par Webmaster | 1 03 26 | Tribunes
Le basculement sémantique d’un « droit » ou « devoir d’ingérence » humanitaire, débattu dans les années 1990, vers la réalité crue d’une ingérence unilatérale assumée, marque peut-être l’avènement d’un « nouvel ordre mondial » où la force prime sur le droit. L’opération militaire américaine au Venezuela en janvier 2026 constitue un tournant majeur dans cette évolution .
L’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale, incarné par la Charte des Nations Unies, repose sur un principe fondamental : l’interdiction du recours à la force. La Charte est clair : les États doivent s’abstenir de « recourir à la menace ou à l’emploi de la force […] contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État » . Deux exceptions strictes existent : la légitime défense et une action autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU.
Ce cadre a toujours été mis à l’épreuve, notamment avec les débats sur un « droit d’ingérence » humanitaire dans les années 1990, qui cherchait à justifier des interventions pour protéger des populations en danger, même sans feu vert de l’ONU . La nouveauté radicale de l’opération « Absolute Resolve » au Venezuela est l’abandon pur et simple de cette justification humanitaire. Les responsables américains n’ont pas cherché à habiller leur action d’un vernis juridique. Au contraire, ils ont assumé une logique de puissance brute. Comme l’a déclaré un haut responsable, « nous vivons dans un monde réel […] qui est gouverné par la force » . Le président Trump lui-même a affirmé que la capture de Nicolás Maduro était le produit des « lois de fer qui ont toujours déterminé la puissance mondiale » .
Cette transparence dans l’unilatéralisme est perçue par de nombreux observateurs comme une rupture bien plus grave que les violations passées, car elle ne rend même plus hommage à la règle qu’elle enfreint . Elle acterait le passage d’un monde de règles à un monde où « la légitimité est définie par la capacité militaire plutôt que par le consensus démocratique ou le droit international » .
Cette intervention ne semble pas être un incident isolé, mais plutôt l’expression d’une nouvelle doctrine qui redessine les contours de l’ordre international autour de plusieurs axes.
L’opération au Venezuela est présentée comme l’application concrète du « Trump Corollary » à la doctrine Monroe . Cette vision, officialisée dans la stratégie de sécurité nationale fin 2025, réaffirme l’hémisphère occidental comme une « ligne de front » où les États-Unis entendent projeter leur puissance sans partage, transformant des principes du XIXe siècle en politique active au XXIe siècle .
L’action américaine met en lumière une « exceptionnalité des superpuissances » . Les grandes puissances s’octroient la liberté de réinterpréter ou de suspendre les normes qui contraignent le reste du monde. Ce qui est présenté comme une opération de « police » contre un régime jugé illégitime par Washington pourrait, si cette logique se généralise, servir de précédent à d’autres puissances dans d’autres régions du monde . Cela alimente la perception, surtout au sein des pays du Sud, que l’ordre libéral est appliqué de manière hiérarchique .
En contournant délibérément le Conseil de sécurité de l’ONU, cette intervention accélère la « décentralisation » de l’ONU comme principal lieu de gouvernance de la sécurité mondiale . Le « parapluie » juridique que représentait la souveraineté pour les petits et moyens États semble aujourd’hui bien fragile.
Sommes-nous face à la naissance d’un nouvel ordre, ou à la mort de l’ancien ? La réponse déterminera si le XXIe siècle sera celui du multilatéralisme renouvelé ou celui d’un retour aux compétitions impériales .
L’attaque du Venezuela anticipait avec une exactitude troublante l’attaque contre l’Iran.L »Operation Epic Fury » marque un tournant majeur, confirmant et amplifiant la logique d’unilatéralisme et d’érosion du droit international.On assiste désormais à l’abandon de la diplomatie pour la force brute.En effet l’attaque survient seulement deux jours après l’échec de nouveaux pourparlers à Genève . Des analystes estiment que ces négociations n’étaient qu’un « écran de fumée » pendant que les États-Unis massaient des forces considérables dans la région, avec deux porte-avions . La logique de « coercitive bargaining » (marchandage sous la contrainte) a cédé la place à une logique de guerre ouverte .
