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L’immunité parlementaire n’est pas absolue … Diaw Abdoullah

Monsieur Khally Mamadou Diallo qualifie l’arrestation de deux députées d’« atteinte grave et inacceptable à l’État de droit ». Une telle affirmation mérite mieux que l’indignation, elle exige une démonstration juridique. Or votre texte évoque des principes, mais évite soigneusement les faits et les dispositions légales applicables.

Le cadre légal existe et il est clair.

En droit mauritanien, la procédure de flagrant délit est expressément prévue par le Code de procédure pénale. Elle s’applique lorsque l’infraction est en train d’être commise ou vient d’être commise et qu’elle est immédiatement constatée.

Dans ce cas précis, les propos incriminés ont été tenus publiquement, constatés, diffusés et connus de tous. L’élément matériel ne relève ni de l’interprétation ni de la rumeur : il est objectif et vérifiable.

Dès lors, si les faits constituent une infraction prévue par le Code pénal notamment l’offense au Chef de l’État ou l’atteinte aux symboles de l’État la qualification de flagrance peut être légalement retenue.

L’immunité parlementaire n’est pas absolue.

Vous invoquez les immunités parlementaires. Mais la Constitution mauritanienne elle-même prévoit une exception claire : le cas de flagrant délit.

En présence d’une infraction flagrante, l’arrestation peut intervenir sans levée préalable de l’immunité, sous réserve des formalités d’information de l’Assemblée nationale.

Autrement dit, la protection du mandat ne saurait devenir une immunité pénale permanente. L’immunité protège la fonction législative, non la commission d’infractions pénales constatées.

L’absence de démonstration juridique dans votre texte.

Vous affirmez que la détention s’est faite « en dehors de tout cadre légal clairement établi ».

Très bien. Alors démontrez-le :

Quelle disposition du Code de procédure pénale aurait été violée ?

Quelle règle constitutionnelle aurait été méconnue ?

En quoi les conditions de la flagrance ne seraient-elles pas réunies ?

Votre article ne répond à aucune de ces questions. Il parle d’« inquiétude », de « défaillance », d’« abandon », mais ne cite aucun texte précis ni aucune irrégularité concrète.

En droit, l’indignation ne remplace pas l’argumentation.

La liberté d’expression n’autorise pas l’infraction.

Vous présentez ces faits comme une expression du pluralisme démocratique. Le pluralisme politique est en effet une composante essentielle de l’État de droit. Mais il ne dispense personne pas même un député du respect des lois pénales en vigueur.

La liberté d’expression a des limites, notamment lorsque la loi incrimine explicitement l’offense au Chef de l’État ou l’atteinte aux institutions. On peut contester politiquement un président. On peut critiquer son action. Mais l’injure ou l’atteinte aux symboles de l’État ne relèvent plus du débat d’idées.

L’équilibre des pouvoirs ne signifie pas impunité.

Vous évoquez une « fragilisation de l’équilibre des pouvoirs ». Or l’équilibre des pouvoirs repose aussi sur un principe fondamental : la soumission de tous à la loi.

Si les faits sont constitués et juridiquement qualifiés, l’intervention de la justice n’est pas une atteinte à la séparation des pouvoirs ; elle en est l’expression normale.

La vraie question n’est pas de savoir si ces députées appartiennent à l’opposition.

La vraie question est simple, les faits constituent-ils une infraction prévue par la loi mauritanienne et ont-ils été constatés en situation de flagrance ?

Si la réponse est oui, alors l’intervention judiciaire est conforme au droit.

Si vous estimez le contraire, démontrez-le juridiquement, textes à l’appui.

La défense des libertés publiques est une exigence noble. Mais elle ne peut s’appuyer sur l’omission des faits ni sur une lecture sélective de la loi. En État de droit, la règle est la même pour tous : mandat parlementaire ou non.

Diaw Abdoullah (AKS)

Militant pour la justice, la vérité et la démocratie en Mauritanie

Engagé pour une opposition responsable, unie, et au service du peuple

Non aux manipulations, non à la déstabilisation

Pour une Mauritanie forte, juste et unie

La Mauritanie délaissée : quand nos investisseurs bâtissent ailleurs ce qu’ils refusent de construire chez eux.

