvent de façade, destinée à refléter une image de modernité à l’international. La Mauritanie, constitue un cas d’école de cette pratique persistante. « Dans les communautés négro-mauritaniennes — Wolofs, Peuls, Soninkés — subsistent des pratiques esclavagistes sous forme de castes héritées », affirme la sociologue Dieynaba N’Diom. « Il y a aussi les Arabo-berbères qui ont soumis les Haratines à l’esclavage. C’est la forme la plus effroyable et la plus visible aujourd’hui. » Et là encore, « c’est la femme qui souffre le plus, parce qu’elle subit des viols à répétition ». Une discrimination systémique, selon elle, liée à la couleur de peau — « tout Noir mauritanien subit le racisme » — mais aussi à l’influence religieuse : « On a des livres écrits par des grands savants arabes et musulmans qui cautionnent et même parlent de l’esclavage comme étant une pratique qui est partie intégrante de la religion ».
L’anthropologue sénégalais Tidiane N’Diaye s’est longuement épanché sur le sujet dans le journal Le Monde, indigné face aux images de traite de migrants en Libye : « Bien avant les théories raciales européennes du XIXᵉ siècle, existait, un paradigme de l’infériorité de l’homme noir dans le monde arabo-musulman. Le savant Ibn Khaldûn écrivait au XIVᵉ siècle : “ Les seuls peuples à accepter l’esclavage sont les Nègres, en raison d’un degré inférieur d’humanité ; leur place se situe au stade animal. ” C’est ainsi que la castration fut planifiée et massive afin que les Noirs ne fassent pas souche, expliquant leur quasi-disparition en Turquie, au Yémen ou en Irak, et leur présence aujourd’hui très marginale au Maghreb ou en Arabie saoudite. »
De fait, le Coran autorise explicitement l’esclavage. Les quelques versets encourageant une certaine bienveillance n’enlèvent pas aux esclaves leur statut d’objet juridique : « Sont des croyants vertueux ceux qui préservent leur chasteté, sauf avec leurs épouses ou avec celles que possède leur main droite, car alors ils ne sont pas blâmables » (Sourate 23, Al-Mu’minûn, versets 5-6). La religion ne doit pas occulter pour autant la place primordiale de l’économie. L’histoire du royaume de Dahomey, l’ancêtre du Bénin actuel, qui avait fondé sa prospérité sur la capture et la vente d’esclaves rafflés dans les contrées voisines, offre un exemple saisissant d’un système opérant au sein même de l’Afrique noire.
Aujourd’hui au Sénégal, l’esclavage touche des enfants contraints de mendier dans les rues, les petits talibés, soumis à des objectifs chiffrés par leurs maîtres coraniques et souvent victimes de sévices. Au Pakistan, l’histoire d’Iqbal Masih — vendu à quatre ans, évadé à neuf, assassiné à douze ans après avoir dénoncé l’esclavage des enfants — demeure un symbole tragique. D’autant plus que la révolte semble être l’exception. Assimilée depuis l’enfance, la pratique finit par s’ancrer jusque dans les mentalités des victimes elles-mêmes : « Certains esclaves ne veulent pas être libérés. On leur a appris toute leur vie à dépendre d’un maître ; même libérés, ils se sentent perdus et incapables de s’intégrer », explique Dieynaba N’Diom. Pour elle, la lutte à mener est avant tout sociale et culturelle : « Si on veut vraiment abolir l’esclavage de manière optimale, il n’y a pas que les tribunaux et les lois, les personnes doivent être prises en charges et réintégrées ».
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À retenir :
Ce n’est que l’année dernière que l’Arabie Saoudite a annoncé l’abolition de la kafala. Un système engendrant de nombreuses situations d’esclavage moderne.
Dans d’autres pays musulmans comme la Mauritanie, l’esclavage est une réalité intégrée dans le quotidien de la population, malgré une abolition de façade.
Le Coran légitime explicitement cette pratique.
Les premières victimes sont souvent les femmes et les enfants
Par Stanislas Gabaret
La Sélection du Jour
par Webmaster | 4 02 26 | Actualitès, Sociétés

La région de Nouakchott et l’Association internationale des maires francophones, a donné aujourd’hui mercredi 4 février 2026, le coup d’envoi des activités de la troisième édition du symposium international sur les collectivités locales au Sahel au Centre de conférences Mokhtar Ould Daddah de Nouakchott.
Ce symposium organisé sous le thème «Construire la paix par la diplomatie urbaine», vise à renforcer le rôle des associations locales dans la construction de la stabilité et du développement durable au Sahel.
Dans son discours d’ouverture du symposium, prononcé en présence des ministres de la Transformation numérique et de la Modernisation administrative, et de l’Environnement et du Développement durable, le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local M. Yacoub Ould Salem Vall, a souligné l’importance capitale de cette rencontre.
Il s’agit, a-t-il dit, d’un lieu de dialogue et d’échange d’expertise, et une occasion de renforcer la coordination entre tous les acteurs afin d’accélérer le développement local et d’atteindre les objectifs de la décentralisation.
Cette rencontre témoigne d’une volonté collective sincère de transformer les défis complexes auxquels nos pays sont confrontés en opportunités prometteuses, et de faire des contraintes de développement héritées un véritable moteur de progrès, a déclaré quant à elle, la présidente de la Région de Nouakchott, Mme Fatimetou Mint Abdelmaleck.
La paix ne peut être atteinte sans fondements solides, a-t-elle souligné, disant qu’il ne peut y avoir de sécurité durable sans développement global, et aucun développement ne peut être réalisé en l’absence de sécurité.
Ce symposium constitue une occasion importante d’échanger des expériences et des bonnes pratiques, a mis en exergue pour sa part, le président de l’Association des maires de Mauritanie, M. Bamba Ould Daramane.
Par ailleurs, le chef de la délégation de l’Union européenne en Mauritanie, l’ambassadeur Joaquín Tasso Villalonga, a indiqué que l’Union européenne entretient un partenariat stratégique avec l’Association internationale des maires francophones (AIMF) depuis 2015. Ce partenariat vise à renforcer les collectivités locales en tant qu’acteurs clés dans la réalisation des objectifs de développement durable, en particulier dans les zones fragiles.