Le multilatéralisme semble bel et bien mis en échec.
L’attaque contre l’Iran n’est pas un épilogue, mais le début d’une phase encore plus incertaine. Le guide suprême iranien a été tué. L’appel de Trump à un soulèvement populaire n’a pas rencontré d’écho immédiat, les forces de sécurité étant déployées dans les rues de Téhéran .
Nous assistons à l’extension de la logique appliquée au Venezuela à un théâtre autrement plus dangereux. L’objectif de « changement de régime » est désormais clairement affiché pour l’Iran , comme il l’était pour le Venezuela. La différence majeure réside dans la capacité de l’Iran à enflammer toute la région, ce qui est en train de se produire.
Ce conflit marque-t-il l’acte de naissance irréversible de cet ordre mondial fondé sur la puissance, ou va-t-il provoquer un sursaut des institutions internationales, convoquées en urgence , pour tenter de ramener les belligérants à la raison ? Les prochains jours nous diront si le « précédent vénézuélien » était une répétition générale ou si l’embrasement iranien marque une rupture définitive.
Ahmed bezeid Deida
par Webmaster | 22 02 26 | Actualitès, Sociétés, Tribunes

Nous disons à ceux qui ont la mémoire courte et se glorifient de leurs avantages actuels que rien; ni leurs fonctions, ni leurs privilèges, ne leur donne le droit de dénigrer ou de négliger ceux qui sont la pierre angulaire sur laquelle cette nation s’est édifiée.
Nous rejetons avec la plus grande fermeté et indignation toute déclaration, explicite ou implicite, visant à rabaisser, stigmatiser ou marginaliser les retraités. Nous protestons contre ces discours qui banalisent l’ingratitude et encouragent une vision utilitariste de l’être humain, où l’on ne reconnaît la valeur que tant que l’on produit, oubliant que la dignité ne prend jamais sa retraite.
Les retraités ne sont ni un poids ni un obstacle. Ils sont la mémoire vivante, la conscience et l’expérience accumulée sans lesquelles aucune société ne peut prétendre à la stabilité ni à la sagesse. Les attaquer, c’est saper les fondements mêmes de la cohésion sociale et ouvrir la voie à une fracture profonde entre les générations.
Nous dénonçons toute tentative de dresser la jeunesse contre ses aînés, car ce conflit artificiel ne profite qu’à ceux qui cherchent à détourner l’attention des véritables défis : la justice sociale, la bonne gouvernance et la répartition équitable des richesses. Opposer les générations est une faute morale et une erreur politique.
Dans Mauritanie, pays de valeurs, de solidarité et de respect, il est inconcevable que l’on puisse tolérer des propos qui offensent ceux qui ont consacré leur vie au service public, à l’éducation, à la défense et au développement national. Notre tradition nous enseigne l’honneur dû aux anciens ; notre avenir exige de préserver cet héritage.
Nous appelons donc à un sursaut de conscience : que cessent immédiatement les discours méprisants et les politiques qui ignorent les droits légitimes des retraités. Qu’un dialogue sincère s’instaure, fondé sur la reconnaissance, la justice et la responsabilité collective.
Protester contre l’injustice n’est pas un acte de division, mais un devoir civique. Défendre les retraités, c’est défendre l’idée même d’une société reconnaissante, humaine et équilibrée.
Car une nation digne ne se juge pas à la manière dont elle traite les puissants, mais à la considération qu’elle accorde à ceux qui ont déjà donné le meilleur d’eux-mêmes.