Dans un contexte où la Mauritanie peine à décoller économiquement, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur : de plus en plus d’entrepreneurs et d’investisseurs nationaux préfèrent placer leur argent au Maroc, au Sénégal, ou dans d’autres pays, plutôt que de miser sur leur propre terre. Résultat : pendant que d’autres avancent, la Mauritanie recule.
Investir à l’étranger n’est pas en soi une faute. Chercher la stabilité, la rentabilité ou un climat d’affaires favorable relève de la logique économique.

Mais lorsque cet élan se fait au détriment du développement national, il devient un signal d’alarme. Car à chaque dirham, franc CFA ou dollar transféré ailleurs, c’est une opportunité manquée pour créer des emplois, améliorer les infrastructures et renforcer l’économie mauritanienne.
Aujourd’hui, le constat est amer : des centres commerciaux flambant neufs poussent à Casablanca, Dakar ou Marrakech, souvent avec des capitaux mauritaniens.

Pendant ce temps, dans nos propres villes, des projets stagnent, faute d’investissement local. Ce déséquilibre creuse davantage le fossé entre ceux qui prospèrent ailleurs et les jeunes qui, ici, cherchent désespérément un avenir.
La Mauritanie a pourtant un potentiel immense : un littoral stratégique, des ressources naturelles abondantes, et une jeunesse pleine d’énergie.
Ce dont elle manque, c’est de confiance en elle-même. Si nos investisseurs ne croient plus en leur pays, qui le fera à leur place ?

Il est temps d’inverser cette logique. L’investissement patriotique n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Bâtir des écoles, des usines, des fermes agricoles et des start-up ici, chez nous, c’est le meilleur moyen d’assurer un avenir stable et prospère. L’argent mauritanien doit d’abord servir la Mauritanie.

Abdoulaziz DEME
Observateur de la vie politique et économique en Mauritanie
Le 13 Avril 2026

Hommage au Médecin-Colonel Ndiaye Kane : Un Destin au Service de l’Humanité

​Mon Colonel, ​Il est des hommes dont le parcours ne se contente pas de remplir des lignes de curriculum vitae, mais dessine une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qu’ils servent. Vous êtes de cette rare lignée.

​L’Excellence sous l’Uniforme

​Porter l’uniforme est un devoir ; l’honorer avec une telle distinction est un art. À travers votre rigueur militaire et votre discipline intellectuelle, vous avez su incarner les valeurs les plus nobles de l’armée : le sacrifice, l’intégrité et le sens de l’État. Pour beaucoup, vous restez ce modèle de droiture qui rappelle que la force réside avant tout dans le caractère.

​Une Science au Service de la Vie

​Derrière le grade, il y a le médecin. Votre pratique n’a jamais été qu’une simple application de protocoles ; elle a toujours été portée par une empathie profonde. Que ce soit dans le silence des cabinets ou dans l’urgence des interventions, vous avez traité chaque patient avec une dignité qui dépasse la simple déontologie. Vous n’avez pas seulement soigné des corps, vous avez apaisé des âmes.

​Une Dimension Internationale

​Si votre nom résonne aujourd’hui bien au-delà de nos frontières, c’est parce que vous avez su porter haut le flambeau de l’expertise nationale sur la scène mondiale.

​Ambassadeur du savoir : Votre contribution aux enjeux de santé globale a fait de vous une voix écoutée dans les instances internationales.

​Pont entre les nations : Par votre diplomatie médicale, vous avez prouvé que la science est le langage universel de la paix.

​Un Héritage pour la Postérité

​Plus qu’un grand officier ou un grand praticien, vous êtes un éveilleur de consciences. Votre humilité, malgré une carrière si prestigieuse, est la marque des plus grands. Vous avez su transmettre aux jeunes générations le goût de l’effort et la passion du service bien fait.

​ »Le véritable homme de bien est celui qui ne cherche pas à briller, mais dont la lumière finit par éclairer tous ceux qui l’entourent. »

​Merci, Mon Colonel, pour ce parcours qui nous rend fiers. Merci d’avoir prouvé qu’avec de la compétence et du cœur, on peut changer le monde, un patient et une mission à la fois.

​Avec toute ma considération et ma profonde gratitude.

 

Votre petit frère : Elhacen Ibrahima KANE, Sociologue.

Appel de certaines élites à faire preuve de sagesse et de maturité dans leur discours.

Les hauts responsables doivent faire preuve de retenue dans leurs propos, surtout à l’ère où chaque mot prononcé, que ce soit dans un cadre officiel ou non, est enregistré par téléphone. Cependant, certaines élites doivent également faire preuve de sagesse et de maturité dans leur discours.

L’affirmation répétée de certains selon laquelle le pouvoir mauritanien est incapable de protéger les frontières du pays et que l’armée mauritanienne n’est pas en mesure d’arrêter les incursions de l’armée malienne en territoire mauritanien constituent des déclarations dangereuses qui ont des répercussions négatives sur le moral des citoyens, en particulier dans les régions frontalières.

Le Mali est un pays frère en proie à des troubles internes, et son armée est incapable d’assurer la sécurité et de protéger le pays de la désintégration. Il n’y a aucun fondement à une comparaison militaire avec la Mauritanie. La réticence du régime et de l’armée mauritaniens à s’engager dans une guerre contre le Mali n’est pas due à la lâcheté ; une victoire militaire dans une telle guerre, si elle devait avoir lieu, serait sans aucun doute favorable à la Mauritanie.

Éviter la confrontation avec une nation sœur et voisine en proie à un conflit interne n’est pas un signe de faiblesse, mais bien au contraire une preuve de grande sagesse. Si la Mauritanie perd son sang-froid aujourd’hui et entre en guerre contre le Mali, elle en sera la principale perdante, même en cas de victoire militaire significative, ce qui est fort probable.

Le régime malien au pouvoir a peu à perdre, ayant perdu le contrôle de la majeure partie de son territoire. C’est un régime qui se trouve dans l’impasse au sein d’un pays en crise, et il est donc naturel qu’il agisse de manière imprudente.

À l’inverse, le pouvoir mauritanien, qui est parvenu à faire de la Mauritanie un pays stable et securisé dans une région instable, a beaucoup à perdre si la guerre éclate à ses frontières.

Il perdra son atout le plus précieux : la stabilité. Si la Mauritanie perd sa stabilité dans de telles circonstances dans un environnement, où le pays se trouve entourée d’Etats dont certains sont en proie à des troubles internes et d’autres nourrissant des ambitions historiques de domination, elle aura tout perdu. Que peut dire un Wali d’une région frontalière à des citoyens qui entendent, jour et nuit, certaines élites répéter que l’État est lâche et l’armée incapable de protéger le pays, alors même que ces citoyens sont témoins de l’imprudence du régime malien et de sa volonté inflexible d’étendre le cercle de l’instabilité ?

Comment ce Wali peut-il rassurer les citoyens lorsque la rhétorique de certaines élites sème le doute sur la capacité de l’État à les défendre, tandis que les provocations du régime malien s’intensifient ?

Certes, le Wali a commis une erreur, mais il ne faut pas oublier que les discours incessants sur l’impuissance de l’État ont contribué à le pousser à cette erreur, et l’ont même placé dans une situation délicate qui l’a contraint à la commettre.

Cessez de propager l’idée que l’armée mauritanienne est incapable de répondre aux provocations du régime malien.

L’armée mauritanienne est capable de réagir avec force et détermination, mais la sagesse exige d’éviter toute escalade face à un régime imprudent qui a perdu le contrôle de la majeure partie de son territoire et dont la légitimité est fortement compromise. Ce régime cherche à regagner cette légitimité en déclenchant une guerre dans la région, persuadé qu’un tel conflit unira le peuple malien derrière lui dans sa confrontation avec un « ennemi extérieur », qu’il désigne comme étant la Mauritanie.