Respect et justice pour les retraités, aujourd’hui et toujours.
par Webmaster | 21 02 26 | Actualitès, Politique, Tribunes

Il fut un temps où évoquer le nom de Moktar Ould Daddah suffisait à rappeler une certaine idée de la Mauritanie : une nation fragile mais fière, pauvre mais digne, jeune mais consciente de la gravité de son destin. Les pères fondateurs ne nous ont pas légué la prospérité ; ils nous ont légué quelque chose de plus exigeant : un sens de l’honneur.
Aujourd’hui, leurs tombes sont silencieuses. Mais si elles pouvaient parler, elles poseraient une question simple : qu’avez-vous fait de l’héritage ?
Ce qui se déroule sous nos yeux dépasse la querelle politicienne du moment. Ce n’est pas seulement le débat sur un troisième mandat. Ce n’est pas seulement la discussion sur la Constitution où argumentent avec désinvolture qu’elle « n’est pas être le Coran » mais plutôt écrit désormais amendable, contourné ou neutralisé au gré des circonstances. Ce qui se joue est plus profond : c’est la banalisation progressive de la règle, la désacralisation du pacte collectif, l’acceptation tranquille de l’opportunisme comme norme.
Aujourd’hui, certains nous expliquent, avec une créativité argumentative qui confine à la bravoure, combien il serait judicieux, dans « l’intérêt supérieur de la Mauritanie », d’ouvrir la voie à une prolongation du pouvoir au-delà du second mandat en cours. Ce sont les mêmes qui affirmaient hier, toujours dans la ferveur, que le pays ne survivrait pas si Mohamed Ould Abdel Aziz cessait de diriger le pays. À les entendre, la stabilité nationale dépendait d’un homme unique, indispensable, irremplaçable.
Puis cet homme est parti. Et ces mêmes voix ont changé de registre avec une aisance déconcertante. Celui qui était hier présenté comme le pilier du pays est devenu soudain l’origine de tous les maux. On a remercié Dieu de son départ, on a redécouvert les vertus de l’alternance, on a invoqué la légalité avec un enthousiasme nouveau.
Le problème n’est donc pas la Constitution. Le problème n’est pas la stabilité. Le problème n’est pas l’intérêt du pays.
Le problème est la proximité du pouvoir.
Il existe une constante chez ces courtisans : ils ne servent pas une vision, ils servent le centre de gravité. Tant que le dirigeant est fort, ils théorisent son indispensable maintien. Dès qu’il vacille, ils commencent à prendre leurs distances. Lorsqu’il tombe, ils participent à la curée. Leur fidélité n’est pas morale ; elle est transactionnelle. Leur loyauté n’est pas intrinsèque ; elle est indexée sur la valeur du pouvoir.
La Constitution n’est certes pas un texte sacré au sens religieux. Mais elle est le pacte fondamental qui limite le pouvoir et protège la nation contre sa personnalisation excessive. La traiter comme un instrument malléable au gré des intérêts conjoncturels, c’est affaiblir l’État plus sûrement que ne le ferait n’importe quelle opposition, déclarée ou clanestine. Car ce n’est pas la règle qui gêne le courtisan ; c’est la limite.
Mais au-delà du débat constitutionnel, se pose une question plus grave : comment en sommes-nous arrivés à considérer l’indignité comme une compétence ?
Dans la société mauritanienne traditionnelle, l’honneur n’était pas un supplément d’âme. Il était la structure même du lien social. Il valait capital. Il ouvrait les tentes, garantissait le droit à la parole crédible et la qualité d’écoute par les autres. Il traçait une frontière invisible entre ce qui était permis et indigne, indépendamment de la loi écrite. On pouvait être pauvre, vaincu, malade. On rechignait à se montrer vil, sous peine de perdre sa place parmi les hommes.
Aujourd’hui, l’inversion des valeurs est flagrante. L’hypocrisie , et l’avidité sont devenus une aptitude stratégique. Savoir dire le contraire de ce que l’on pense, flatter celui que l’on méprise, applaudir ce que l’on sait erroné : de tels talents sont devenus des accélérateurs de carrière. La cupidité n’est plus un défaut moral ; elle est un signe d’habileté. La mesquinerie n’est plus une faiblesse ; elle se prétend une méthode.
On ne rougit plus d’être petit. On rivalise d’ingéniosité pour l’être davantage tant que c’est rentable.
Le plus inquiétant n’est pas que cette dérive existe. Le plus inquiétant est qu’elle touche ceux qui devraient incarner la retenue. Les hommes religieux, en charge de rappeler la limite morale, se taisent trop souvent ou accompagnent la dérive, au moins par leur abstention. Les chefs traditionnels, jadis garants de l’honneur collectif, transforment parfois leur influence en monnaie d’échange. Les cadres et les élites économiques théorisent le cynisme au prétexte de pratiquer le réalisme.
Lorsque ceux d’en haut montrent le chemin de la bassesse, ceux d’en bas apprennent vite.
Le courtisan est le symptôme d’une fragilité avancée, de l’ordre de la pathologie : il crée une bulle autour du pouvoir, il filtre la vérité et conforte l’erreur.
Un dirigeant averti ne craint pas l’adversaire déclaré. L’opposant oblige à réfléchir. Le courtisan, lui, empêche de voir. Il fabrique l’isolement, il maquille les signaux d’alerte et favorise les décisions hasardeuses en les habillant d’éloges.
Et lorsque le pouvoir faiblit, ce sont souvent ces mêmes courtisans qui frappent les premiers. Frapper un homme affaibli est plus facile que de lui rester fidèle. C’est la lâcheté confortable de la meute.
Un autre moteur de cette dégradation est l’impunité. Celui qui flatte honteusement, trahit, ment pour obtenir un avantage, que risque-t-il ? Souvent rien. Parfois, il bénéfice d’une récompense. Celui qui reste droit, refuse la compromission, finit par perdre des opportunités et l’estime de cette société de la jungle au bois de velours. Quand le système récompense l’indignité et pénalise la dignité, il sélectionne progressivement les plus opportunistes et décourage les moins pourris.
Nous le savons, tous. Individuellement, chacun perçoit la dérive à travers sa conscience ,et l’honnêteté et l’opportunisme se détachent, l’un de l’autre. Mais collectivement, nous participons au jeu. Nous sourions à ceux que nous méprisons, applaudissons ceux que nous critiquons en privé, nous nous taisons quand il faut parler juste. L’hypocrisie collective est devenue le ciment du système.
Pourtant, l’histoire montre que les sociétés peuvent se relever. Il suffit parfois d’une génération qui refuse de considérer l’honneur comme une relique folklorique que l’on remise, selon l’intérêt du moment, dans le grenier de la mauvaise conscience. Pour une génération qui décide que la parole donnée engage toujours, que la règle commune mérite respect, que la loyauté ne se mesure pas à la proximité du pouvoir, la constance à défendre et promouvoir certaines valeurs tient de l’exigence non d’un choix.
La question n’est donc pas seulement constitutionnelle. Elle est existentielle.
Le Président Ghazouani n’est pas dupe. L’expérience du pouvoir et une certaine éducation le protègent de la tentation du 3ème mandat. La cour zélée le sait mais persévère à encourager la manœuvre. Sans trop y croire, les courtisans, se disent « quelle que soit la suite, nous ne sommes pas parmi les perdants ». Soit le destinataire des louanges diffère son départ, hypothèse idéale d’un surcroît de prédation, soit il respecte la limite des deux quinquennats et, avant de partir, récompense ses flatteurs. A ce stade du spectacle, il ne s’agit que d’un investissement mercantile.
Serons-nous la génération qui a laissé s’effriter l’honneur, ou celle qui l’a restauré ?
Les tombes des pères fondateurs sont silencieuses. Mais leur héritage n’est pas mort. Il attend que quelqu’un le prenne au sérieux.