Qu’Allah protège la Mauritanie…

Mohamed Lemine El Vadhel

NB : traduction non officielle

La crise sécuritaire au Sahel s’aggrave- et le monde regarde ailleurs

L’insécurité au Sahel occupe de moins en moins de place dans le paysage médiatique et diplomatique. A-t-elle réellement diminué d’intensité ? Ses dynamiques évoluent-elles vers l’apaisement ? Ou bien l’attention du monde s’est-elle simplement déplacée ?

Pour une fois, je ne répondrai pas “kham”*, bien que le champ de la réflexion géopolitique se prête volontiers à ce type de doute qui m’habite.

En effet, une question se pose : à défaut d’avoir contribué efficacement à la résolution de la crise sahélienne, de grandes puissances militaires — Russes, Américains et Israéliens — ont-elles, de fait, réussi d’une certaine façon à en détourner les regards ?

Très probablement.

Sont-elles seules à la manœuvre ?
Certainement pas.

Une manière, pour tous — volontairement ou non — d’aggraver la situation ?
Sans doute.

Mais attention.

Ne nous arrêtons pas aux seules manifestations structurelles ou conjoncturelles — celles qui émergent à la surface : fragilités socioéconomiques, vulnérabilités climatiques, ou sur les facteurs exogènes liés aux crises et guerres externes.

Passons-les en revue, certes.
Mais la clé réside ailleurs :
elle se joue dans la lutte pour le cœur et l’âme de la société — autrement dit : dans la sécurité axiologique.

1. Des fragilités structurelles internes… et le paradoxe qui n’en est pas un

Au-delà du contexte de fragilité, l’analyse des agrégats socioéconomiques révèle une crise de confiance, qui se décline à deux niveaux.

En interne, la pauvreté, la vulnérabilité climatique, l’énorme poids de l’économie informelle et la faiblesse institutionnelle se conjuguent pour affaiblir la légitimité de l’État et favoriser des formes alternatives d’organisation sociale et sécuritaire.
Dans plusieurs pays du Sahel, l’incidence de pauvreté multidimensionnelle touche plus des deux tiers de la population — atteignant près de 80 % au Niger et plus de 85 % au Tchad —, tandis que des millions d’actifs évoluent dans une économie informelle quasi généralisée. Les taux de chômage « ouverts »,  (globalement inférieur 10%), masquent en réalité un sous-emploi massif et des trajectoires de survie économique. À cela s’ajoute une forte vulnérabilité climatique (avec des indices pouvant atteindre 9,06), qui alimente tensions sur les ressources, conflits locaux et déplacements.
L’indice de perception de la corruption n’incite pas à la confiance : il se situe globalement entre 22 et 40.

Vus de l’extérieur, ces mêmes indicateurs alimentent une perception de risque chez les partenaires internationaux, qui tendent à privilégier des engagements prudents, fragmentés, voire à contourner les États.

Il en résulte un paradoxe qui n’en est pas un : les pays qui ont le plus besoin d’appui sont aussi ceux qui inspirent le plus de méfiance, car le retour sur investissement stratégique y est perçu comme incertain.

Les acteurs internationaux — bailleurs, investisseurs ou partenaires sécuritaires — tendent ainsi à limiter leur exposition au risque.

L’engagement obéit dès lors à une logique transactionnelle, où la relation entre pays s’apparente de plus en plus à un « deal », fondé sur un bénéfice attendu, direct et mesurable — certains l’affichant désormais ouvertement.

Sous cet angle, l’intérêt relativement modeste qu’accorde actuellement l’administration américaine au Sahel prend tout son sens.

Les agrégats ne décrivent donc pas seulement des situations chiffrables : ils structurent les rapports de confiance qui conditionnent l’intensité et la nature des engagements internationaux vis-à-vis du Sahel.

2. La loi de proximité d’abord, avant la question des « juntes militaires »

Le « déclassement » du Sahel sur l’échelle des priorités internationales s’explique, certes, par des facteurs exogènes. Mais cet argument s’accompagne souvent d’un autre, plus commode, qui en atténue la portée : la situation interne à ces pays est fréquemment mise en avant pour souligner les changements politiques anticonstitutionnels, notamment dans le Sahel central (Burkina Faso – Mali – Niger).