Abdellahi O Abdallah
par Webmaster | 19 02 26 | Actualitès, Tribunes
Aprés la remise par le coordinateur du Dialogue de la derniere mouture de la feuile de route aux pôles politiques participationnistes pour marquer le demarrage du processus, nous assistons à une montée en puissance des forces politiques hostiles, pour des raisons diverses, à la réalisation de cette aspiration profonde du peuple mauritanien.
Cette poussée s’est transformée, ces derniers jours, en une véritable vague de défiance, portée par la convergence objective de partis et de mouvements issus d’horizons idéologiques et politiques très différents, animés sans doute par des intentions variées, mais désormais unis autour d’un seul mot d’ordre : « Pas de dialogue, pas de réformes ! ».
Dans cette offensive, les forces opposées à l’unité nationale et à un règlement responsable des questions qui divisent la nation mènent la charge, en particulier en instrumentalisant des sujets sensibles, tels que l’officialisation des langues, la lutte contre les discriminations, ou encore le dossier du passif humanitaire, en jouant sur les peurs et en maîtrisant l’art du déni, des contrevérités et de la manipulation des opinions.
La tactique privilégiée par ces forces consiste, dans un premier temps, à disqualifier, par tous les moyens, l’idée même du dialogue.
Cette entreprise de disqualification s’articule autour de trois axes.
Le premier consiste à s’en prendre à la crédibilité de l’appel au dialogue, en soutenant qu’il ne saurait être recevable dès lors qu’il émane d’un Président de la République qu’ils ont choisi de vouer aux gémonies. Cette posture est notamment celle des partisans les plus en vue de l’ancien Président et de leurs alliés, dont la ligne politique repose sur le rejet systématique de toute initiative susceptible d’apaiser le climat national.
Le second axe, plus insidieux, vise à empoisonner le débat par une diversion soigneusement construite : mettre au centre de la scène une thématique qu’ils savent explosive et inacceptable, et que personne — en dehors d’eux-mêmes — n’a pourtant jamais sérieusement introduite dans les discussions, à savoir l’hypothèse d’une révision constitutionnelle destinée à ouvrir la voie à un troisième mandat du Chef de l’État.
Un troisième axe, tout aussi préoccupant, consiste à insinuer — voire à marteler — les risques de dérapage et de crise identitaire prétendument inhérents à tout débat relatif à deux questions pourtant essentielles : d’une part, la nécessité d’une officialisation décomplexée, unitaire et apaisée des langues nationales négro-africaines ; d’autre part, la recherche d’une solution consensuelle, définitive et désormais à portée de main, au dossier du passif humanitaire.
Cet axe est en réalité central dans la stratégie de sabotage. Il vise à réinstaller la peur, à faire croire que le simple fait d’aborder ces sujets constituerait en soi une menace pour la cohésion nationale, alors même que c’est précisément leur maintien artificiel dans le registre du tabou qui, depuis des décennies, alimente les frustrations, les incompréhensions et les fractures.
Plus grave encore, cette entreprise s’accompagne désormais d’une escalade verbale inacceptable : certains n’hésitent plus à interpeller le Président de la République sur un ton comminatoire, en proférant à son égard des menaces à peine voilées, pour avoir osé démystifier ces sujets indûment tabous et pour avoir choisi de les inscrire, enfin, dans le champ normal du débat national.
Il faut le dire avec force : il ne s’agit plus ici d’un désaccord politique classique, ni même d’une critique légitime. Il s’agit d’une tentative d’intimidation, d’une volonté délibérée de faire reculer l’État et d’imposer, par la pression et la peur, la loi du silence sur des dossiers qui engagent la justice, la dignité et l’unité nationale.
Ces menaces, quelles qu’en soient les formes, sont inacceptables et dangereuses . Elles constituent une mise en danger du climat de stabilité et un appel implicite à la confrontation de type chaotique. Elles révèlent surtout une stratégie claire : prendre en otage la cohésion nationale en faisant croire que toute discussion sur l’unité nationale, les langues nationales, la lutte contre les discriminations ou sur le passif humanitaire conduirait mécaniquement au chaos et même pourrait justifier un coup de force.
Or, la vérité est exactement inverse : ce n’est pas le débat qui menace l’unité, c’est le tabou ; ce n’est pas la recherche de solutions qui fragilise la nation, c’est l’entretien organisé des frustrations ; ce n’est pas la parole responsable qui divise, c’est la manipulation et l’instrumentalisation des peurs.
Face à cette stratégie de sabotage et d’intimidation, il est impératif de réaffirmer une évidence : le dialogue national n’est ni une concession faite à qui que ce soit, ni une manœuvre politicienne, mais une nécessité républicaine, une exigence de stabilité durable et une condition du progrès économique et social.
Les questions liées aux langues nationales, à la lutte contre les discriminations et au passif humanitaire ne doivent plus être traitées comme des sujets interdits ou comme des prétextes à la surenchère. Elles doivent être abordées avec responsabilité, dans un cadre serein, institutionnel et respectueux, afin de parvenir à des solutions justes, consensuelles et définitives. Il faut reconnaître que le Président de la République semble clairement s’y atteler comme on l’a vu notamment lors de ses récents déplacements à l’intérieur du pays. Et c’est ce qui dérange les milieux obscurantistes hostiles aux réformes et à l’unité nationale, au progrès social et au véritable développement économique inclusif.
Aucun acteur politique ne peut prétendre aimer ce pays tout en cherchant à empêcher qu’il se parle, qu’il se réconcilie avec lui-même, et qu’il règle enfin, par la voie pacifique et démocratique, ce qui divise encore sa conscience nationale.
Il appartient dès lors à toutes les forces patriotiques, quelles que soient leurs sensibilités, leur obédience ou leur passé, de refuser la logique du blocage, d’isoler les saboteurs et de défendre, sans faiblesse, le principe même du dialogue, qui demeure aujourd’hui la voie la plus sûre vers l’unité nationale, la justice et la stabilité.
Le Dialogue national n’est pas une option : il est une nécessité vitale. Il suffit de nous regarder en face et d’observer ce qui se passe autour de nous et dans le reste du monde.
La Mauritanie ne peut plus se permettre le luxe du tabou, de la peur et du blocage organisé.
Ceux qui refusent le dialogue ne défendent pas la nation : ils défendent leurs intérêts, leurs calculs et leurs rancunes.
Le moment est venu de choisir : la division ou l’unité, le silence ou la vérité, le blocage ou la République.
Gourmo Lô, 19 février 2026
par Webmaster | 18 02 26 | Tribunes
L’adoption par la communauté internationale et la consolidation du plan d’autonomie marocain pour le Sahara, notamment à travers la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2025 qui mentionne explicitement la Mauritanie comme « partie prenante », ont des conséquences notables sur le Pays. Elles redéfinissent sa position diplomatique mais continuent toujours à le placer dans une situation délicate entre Rabat et Alger.Cependant cette reconnaissance vient conforter la stratégie du pays qui vise à maintenir une diplomatie équilibrée, avec désormais une influence accrue dans la recherche d’une solution régionale .Mais d’un autre côté le pays continue de subir une forte pression diplomatique car la dynamique internationale en faveur du plan marocain renforce la pression sur Nouakchott pour qu’elle précise sa position.
Sur le plan économique l’avancée diplomatique accélère des projets concrets de connectivité par exemple le nouveau poste-frontière d’Amgala est devenu opérationnel fin 2025 . Une route stratégique qui visera à fluidifier les échanges et à renforcer l’intégration économique régionale.
Mais la stabilité promise par la résolution du conflit est un prérequis pour le développement de corridors économiques traversant la Mauritanie, avec des retombées potentielles sur ses infrastructures portuaires, notamment à Nouadhibou .
L’idée mise en avant que la résolution du conflit permettra de « transformer le Sahara occidental en zone de stabilité, de développement et de coopération transfrontalière » avec la Mauritanie comme bénéficiaire directe de cette prospérité va-t-elle encourager Nouakchott à s’impliquer davantage dans la voie qui guidera vers la résolution définitive du problème ?