Autrement dit,
« c’est par leur faute si le monde se détourne d’eux, à cause des coups d’État », insinue-t-on.

Sauf que le problème sahélien ne se réduit pas à une question de « juntes militaires au pouvoir ».

La question se pose. C’est même une évidence.
Mais est-elle la cause — ou la conséquence — des déséquilibres dans les relations internationales ?

À cet égard, il est une loi que les journalistes connaissent bien : la loi de proximité.
L’attention va d’abord à ce qui est proche de nous, à ce qui nous touche, à ce qui nous concerne directement.

Les États, à leur manière, n’y échappent pas.
Ils regardent d’abord là où leurs intérêts sont engagés, là où leur sécurité est directement en jeu.

Le reste — même grave — devient secondaire.

C’est pourquoi le Sahel passe aujourd’hui d’un théâtre central à un espace de crise secondaire.

Comparé à l’Ukraine et au Moyen-Orient, il apparaît — notamment du point de vue européen et occidental — comme moins prioritaire, pour au moins trois raisons de proximité :

• L’Ukraine présente une proximité géographique — elle touche directement l’espace européen.
• Le Moyen-Orient présente une proximité stratégique — il engage des enjeux énergétiques et sécuritaires majeurs.
• Ces deux théâtres présentent aussi une proximité politique et culturelle — alliances, valeurs, appartenances.

À l’inverse :
• le Sahel ne présente qu’une proximité indirecte — d’où une priorité relative.

Le tableau suivant illustre bien ce glissement dans la politique étrangère des États-Unis, de l’Union européenne et d’autres acteurs. Il porte — entre autres — sur l’aide humanitaire, l’aide militaire, l’architecture sécuritaire et humanitaire, ainsi que sur la diplomatie.

 

3. Du Socle axiologique et de l’exception mauritanienne

La région du Sahel — notamment la zone correspondant à l’ancien G5 Sahel — est aujourd’hui le théâtre de crises sécuritaires ouvertes, marquées par une violence persistante et une dégradation continue des équilibres étatiques et sociaux.
Seule la Mauritanie arrive depuis 2011 à y échapper largement.

Comment expliquer cette « exception mauritanienne » ? Sur quelle base intellectuelle pourrait-on l’analyser ? Et dans quelle mesure le concept émergent de sécurité axiologique permet-il d’en rendre compte ?

Si les facteurs structurels et géopolitiques permettent d’éclairer certaines dynamiques, ils ne suffisent pas à expliquer les écarts observés entre les pays du Sahel. Une autre lecture s’impose, plus profonde : celle des fondements axiologiques des sociétés, c’est-à-dire l’ensemble des valeurs, normes et référentiels qui structurent le rapport des individus à l’État, à la religion et à la communauté. Autrement dit, l’ensemble des systèmes de valeurs fondamentaux d’une société ou d’un État — normes, croyances, identités, principes éthiques, religieux et culturels — considérés comme un bien collectif essentiel à sa cohésion interne et à sa résilience face aux menaces.

La sécurité axiologique (du grec axios = valeur) peut ainsi être entendue comme la capacité d’un système social et politique à produire de la cohérence, de la légitimité et de l’adhésion autour de ce socle de valeurs.

C’est à la lumière de cette grille de lecture que peut être analysée l’exception mauritanienne, à travers trois dimensions principales.

a. Une singularité politico-culturelle : au-delà de la « westernocratie »

Les pays francophones du Sahel, héritiers du droit constitutionnel français, se définissent formellement comme des États laïcs. Toutefois, la Mauritanie fait exception. La constitution du pays est on ne peut plus clair à ce sujet, notamment ses articles 1; 5 et 23 qui stipulent, respectivement :

  • La Mauritanie est une République islamique, indivisible, démocratique et sociale. « 
  • L’Islam est la religion du peuple et de l’État.
  • Le Président de la République est le Chef de l’État. Il est de religion musulmane. »

Contrairement à la France et à d’autres pays occidentaux, le principe de laïcité peine à trouver un ancrage historique et sociologique pleinement consolidé sur le continent africain. Son adoption par plusieurs États sahéliens peut ainsi apparaître comme une transposition — presque mimétique — d’un modèle politique extérieur, que l’on pourrait qualifier, non sans simplification peut-être un peu excessive, de « westernocratie » (de western : Occident ; et de kratos : pouvoir).