Par ailleurs,cette même stabilité promise par une solution politique au Sahara est cruciale pour faire face aux défis sécuritaires communs, notamment le terrorisme au Sahel.
Le contexte favorable au plan d’autonomie a ainsi permis d’intensifier la coopération sécuritaire entre Rabat et Nouakchott. Des échanges ont eu lieu entre les forces armées des deux pays sur le renforcement de la coopération, une évolution suivie de près par le Polisario et ses soutiens .
L’Initiative Atlantique chère au Maroc, implique , elle-même,une collaboration militaire accrue pour protéger les futures routes commerciales et sans l’appui de la Mauritanie,cette initiative reste prématurée ce que les deux grands voisins comprennent.
Alger , le Polisario et leurs alliés surveillent de près tout rapprochement de Nouakchott avec Rabat, même si le président algérien a réaffirmé entretenir d' »excellentes relations » avec la Mauritanie pour apaiser les tensions.
Devant l’évolution au Sahara, notre pays fait face à plusieurs défis dont la gestion d’un délicat equilibre entre le Maroc et l’Algérie . La Mauritanie doit constamment naviguer entre ses deux puissants voisins.
En somme, le plan d’autonomie marocain place la Mauritanie au cœur d’un nouveau jeu régional. Elle y gagne en importance diplomatique et en opportunités économiques, mais doit constamment manœuvrer pour préserver sa souveraineté et ses équilibres traditionnels dans un contexte de tensions persistantes entre le Maroc et l’Algérie.
Tout dépendra de la capacité de la Mauritanie à transformer sa position géographique en avantages diplomatiques et économiques tangibles, tout en gérant les sensibilités politiques sous-régionales et régionales.
Ahmed Bezeid Deida
par Webmaster | 14 02 26 | Tribunes
Les révisions constitutionnelles modifient profondément la gouvernance en agissant sur trois leviers essentiels : l’équilibre des pouvoirs, la rigidité du système juridique et la protection des droits fondamentaux.
Le changement le plus fréquent est la concentration des pouvoirs. La recherche comparative établit que la rigidité constitutionnelle est une condition nécessaire à l’indépendance judiciaire : plus une Constitution est difficile à modifier, plus les juges sont protégés .
Les régimes dits « populistes » utilisent la révision pour inscrire dans le texte suprême des idéologies excluantes sous couvert de volonté populaire. Les référendums sont alors instrumentalisés pour masquer des atteintes aux libertés.
La modification du mandat présidentiel est l’archétype de la révision constitutionnelle qui transforme en profondeur la gouvernance.
À travers le cas français (quinquennat) et la pratique africaine (suppression des limites), on constate que toucher à la durée ou au renouvellement du mandat change toujours la nature du régime.
En France la révision du 2 octobre 2000 a substitué le quinquennat au septennat. L’objectif affiché était de synchroniser le mandat présidentiel avec celui des députés (5 ans) pour éviter la cohabitation.La conséquence est que combiné à l’inversion du calendrier électoral (législatives après la présidentielle), le quinquennat a mécaniquement produit des majorités parlementaires alignées sur le Président.
Ailleurs on constate une instrumentalisation inverse ,là où la France a raccourci le mandat, certains régimes l’ont libéré de toute contrainte de renouvellement par révision constitutionnelle.C’est le cas du cameroun en 2008 où la révision a supprimé la limitation des mandats présidentiels. La doctrine souligne que le juge constitutionnel (modèle francophone) a entériné cette décision sans exercer de contrôle effectif, devenant un instrument de légitimation du pouvoir .Pour le Tchad en 2005 c’est le même mécanisme. Ces révisions transforment une république en régime présidentialiste autoritaire en éliminant le principal contrepoids temporel .
La question sous-jacente est l’intangibilité comme rempart.En effet
le débat sur le mandat rejoint celui des limites matérielles à la révision. Certaines Constitutions (Allemagne, Portugal) interdisent de toucher aux principes fondamentaux (dignité humaine, fédéralisme) . En France, seule « la forme républicaine » est intangible .Le problème est le refus de contrôler le respect de ces limites par les institutions en charge de ce controle. Dès lors, si une majorité décide de réviser l’article sur la durée du mandat (y compris pour instaurer un mandat à vie), aucun juge ne peut l’arrêter.
Modifier le mandat présidentiel, c’est choisir qui gouverne et pendant combien de temps. Cela fait passer d’une logique de stabilisation à une logique de capture du pouvoir , selon l’intention politique dominante.
Le cas de la Mauritanie est paradigmatique : il illustre la tension entre une révision constitutionnelle conçue comme un verrou démocratique et les tentatives récurrentes de la faire sauter.
L’analyse du processus mauritanien montre que modifier le mandat change radicalement la gouvernance, mais ici, le mouvement est inverse de celui observé en France. Il s’agit non pas d’adapter, mais de verrouiller pour empêcher la captation.la révision de 2006 voulait « dépatrimonialiser » le pouvoir.Elle est un cas d’école. Issue d’un coup d’État contre le président Taya, elle n’a pas été faite pour durer, mais pour empêcher de durer .Passage de 6 à 5 ans,renouvellement du mandat une foi.Avec un garde-fou absolu qui est l’article 99 qui fut modifié pour interdire toute révision future qui toucherait à la limitation des mandats . C’est un verrou matériel, rare en droit comparé.Le premier effet sur la gouvernance est l’instauration d’un « consensus national » selon lequel l’alternance devient la règle.
L’article 99 (nouveau) de la constitution mauritanienne définit les modalités de révision constitutionnelle, partageant l’initiative entre le Président de la République et les parlementaires, avec une exigence de signature par un tiers des députés pour ces derniers. Il fait partie des dispositions intangibles de la Constitution, notamment pour protéger la forme républicaine. Voici les points clés concernant l’article 99 :
Initiative de révision : L’initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République et aux membres du Parlement.
Conditions de forme : Aucun projet de révision présenté par des parlementaires ne peut être discuté s’il n’a pas été signé par au moins un tiers des députés.
Intangibilité : Bien que non explicitement détaillé dans le texte cité pour l’article 99 seul, il est lié aux principes fondamentaux protégés contre toute révision, tels que la forme républicaine et le pluralisme démocratique.
Des débats existent sur la possibilité d’utiliser d’autres articles, comme l’article 38, pour adopter des révisions constitutionnelles en contournant la procédure lourde de l’article 99. La limitation n’est plus perçue comme technique, mais comme un pacte fondateur.
Aujourd’hui, avec le Président Ghazouani, le débat rebondit sur un angle mort de la rédaction de 2006.
Le problème est que l’article 28 interdit la réélection du président en fonction. Il ne dit pas explicitement qu’un ancien président, après une interruption, ne peut pas revenir, d’où les deux interprétations.
· Interprétation littérale : Possible de faire deux mandats, attendre, puis revenir.
· Interprétation téléologique : Contre l’esprit de 2006 (éviter 20 ans au pouvoir).
Les effets sur la gouvernance font que le débat n’est plus juridique, mais politique et moral . La gouvernance devient un rapport de forces entre la tentation du pouvoir et la mémoire institutionnelle.
En Mauritanie le verrou devient plus politique que juridique et quand le verrou constitutionnel est trop rigide, le débat se déplace sur le terrain symbolique.
La Mauritanie a réussi l’exploit inverse de nos exemples précédents. Là où le Cameroun a ouvert, la Mauritanie a verrouillé. Mais ce verrou est aujourd’hui contourné par l’interprétation. La gouvernance n’est plus celle d’un État de droit apaisé, mais celle d’une vigilance permanente où chaque fin de mandat est une crise potentielle.
Ahmed bezeid DEIDA