En s’y référant, ces États peuvent donner le sentiment à certaines franges de leurs populations d’un système normatif distancié, voire étranger aux référents locaux.

En s’en démarquant, la singularité mauritanienne se décline d’abord dans son rapport au modèle étatique et à son environnement régional. Elle s’inscrit dans une trajectoire distincte, où le référentiel religieux conserve une place explicite dans la structuration de l’État et de la société.

b. Un discours alternatif au discours extrémiste

Si la singularité islamique mauritanienne s’ancre dans un référentiel politico-culturel assumé constitutionnellement, elle se décline également dans l’attention portée au champ religieux et dans sa régulation en pratique.

La démarche s’est notamment traduite par l’élaboration d’un discours religieux modéré, ancré dans le rite malikite, la doctrine acharite et le soufisme sunnite, les fondements traditionnels de l’islam en Mauritanie.

Sa formalisation a donné lieu à la publication, en 2020, d’un guide par le ministère des Affaires islamiques, sous le titre : Le discours religieux alternatif au discours de l’extrémisme.

c. Une sécurité axiologique à projection diplomatique

Au-delà des dimensions internes — politiques, religieuses ou sociales —, le socle axiologique se prolonge également dans l’espace diplomatique, où il est appelé à devenir un facteur structurant des positionnements étatiques et des dynamiques régionales.

Dans le contexte sahélien actuel, cette dimension apparaît avec acuité à travers la crise de confiance préoccupante entre les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et le camp occidental.
Cette rupture ne relève pas uniquement de divergences stratégiques ou sécuritaires ; elle traduit plus profondément une dissonance axiologique, portant sur des référentiels de légitimité, des modèles de gouvernance et des modes d’intervention extérieure.

Dans cet environnement fragmenté, la Mauritanie adopte une posture d’équilibre.
Sans s’inscrire dans une logique de rupture ni dans un alignement exclusif, elle privilégie une approche fondée sur la préservation de ses propres constantes axiologiques et sur une gestion pragmatique de ses partenariats, en maintenant des liens de coopération et d’amitié avec l’ensemble des acteurs.

Sa posture se distingue également par la cohérence entre le plan interne et le plan externe.
Le développement d’un discours religieux modéré ne constitue pas seulement un outil de régulation interne face à l’extrémisme ; il participe aussi, naturellement, à la projection d’une image de stabilité et de légitimité dans l’espace régional et international.

Sa diffusion au-delà des frontières nationales répond, par ailleurs, à des demandes exprimées par certains pays et institutions partenaires, contribuant ainsi à protéger, projeter et négocier ces valeurs fondamentales dans l’espace international, afin de prévenir les conflits, contenir les crises et stabiliser les relations internationales.

Dans cette perspective, la sécurité axiologique ne se limite pas à la protection des valeurs au sein de l’État.
Elle devient un instrument de positionnement diplomatique, permettant de naviguer dans un environnement marqué non seulement par les tensions et les recompositions d’alliances, mais aussi par une fragmentation croissante des référentiels axiologiques à l’échelle internationale.

Les perceptions divergentes du droit international et les lectures contrastées de la souveraineté traduisent en effet un décalage croissant des référentiels.
À cela s’ajoute un recours parfois sélectif aux principes normatifs — selon une logique de deux poids, deux mesures — qui contribue à brouiller les repères communs.
Dans un contexte marqué de surcroît par la montée des logiques de puissance et des dynamiques populistes, les incompréhensions entre partenaires ne peuvent que s’accentuer.

Dans cet environnement, où les repères normatifs tendent à se fragmenter, la constance axiologique apparaît ainsi moins comme un héritage que comme une ressource stratégique.
Mais dans le contexte sahélien actuel, marqué par de fortes contraintes de temporalité, comment et jusqu’où peut-elle aller, alors même que les dynamiques de prévention — notamment écologique et axiologique — s’inscrivent dans le temps long, à la différence des actions militaires et politiques, inscrites dans l’urgence ?

En guise de fin…

Au Sahel, la crise s’aggrave — pendant que le monde regarde ailleurs, en vertu d’une « loi de proximité » qui hiérarchise les urgences.

Mais sous le visible, c’est autre chose qui se meut : les valeurs, les légitimités, les repères. Là se joue, en silence, l’équilibre des États — et peut-être leur basculement.

La trajectoire mauritanienne s’y inscrit, à sa manière, captant les curiosités stratégistes ; elle suggère, plus qu’elle ne démontre.
Un souci de cohérence — entre ce que l’on est et ce que l’on projette.

Et si, au fond, la stabilité au sahel ne relevait pas d’abord de la force… mais de la fidélité à soi — dans cette lutte pour le cœur et l’âme de la société ?

Colonel (e/r) El Boukhary Mohamed Mouemel

mauriactu.info/fr 

Dialogue national : à trop vouloir contourner les évidences, on finit par s’y heurter de plein fouet

Depuis plus d’un an, en plein mois de Ramadan, le Président de la République, Mohamed Ould Ghazouani, a annoncé sa volonté d’organiser un dialogue national pour discuter des grandes questions qui concernent l’avenir du pays.

Dans ce cadre, un coordinateur a été désigné pour préparer ces assises. Sa mission était claire : consulter la majorité et l’opposition, proposer une feuille de route et parvenir à un accord sur les thèmes à discuter.

L’opposition a répondu favorablement à cette initiative. Elle a participé aux réunions, formulé des propositions et contribué, de bonne foi, à rapprocher les positions. Au fil des discussions, un accord semblait se dessiner sur l’essentiel de l’ordre du jour.

Mais au moment où cet accord était presque trouvé, les représentants de la majorité ont sorti, visiblement à dessein, la question délicate — celle qui fâche avec la Constitution : la question des mandats.

Introduite sans clarification précise, cette question a immédiatement suscité des interrogations légitimes. L’opposition a alors demandé ce qui relève simplement du bon sens : préciser clairement de quels mandats il s’agissait, ou exclure explicitement toute référence aux dispositions constitutionnelles qui ne peuvent être modifiées.

Le Président de la République a, de son côté, déclaré à l’opposition qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat. Dans le même temps, il a indiqué qu’il n’interviendrait pas auprès de sa majorité sur cette question — une position qui, disons-le, a le mérite de laisser chacun libre… y compris de compliquer les choses.

Pour sortir de l’impasse, le coordinateur a proposé de retirer la question des mandats du chapitre intitulé Réformes institutionnelles. Une proposition dont le principe avait évidemment eté déjà entériné par le Président de la République. L’opposition a accepté immédiatement cette solution, sans détour.

Cependant, lors de la dernière réunion, les représentants de la majorité ont refusé cette proposition et ont maintenu leur position initiale. Une constance remarquable — surtout lorsqu’il s’agit d’empêcher un accord.

Reste cette impression persistante : celle d’un flou entretenu avec un soin presque méthodique. Entre assurances présidentielles, positions majoritaires et arbitrages invisibles, une question, à peine voilée, finit par s’imposer : dans cette mécanique subtile, qui décide réellement… et qui s’aligne ?

La Mauritanie mérite mieux que ces jeux d’ombres. Elle mérite de la clarté, du courage politique et une volonté sincère d’avancer ensemble.

Car à trop vouloir contourner les évidences, on finit par s’y heurter de plein fouet. Et à force de retarder les échéances, on oublie une vérité simple : l’Histoire, elle, ne négocie pas. Elle avance.

Libre à chacun de l’accompagner… ou de la subir.

Nana Mohamed Laghdaf

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